samedi 13 février 2016

"What you look for is a voice."

Mordecai Richler, en entrevue, en 1989, tout de suite après la parution de Solomon Gursky Was Here (si ça me tente je vous en reparlerai, c'est un roman diabolique, probablement le plus fascinant que j'aie jamais lu, on par avec Anthony Burgess):

Richler: Well, people have been wondering what’s going to happen to the novel for two hundred years; its death has been announced many times. You know, I think the novel keeps redefining the world we live in. What you should look for in a novel is a window nobody else is looking out of, that nobody else can look through. What you look for is a voice. You pick up a novel by someone such as Faulkner or Hemingway and you just read three pages and you know who wrote it. And that’s what one should demand of a novelist.

Entrevue par un étudiant en littérature plein de concepts et d'idées qui fait de son mieux, si vous la lisez toute, et ce dont vous vous rendrez compte immédiatement si vous avez lu le roman en question.

Genre, le meurtre de McGraw par erreur, alors que c'était Solomon qui était visé par son propre frère Bernard Gursky, l'entrevoyeur en dit que "it's not really a crucial event", gag me with a spoon. À lire seulement, évidemment, pour les répliques de Richler.

P.S. L'entrevoyeur, c'est un fait, vous le lirez, n'a pas compris, en lisant le roman, que Solomon, quand McGraw a été assassiné, a, sans délai, réalisé qu'il avait été la victime anticipée, et que son frère Bernard avait organisé le crime. L'entrevoyeur, malheureusement, n'a probablement rien compris, à l'époque, de tout le roman. C'est trop complexe, avec des sauts dans le temps incessants, des intrigues interconnectées discontinuées puis reprises çà et là, tu ne peux pas digérer ça d'une traite. Quelle chance il a eue d'entrevoir live le Mordecai Richler en personne!


ADDENDUM! Sans rapport avec ce que j'ai dit plus haut. Oké, en lisant le roman, n'importe quel lecteur un peu éveillé s'attend à ce que Solomon ne soit pas vraiment mort. (Après l'assassinat raté, il s'est fait coincer par son frère Bernard et allait se faire condamner et aller en prison pour les crimes de toute la famille quand il a crissé le camp en petit avion privé pour le grand Nord, et on sait depuis le tout début du roman qu'il a appris à survivre dans le grand Nord, bref son avion a été retrouvé crashé mais son corps, non.) On s'attend à le voir ressurgir quelque part. Mais le moment où on saisit quel personnage il est - je me retiens pour ne pas donner plus d'indices - on tombe sur le cul pas possible, ah! l'estie d'estie, ah! le sacrament. Ah! L'estie d'estie!

Et toi, Mordecai Richler, maudit sois-tu par tous, estie de mongole à batteries! Démon! Poète!

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