mardi 30 juin 2009

solovox - 2 de 2 (vieux motard...)

Excusez, c'est pas pour me vanter que je raconte tout ça (bon, oui, juste un peu), 'toute façon si ça vous fait chier it's a beautiful day, et je prétends qu'il y a là quelque chose pour ceux qui s'intéressent à la genèse artistique (ce qui n'est pas, attention, un remake de la Bible - Épisode I façon vaudeville).

Je connaissais pas grand chose de Bret Easton Ellis (Figchens/l'Impératrice m'en avait parlé un peu une fois) quand je suis tombé, un soir, chez ma mère allée se coucher, par hasard, sur
American Psycho, à la télé. Ça m'a exalté comme le jazzman qui tient son it exalte Dean Moriarty - oui! oui! c'est ça! tiens-le! oui! tu l'as! - et Dean est déjà exalté même calme, en dormant même, imaginez - dans la première moitié de On the Road, en tout cas.

Un jour de la fin avril, en pause dîner, j'ai dérivé, à Maisonneuve, jusqu'à la librairie coop. Depuis février j'avais remarqué les photocopies de la couverture à l'infâmeux huitième étage, avec Mavrikakis en gros plan, l'air sur le point de mordre où de dire: «C'est vraiment dégoûtant j'te jure.» (Ou plutôt: «Il faut soutenir un pessimisme forcené!») Le deuxième numéro d'
OVNI était là, debout sur un îlot-présentoir; je l'ai feuilleté deux minutes et décidé de revenir l'acheter après ma prochaine paye, mais entretemps j'ai retenu des petits bouts de l'entrevue avec Catherine: tout juste survolée, ses sentences et conclusions farouches, orphelines de toute complaisance, de tout confort intellectuel m'ont sauté à la tête, surtout: «Il y a de la pensée dans le cri et une pensée qui tient le coup et qui pour moi ne brise pas mes croyances mais au contraire leur permet d'exister.» - Ça c'est le cri de la démence quand le constat que tu dresses du monde et de son incurie t'ordonne: «Sois dément! tu es dément!» Le genre d'acte, trouve Mavrikakis, que la société, comme un seul être psychotique, refoule quand il se produit: non, non! personne n'a crié... Il n'y a jamais eu de raison de crier donc personne n'a pu crier, vous savez!

Sans que je m'en aperçoive, après, la composition s'est résolue. Le texte livré à Solovox faisait partie d'un ensemble dont j'avais lu une sélection plus vaste au premier lancement de Ta Mère. Là aussi, j'avais
joué. Je ne comprends pas qu'un poète vétéran des tours au micro ne sache pas dire ses textes et endorme son public, pourtant j'ai l'impression que c'est plutôt la norme... Un texte à faire entendre est sensiblement différent du même texte à laisser lire (surtout en prose, je dirais). Le lecteur accorde un caractère unique au narrateur, suivant l'impression qu'il en a, tandis que lire à voix haute impose à l'auditoire l'impression qu'a l'auteur de son propre narrateur: il en intensifie le caractère, qu'il soit fort ou faible, selon son goût personnel. Choisir et arranger un texte ne constitue que la moitié de la préparation: le plus difficile, peut-être, est de trouver comment le faire passer. L'avoir écrit ne garantit en rien qu'on sache l'interpréter avec justesse. Au lancement de Ta Mère, j'avais une tuque enfoncée jusqu'aux joues, un chandail avec zip du plexus au col grand ouvert sur ma poitrine nue et modérément poilue, une petite flasque de brandy dans une poche arrière, accessoire que je sortais une fois pour une rasade ostentatoire entre deux paragraphes, l'air débile et irrévérencieux... mais ça ne collait pas vraiment avec le personnage d'Emmanuel Danger textuel, qui était beaucoup plus troublant que ça dans ses grosses années - or Le roman de mon été, ça se passait justement à l'apogée de sa virulente incongruité.

Dans le film
American Psycho, une des scènes qui m'ont le plus marqué est celle du meurtre de Paul Owen, le collègue envié, haï. Christian Bale, qui joue Patrick Bateman, y est franchement étonnant (sa performance est d'ailleurs excellente dans tout le film). Bateman a pensé son coup depuis longtemps. Il est sorti avec Paul et s'est arrangé pour le faire boire pas mal tout en restant sobre. Il a préparé d'avance l'appartement qui lui sert de QG des massacres, et les y voilà, fin de soirée, pour un rafraîchissement, une bouffe, peu importe; l'imminente victime s'installe sur un divan, le dos tourné, décontracté, pendant que Bateman s'occupe de l'atmosphère, digressant deux bonnes minutes à propos de son groupe favori, Huey Lewis and the News, dont il fait en même temps jouer un succès populaire dans le tapis, de plus en plus agité, l'oeil fou, courant, saccadé, d'un bout à l'autre du loft. Paul s'en tape les cuisses, hilare. Derrière lui, Bateman s'éclipse. Paul s'avise soudain, mâchant ses mots, hébété, du fait que le mobilier tout entier est recouvert de housses transparentes (protection, normalement, contre la poussière lors de rénovations), et en fait la remarque à Bateman qui le coupe en surgissant de l'espace-cuisine: «You're completely right, Paul!» (approx.), puis disparaît à nouveau, saisit une hache cachée - style défonce-portes pour pompiers (ou bûches à fendre) - et pendant que l'autre s'est remis à parler, court à lui, hurle: «HEY! PAUL!» avec un léger défaillement dans la voix et juste comme ce dernier se retourne, lui défonce (vraisemblablement) la tête - à moins que le premier coup ne se soit plutôt planté dans le dos (en tout cas ça craque et pisse)... dans le film on ne sait pas, on ne voit que le sang qui éclabousse partout la blancheur clinique du décor; c'est de toute beauté.

Voilà l'attitude d'Emmanuel Danger: Christian Bale quand il crie
HEY! PAUL!

Que ça paraît simple
quand on a trouvé: il fallait que je crie mon texte, comme un forcené sans véritable motif, avec un mélange instable de désespoir et d'enthousiasme explosif. Grimacer en grognant à tue-tête au début d'une phrase qui se termine aussitôt sur l'éclat d'un rire tragique (mais non tragicomique!) avec mine angélique, ingénu. Got it.

J'ai trimmé le texte, rafraîchi les termes ici et là, en fait surtout pour le rythme et la sonorité. Ma très chère et douce a voulu voir ce que ça donnait, dubitative il faut dire. Je lui en ai fait un bout dans le salon. La rondeur de son regard pâle m'a interrompu. «Nooon! ...Ça me fait peur...
- Yess! C'est parfait.»

Mais je me suis un peu ravisé: tenter de soutenir ce jeu pendant dix minutes aurait été risqué: en cas de perte d'assurance en plein milieu d'époumonage, ça allait se dégonfler comme une balloune à flatulences factices et je n'aurais plus eu qu'à citer Mallarmé mourant: «Croyez-moi, c'eût été beau!» (Sans compter l'attrait esthétique douteux de la chose pour le public.) Fallait que je change drastiquement de ton après le premier tiers environ.

Sur place, j'ai continué à planifier l'affaire, en tenant compte de la disposition des lieux, des accessoires (hum! une chaise sur un côté de la petite scène...), de l'ambiance aussi - qui était idéale. Un micro branché, sur son pied... mais je pouvais facilement crier à côté,
unplugged, raw power, jusque dans le fond des toilettes (L'Escalier, c'est pas gigantesque). J'annotais en vitesse mon texte imprimé. J'indique ici les endroits où j'arrête brusquement le criage et l'agitation, ainsi que ceux où ça reprend, par [on mic] et [off mic], respectivement: quand j'arrête de crier, je saisis le micro, m'assois sur la chaise et prends le ton et la tenue d'un invité de talk-show jeunesse, genre; d'autres fois je reste debout, je fais le stand-up qui aborde un sujet grave. À [off mic], c'est folie furieuse impromptue. Bien sûr, les bouts calmes au micro le furent finalement de façon assez relative: j'étais essoufflé, la face rouge, le shake... encore plus magique.

Juste avant de commencer, j'ai averti et rassuré l'auditoire, ma foi, d'âge moyen assez mûr merci: Si ça vous tape sur les nerfs au début, inquiétez-vous pas, je reste pas sur le même ton tout le long, ça va bien se passer...

Quant au problème du texte imprimé, qui se posait forcément dans ce cas-là (parce que c'est E. Danger, le personnage, lui-même, sur la scène: le voir lire son texte est alors une incohérence qui saute aux yeux, ça fucke toute l'illusion!), j'avais décidé de tenir mes feuilles toujours de la même façon, de la main gauche, au bout d'un bras raide et immobile par rapport au corps du début à la fin, de façon à en faire oublier un peu la présence tout en pouvant m'y référer (j'avais imprimé en 16 points exprès), et aussi pour signifier, par contraste visible, que ces feuilles ne faisaient pas partie de la représentation... J'ai pas très bien réussi à empêcher mon bras de bouger... Prochaine fois je me donnerai une chance d'apprendre par coeur, pour voir.

C'est l'heure. En-dessous d'un chandail kangourou, j'avais un petit t-shirt, trop petit, trop serré, bleu marin avec un gros symbole de l'anarchie blanc sur le devant. Tourné de dos, j'ai enlevé le gros chandail et soufflé, pompé de l'air, me suis mis en calvaire noir, bu une gorgée d'eau, posé la bouteille, fait face, et jumpé sur le gros nerf:


LE ROMAN DE MON ÉTÉ (FRAGMENTS)

Que ceux qui croient qu'il y a une autorité morale supérieure se tirent une balle! Que ceux qui pensent que je suis fâché se mettent qq chose à qq part où ça rentre pas bien… avant de se tirer une balle!


Je peux! Je ne plus que peux! J’ai pas pu pendant si longtemps que je pope! Mes dattes sont achetées, mes lettres sont cachetées, et mes ballerines… sont ballottées!


Quand on PEUT! …on veut : les armées de répéteurs qui répètent tout ce qu’on voudra s'y trompent! Le contraire n'est pas vrai! Le contraire n’est PAS vrai! À cause de la police, des instruments de torture et des affres de l'agonie, vouloir, ce n'est pas pouvoir.


Les options!... C'est pouvoir, qui est vouloir! Je dois tout expliquer!!!


Mon système est splendide. Je ne veux que ce que je peux. Je veux… tout ce que je peux! – Je roule en vélocifère, je peux faire une peur bleue à un conducteur qui m'a claque-sonné!? Je le veux! Je le fais! – J'attends en file à la caisse, je peux lui crier très fort ce qu'elle est dans l'oreille à la vieille qui chiale parce que le caissier débute?! Je le veux! Je le fais!


[en faisant non de la tête :] JE FAIS TOUT CE QUE JE PEUX!!!!


...NON! Je fais pas tout ce que je peux! Faudrait que je fasse TROP de choses en même temps! Impensable! Je peux le faire… seulement si j'y pense! Et, en ce moment, NON! Je peux dire que… Non! : JE. NE. PENSE. PAS. À. TOUT. EN. MÊME. TEMPS !!!

Mais. …Penses-y… Peux-le… Veux-le… et EXÉCUTION! C'est le tribunal des tâches, et c'est toujours MOI le bourreau.

Ça fait à peine deux jours que je peux à ce point-là – …fallait que j'y pense!... – et! …le service de police de Saint-Eustache a déjà mon adresse! Il le peut depuis que j'ai pu casser la guitare de mon voisin! Joue mais joue égal!!! Si ta toune est en 4/4, alors ELLE LE VEUT!!! ELLE DOIT L’ÊTRE!!! Des deux-tiers de temps, en rythmique, ça n'existe pas! Je suis pas capable!

…J’ai pas pu l'empêcher de pouvoir appeler le serre-vis… J'ai pas pensé à le CASSER, LUI… – J'y pense!… Je le peux! Je le veux!!! JE LE FAIS!!!

… … …

PAH! J’Y PENSE MÊME PAS!!!!!!

*


[on mic] Pour le divertissement, je suis entré dans un groupe de musique : God’s Asshole Spun Gold. Tonitruant. On se prend pas pour rien. Et le verbe du nom n'a rien à voir de près ni de loin avec la décourageante aberration qu'on appelle DEEJAYING.


[off mic] J'avais répondu à une annonce! J'avais UNE condition : que personne essaie de faire copain-copain, et ONE-TWO-THREE-FOUR! Ils ont accepté, su mes habiletés! Des gars bien, au demeurant!... – Je joue À LA BATTERIE. Que veux dire?! Je SOUMETS de la batt… – je ME SOUMETS à la batterie. Dans la batterie, on FRRRAPPE, FRRRAPPE, FRRRA-PA-PAP’. PA TSS, TSS… et TAPE TAPE TAPE TAPE TAPE, ORRROUM BOUM BOUM BOUM – POW! KSHSHSHSHSHSH… – on n'épargne PAS une seconde.


Je choisis la batterie parce qu'on tape dessus. C’est ça qui compte. Dans la vie, on TAPE TAPE TAPE!!!!


I’ont été surpris, mes trois tordeurs de cordes! Speakers spankers! Pendant trente secondes je frappais à côté des… affaires… – mais je me suis ajusté. C'est que…


[on mic] …j'avais jamais joué sur une vraie batterie. Toujours tapé sur mes cuisses, par contre, en faisant sautiller mes pieds… sur d'imaginaires pédales! Je me suis beaucoup pratiqué en regardant des clips de Metallica…


[off mic] …JE ROULE EN SHOW-BUSINESS!!!!!


[on mic] J'y pense… je vais présenter un peu mon groupe. Je connais pas leurs noms : je les ai tout simplement pas appris! – …de toute façon, dans un groupe de punk, tout ce que t’as besoin de dire c'est : « Hey ! » pour interpeller un tel ou un tel. « Hey ! Monte don’ ton son ! ».


Le spécialisé en chant de gueule ressemble à James Dean, mais avec les cheveux plus longs et les oreilles tatouées en noir complètement. I’ fait peur. I’a l'air d'un squelette. I’ fait pas de paroles d’amour, même pas de proche, et ses chansons sont… entre le premier degré et la sonnerie d’alarme du feu.

Le guitariste… i’ ressemble à un Prince qui s'aimerait pas, je dirais. Pas d'autres caractéristiques, à part un piercing en forme d'anneau de Moëbius dans le nez. J’ai pas voulu lui en demander la signification.


Le bassiste, lui, i’ ressemble… à un chimiste. I’ est malade.


Et voilà.


[off mic] Une chose : PERSONNE a insisté pour jouer aux amis. Une autre : c'est étrange d'être la seule personne heureuse – et saine – au sein d'une organisation. Je sais pas! Je pense que je vais attendre un peu avant de me mutiler pour prouver que je fais partie du cortège!!!


On joue au Café Chaos [prononcé à l’anglaise] dans trois semaines. J’ai le goût de signer des posters!!! En fait, c’est comme si j’y étais!


*


[ce dernier passage commence au micro assez tranquillement, puis le volume et le débit augmentent; je conclus sur un cri presque primal en renversant la tête, les poings levés et bras écartés comme Tarzan qui va se frapper le torse]

Ça s'en vient, le spectacle! Notre chanteur, qui compose tout, a un concept… des anges! Dans toutes les chansons, le même refrain revient, dans des gammes différentes, transposé, pervers, diaboliquement inséré. Paraît que ça crée une vraie transe. Une autre toune commence, les mains supplient et louent, la broue revole partout, les bouteilles pètent, les murs et le plafond dansent, étirés, mous, suintants, le tempo s'aggrave, les accords progressent jusqu'au climax et soudain, le refrain vient, ça fait comme une incantation noire, les corps se cambrent, les yeux se révulsent et les arcanes luisent!!!!!


* * * * *


Je dirais que ça a fait pas mal d'effet - allons, pas de fausse modestie! - bon d'accord, ça a kické des sérieux culs. Tout le monde a eu l'air de s'en payer une tranche.


lundi 29 juin 2009

F.d.l. - "la leçon inaugurale": suites

J'ai trouvé comment étoffer mon travail final.

[Je me suis bien rendu compte de quelques maladresses à corriger (le passage sur l'étymologie, en particulier, manque trop de justesse) et j'enrichirai le développement en certains points (par exemple: «Ambiguïté, toujours. Incertitude. Imprécision. Doute. Nuance. Polysémie. La polysémie est une invention propre au langage, où le terme seul a souvent plus d'un sens, qui dépend du contexte, mais aussi: la pluie égale la tristesse du poète romantique et du rockeur emo, ou encore la faveur des dieux pour l'agriculteur, ou l'orgasme de Dame Nature qui transparaît chez la Brésilienne dans les annonces de Vodka Ice - je me trompe? - ou encore l'inconfort, ou l'opacité du ciel, de l'avenir, etc. Polysémie. Pas de poésie sans polysémie. Pas de calembours, de stand-up comiques non plus, ni de sous-entendus, de rapports humains fluides... Pas de liberté! Je ne me divertis pas: tous les dictateurs, les régimes totalitaires, parce que c'est l'exacte antithèse de la pensée contrainte, luttent du premier jour au dernier contre la polysémie!»)]

J'ajoute, à la suite du texte de la «leçon», une liste de mes convictions qui en sous-tendent le «style» (par ex.: l'étudiant au cégep doit être responsabilisé; LaRue: «il faut exiger beaucoup pour obtenir quelque chose d'un élève»), et une explication pour bien faire ressortir, «sérieusement» cette fois, la conception de la littérature (de la lecture littéraire) et de son enseignement qui l'anime. J'affirme aussi mes positions, en les justifiant brièvement, dans le débat «des Radicaux et des Modérés» (devrait-on faire plus de place aux oeuvres de la littérature québécoise dans la formation commune en français langue d'enseignement?) et dans celui «des Anciens et des Modernes» (plus de place aux oeuvres contemporaines?) (: Non et non.)

dimanche 28 juin 2009

Comment on arrange ça, un complexe de même?

Fuck les gants blancs.

Toute ma vie. À l'école, longtemps avant d'avoir possédé la terminologie pour me le formuler à moi-même, je me rendais compte que j'étais à la fois beaucoup plus intelligent que presque tous les autres (mais c'est peut-être ma mère qui m'a mis cette idée en tête - les mères, c'est pas un cadeau) et que j'étais plus gentil que ceux qui, comme moi, n'avaient pas les idées au plancher. Donc on m'excluait. Je n'avais jamais le bon comportement, trop bizarre, et je me suis très vite mis à m'efforcer bien davantage d'être accepté, admis par les autres, que de réaliser mon potentiel moral et intellectuel. Évidemment, je les méprisais tous, sans exception, et moi-même encore plus. Je me suis rabaissé, discrédité, laissé prendre pour un imbécile, un dingue, un pété, un étrange débile artiste sur les bords, et j'ai gaspillé mon énergie et mon temps, et beaucoup de mes cellules nerveuses. Le monde est content, je ne suis plus le plus brillant. Voilà pourquoi j'ai tant de difficulté à garder mon calme, maintenant clean et atrocement lucide, malgré toutes les fois où je me dis de ne plus recommencer. C'est pas parce que ça m'amuse vraiment, c'est parce que j'ai un goût de sang dans la bouche (et si je me contiens, d'une manière ou d'une autre, il y a toujours le danger que je retourne mon agressivité contre moi). Quand je sens qu'on joue au fin et qu'il y a des chances qu'on se foute de ma gueule, je serre les poings, je planifie un assaut féroce. Pas mal chien, vu que je joue au fin et me fous de pas mal de gueules. À dire au psy, ça aussi.


samedi 27 juin 2009

On perdra le fil

Notre époque a fabriqué tellement de vedettes qu'il en mourra bientôt une grande chaque jour et on ne saura plus qui est mort et qui est toujours en vie.

Le festival de l'été

Chérie, tchèque ça, i'ont mis des feuilles dan's arbres, pis le chauffage dans le tapis, pis toutes les belles filles sont déguisées en pornstars - surtout les petites jeunes jeunes jeunes! même pas de tapis à l'entrée du paradis pis 'ga' ça, hihi! toute l'Éden à l'air, toé... Ça doit ben être le festival de l'été jamais j'croirai!


Hate to say I told you so (all right!)

Demande à un penseur du Web 2.0 postmoderne trendsetter hyper-fashion...

Douglas Coupland. Not my cup of tea, à première vue. Son premier roman avait pour titre Generation X (plus sous-titre); son prochain, une douzaine plus tard? Generation A.
A publié un roman intitulé Microserfs juste avant la sortie du système d'exploitation Windows 95, imaginez-vous!
Le gars se fait une obsession de saisir l'esprit de l'époque, ma foi, comme un oeuf saisit dans la poêle.
Sauf que, m'apprend Wikipedia, il a une sensibilité dite «Christian post-Christian», et ça ça a tendance à me plaire assez*. Et puis, quand je lis ça, voilà, tout s'explique, demandez à un auteur, un vrai, quand vous cherchez - et ceci me prouve que c'en est un vrai:

«Generation A mirrors the structure of 1991's Generation X as it champions the act of reading and storytelling as one of the few defenses we still have against the constant bombardment of the senses in a digital world».
(Extrait de son site web.)

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*A Christian post-Christian is one who denies the ontological and historical truth of Christianity while affirming it to be efficacious socially, institutionally, intellectually, psychologically and artistically. As expressed by the Christian scholar C.S. Lewis, the position is that "… Christianity itself is very sensible 'apart from its Christianity'".


vendredi 26 juin 2009

Le clown au CHSLD 1

Le clown au CHSLD, coiffé Bud Légère avec paille toujours, approche un vieux sec à la mine peu avenante, rote, pète, sans faire rire personne, puis défait deux énormes boutons de sa salopette et lui pisse - dru dru dru dru dru dru - en plein dessus!
HAHHAHAAAHAARGH
Le vieux déride enfin, lève la tête, percuté de soleil:
«Ah! ben là, tu parles, mon homme!»
HAHHAHAAAHAARGH


Former des lecteurs - travail final (la leçon inaugurale): «La littérature (et l'art) ne sert à rien»

Écrit d'un seul jet hier soir, jusque dans la nuit. À corriger un petit peu, et j'ai jusqu'au 10 juillet pour ajouter des zaffaires.

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(Le ton est grandement inspiré d’un prof que j’ai eu la chance d’avoir deux fois, en « français deux » et en « français quatre », Stéphane Mayer, au cégep de Saint-Laurent, qui est à la fois exigeant et généreux – dur à suivre parce qu’il ne lit pas de notes de cours et n’en écrit encore moins au tableau, mais très présent, il fait réfléchir, parle avec la classe, interpelle les étudiants fréquemment – et qui ma tant donné le goût de la littérature que c’est depuis sa rencontre que je veux enseigner au collégial, il est resté un modèle pour moi. En classe, mais aussi à son bureau, dans les corridors, il jouait, j’en suis sûr, toujours; dans le territoire du cégep, il incarnait en quelque sorte son propre personnage de prof de littérature pour ados. Je suis moi-même très à l’aise pour jouer sur une scène, seul au micro - à condition, donc, de « jouer ». La leçon inaugurale qui suit n’est pas exagérée : je me vois très bien en faire la « performance ».)

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Vous permettez qu’au lieu de vous traiter de Canadiens-canadiennes ou de Québécois-québécoises, je vous salue d’un « Chers amis-amies »? Oui? Nice…(!) Alors mes chers amis chères amies, mes inestimables semblables étudiants (car j’étudie aussi, toujours, et je le ferai d’autant plus avec vous ici)… vous voulez aller à l’université? Oui? Non? Oui? Oui? – Vous êtes L’ÉLITE de la société. Ne l’oubliez pas!


Ceci sera le seul cours magistral de la session. Bon, c’est à condition que vous réussissiez à me faire arrêter de parler! ( – Dans mon temps on disait ça : « Heille, écrase… euh… chose… » Mais non c’est pas vrai, ça c’était dans le temps de mon père.) Je blague. À demi. En fait, ce premier cours – magistral! – a pour but bien simple, et rien de moins, de vous faire entrevoir combien facilement vous pourrez parler de littérature, de la vraie littérature! – Oh expression sacrilège! – Rien de moins. Facilement, oui… avec un peu de pratique. Vous pouvez acheter mon DVD, en passant, je l’ai dans une caisse, Comment parler de littérature facilement


Bon, trêve de plaisanteries… pour les quatre prochaines secondes… - Avez-vous remarqué? – avez-vous remarqué? – avez-vous remarqué? Comme c’est important, aujourd’hui, se divertir? Pouvez-vous vous en rendre compte, malgré votre petit âge? Je pense que oui! En tout cas, moi, bon, j’ai décidé ça, c’est tellement important vous savez, je ne dirai plus « je blague », ou « je plaisante »; je dirai maintenant : « Je me divertis. »


C’est pas dans la Charte des droits et libertés, ça? Oui? Non? Un verbe à la forme pronominale, mesdames et messieurs!


Nous commençons. La leçon d’aujourd’hui s’intitule : « La littérature (et l’art) ne sert à rien ».


N’écrivez rien! Écoutez. Répondez-moi – mais dans votre tête, pour aujourd’hui, juste pour aujourd’hui.


Il n’y aura rien à l’examen, rien du tout, c’est gratuit. Parfaitement généreux de ma part.


Allez viens, fais un voyage avec moi.


Transportons-nous dans la préhistoire. Vous savez? La préhistoire? Avant l’Histoire. C’est-à-dire avant les débuts de l’écriture. Vous avez déjà vu, n’est-ce pas, de quoi avaient l’air les premiers dessins, tracés sur les parois des cavernes. [Je dessine au tableau une imitation, forcément cocasse.] Probablement un jeune exalté, hein? Révolutionnaire sur les bords… Fait jamais rien comme les autres… Peu après avoir appris à chasser a tué un jour son premier gibier, en l’occurrence une gazelle géante(!). Il en a rêvé toute la nuit suivante. Et au matin, sans savoir ce qu’il faisait, a saisi une roche – excusez – un caillou, brun et tendre, et fait un trait sur un mur de roc de sa chambre à coucher(!). D’instinct, ou tout comme, il a dessiné à peu près cela [tableau] et a fait six marques en-dessous [tableau : | | | | | | ] parce que lui c’est le sixième plus fort de sa tribu. Je me divertis. Éventuellement, les chefs ont dit non, non! « Juste chefs faire dessins dorénavant. » – Mais d’autres tribus ont fini par tomber sur ces premiers dessins préhistoriques plus tard, et on a totalement perdu le contrôle de la production artistique! Mais revenons à Görg, notre jeune illuminé (à supposer qu’il s’appelait ainsi, ce qui serait plausible, un prénom qui a évolué pour donner Georges… Personne ici ne s’appelle Görg? Fiou! Non mais vous savez dans les pays de l’Est le prénom Görgy existe, je crois, je sais pas comment le prononcer…), imaginons-nous donc ce qui se serait passé si, son premier dessin achevé, à Görg, son cousin, ou son beau-frère, par exemple, l’avait surpris et lui avait demandé : « À quoi ça sert? » – ou, variante : « À quoi bon? Diantre… de bougre de fainéant prétentieux snob? » …Eh! Bien, Görg l’aurait probablement assommé avec une pierre.


« Ça ne sert à rien, et c’est bon à tout, cervelle d’autruche préhistorique! Je m’exprime! »


*


Trêve de plaisanteries. (J’ai pas dit ça, déjà, tantôt? En tout cas…) Mais non, pas déjà. D’ailleurs ce n’était pas vraiment là une plaisanterie. Pas entièrement. La Plaisanterie est un roman de Milan Kundera. Son premier. 1967. Original en tchèque. Milan Kundera est un écrivain d’origine tchèque, comme Kafka, naturalisé français (mais Kafka, lui, écrivait en allemand). Auteur de l’Insoutenable légèreté de l’être, 1984, autre roman qu’il a traduit plus tard lui-même du tchèque au français. Et aussi d’un superbe essai, l’Art du roman, 1986, que je ne saurais trop vous conseiller. Il y traite de l’évolution du genre du roman (hein, parce qu’on appelle ça comme ça : la poésie est un « genre », le théâtre aussi, l’essai enfin – quatre genres – littéraires, attention – tel que voulu par beaucoup trop de grands professeurs avant moi pour que j’y ne puisse changer quoi que ce soit! mais ce n’est pas grave, pas du tout : ce ne sont que des catégories)… Je disais que Kundera traite, dans l’Art du roman, un essai, de l’évolution du roman depuis ce que nous considérons comme le premier du genre… : El Ingenioso Hidalgo Don Quijote de la Mancha, de Miguel de Cervantes Saavedra. Je vous en reparlerai. De Quichotte. De Cervantes. C’est très... ironique, voilà. Un délice. L’an 1605, la première publication. Et puis c’est toute une brique, à part ça...


Mais attendez : j’ai dit : « …dont je ne saurais trop conseiller la lecture »? Mais c’est ambigu, ça!


Monsieur, ici, voilà, monsieur [Rivard] , et madame…? Madame [Barkaoui], excellent, chacun une craie, c’est divertissant d’écrire au tableau; allons, chacun quatre mots. Monsieur Rivard : « dont je ne saurais », et madame Barkaoui : « trop conseiller la lecture ». Vous me direz, c’est inégal, les quatres derniers sont plus longs, et vous aurez raison! Ah! Voilà. Vous pouvez vous asseoir, merci. Alors donc. – Donc et non dont, remarquez bien! Ici, « dont » – parce que je parle de l’essai de Kundera; je ne lui parle pas à lui; je parle de lui, donc : « dont je ne saurais trop conseiller la lecture ». Qu’est-ce que ça veut dire? Ai-je dit que j’en conseille la lecture, ou que je ne la conseille pas? Aïe! Maladresse! L’expression veut dire les deux en même temps! En physique, en mathématiques, remarquez, une chose et son exact contraire s’annihilent mutuellement, hein? moins trois et plus trois font zéro… Mais pas en littérature! Jamais, en littérature! Retenez bien cela! [Au tableau : « dont je ne saurais trop conseiller la lecture ».] Cette phrase veut dire : je ne saurais pas comment, je ne pourrais pas trop conseiller cette lecture, parce que même si je la conseille jusqu’à Noël, il y en a parmi vous qui ne liront pas cet essai! Alors je ne le recommanderai jamais assez! (C’est pour nous divertir, hein? L’Art du roman n’est pas au programme. Quoique si vous y tenez… Vous pourrez m’en parler si vous le voulez.) – Mais encore, je disais : hum! cet essai, je ne saurais trop vous en conseiller la lecture, c’est-à-dire je ne sais pas trop si je vous la conseille…


Mesdames et messieurs : l’ambiguïté. Respect. Minute de silence. Ça a l’air difficile, mais on s’en sort. N’est-ce pas?


*


En réalité, c’est plus grave que ça en a l’air. Adolf Hitler. Être humain ou bien monstre? Michael Jackson, acquitté de toutes les accusations (et j’aime mieux, personnellement, le croire innocent), the King of Pop; son père le forçait à répéter ses tours, son chant, jour après jour, riait de son nez, le frappait, s’acharnait sur lui comme un voleur à la banque, « donne-moi tout! donne-moi tout! » à huit ans, neuf ans, quel âge? le traitait de noms. Michael en avait des réactions physiques, il avait des haut-le-cœur à la simple vue de son père. Michael Jackson. Complètement sur une autre planète. Fucké, tsé, quand on dit fucké? Alors, être humain ou monstre? Et son père?


L’ambiguïté, mesdames et messieurs. Respect. Respect pour ceux qui ont souffert pour vrai, pendant qu’on fait des hypothèses – on se divertit, n’est-ce pas? Mais les hypothèses… sont essentielles. Questionner sans pouvoir répondre. Déstabilisant? Frustrant? Hum!… Vital. J’en viens à la littérature; pas d’inquiétudes!


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J’ai fait une énorme parenthèse. (Attention, figure de style ici : métonymie : j’emploie le terme parenthèse pour parler de ce qu’on met entre les parenthèses. On se comprend? C’est permis. Mais mieux vaut ne pas le faire à son propre insu!) Énorme parenthèse, donc. Mais les parenthèses sont importantes. On s’avance beaucoup et on précise de l’indéfinissable dans les parenthèses. La littérature : une parenthèse?


Étymologie! – et, tout d’abord, le sens étymologique du terme étymologie. [Au tableau.] Du grec ancien étymos [je l’écris en lettres grecques pour impressionner la classe(!)], « vrai », et logos, « parole »; soit, littéralement, « étude du vrai ». C’est-à-dire : du sens premier, à l’origine, d’un mot.


Alors : parenthèse : [au tableau aussi] du grec ancien parenthesis, qui veut dire « parenthèse ». Bon, d’accord, ça marche pas à tous les coups. J’ai vérifié, c’est bien cela. J’aurais cru que ça tenait pour para et thesis : « à côté de la thèse, de l’idée principale ». Tant pis.


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Revenons à Görg et sa tribu. Prenons leurs lointains aïeux, arrière-arrière… arrière-grands-parents. Les premiers qui sont venus à bout de faire une phrase avec leur bouche(!). Je me divertis. Pourquoi? Mais, pour rien, rétorquerait Görg, et il n’aurait pas tellement tort, mais pour l’instant trouvons des raisons. Pour communiquer? Pas bête, pas bête… Pour ne pas – j’ai entendu « pour ne pas oublier leurs origines »? Encore mieux! C’est assez de raisons maintenant. La vérité. Respect. Minute de silence.


Il y a de grands chercheurs qui ont fait une expérience. Vous aussi, vous pouvez la faire. Je ne saurais trop vous le conseiller. L’expérience consiste à demander à quelqu’un, n’importe qui, et attention les mots justes sont cruciaux : demander qu’il ou elle vous DÉCRIVE l’endroit où il ou elle vit. [Au tableau : l’endroit il ou elle vit.] Notez tout c’est crucial. Eh! bien, vous et les grands chercheurs constaterez le même fait très divertissant(!) : la personne va décrire, et puis vous allez pouvoir vous rendre compte qu’en fait elle écrira. Sa description prendra la forme d’un récit. Et ce n’est pas un complot des saboteurs qui ont mis des verbes dans le langage! Exemple : « Ma maison est assez petite, mais ça va, pas trop, et quand on entre il y a le salon à droite et plus loin au bout du corridor on arrive dans la cuisine. » – Pourquoi on arrive dans la cuisine? Vous me racontez-là toute une histoire, cher ami.


Parlez de qui vous êtes : encore une histoire. Un récit. Grands chercheurs : le récit est une structure fondamentale de la psyché humaine. Le ministre accuse le chef de l’opposition : « C’est votre faute! Vous avez fait ceci et cela. » Récit! Tissu d’intrigues!


Mesdames et messieurs, on n’en sort pas – et c’est tant mieux - : tout ce que nous pouvons dire, et donc articuler mentalement, et donc comprendre, et concevoir, considérer possible ou impossible :

R-É-C-I-T.


Votre vie est une histoire. Votre responsabilité : que cette histoire vous plaise et qu’elle finisse bien. Vous planifiez sortir samedi soir, aller voir un show jeudi : vous allez ajouter des épisodes à votre saga épique personnelle et intime – intime au sens où le sens… le sens de ce que vous décidez de faire vous appartient : ce sens, personne ne peut y toucher. Impalpable. Ambiguïté.


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Alors. Si tout est récit – connaissance, et interprétation, subjectives – pourquoi est-ce que des illuminés comme Görg (mais disons : des illuminés plus modernes, d’accord) se mettent en tête d’écrire des chansons, des poèmes, des films, des romans? Mais pour qui ils se prennent pour jeter dans le monde ces bizarreries malcommodes et parfaitement inutiles? (oui, inutiles; j’y viendrai), du non vrai dans du non vrai; qu’en pensez-vous? [Place aux réponses éventuelles des étudiants.]


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Avant de conclure, observons cette distinction.


[Au tableau.] Automobiles, machines à coudre, laveuse-sécheuse, trois et demie chauffé éclairé près de tous les services, hôpital, école, théories scientifiques ou philosophiques, ou même théories de la littérature (oui, oui, ça existe!), et puis pantalons, chaises, tables, bureaux, programmes, gouvernements! Stop!


Seconde série : [au tableau aussi] muscle cardiaque (ou myocarde), arc-en-ciel, oiseaux, la peau (c’est doux, c’est chaud, c’est humain, hein?), et l’odorat, le goût, l’ouïe, la vue, la parole… la parole… Stop!


Distinction : les éléments de la première série sont des inventions de l’être humain. Ils sont utiles (quoique… les gouvernements… haha! – Je me divertis, tu te divertis…) Quant à [tableau : « quant à »] ceux de l’autre série… Ils existent, pour rien, ça pope comme d’un sac à surprises, mais même pas! parce qu’il n’y a personne qui les a faits, conçus, produits pour le bonheur de tous. Ils sont gratuits. Inutiles. La parole aussi. Je vous l’ai conseillé, faites l’expérience. Récit égale structure fondamentale. Ça, ça veut dire que ça vient avec le cerveau, c’est standard, le contraire de custom, comme on dit; c’est compris dans le prix de base, ça ne vient pas en option. On utilise notre faculté de parler, et les oiseaux, et même les arcs-en-ciel (pour les cartes postales et les collants pour mettre dans les cahiers des enfants quand ils ont bien travaillé) mais c’est INUTILE – au sens où ça ne sert à rien; au sens où ça sert, oui, mais ça n’a jamais été pensé pour servir. [Jean-Paul Sartre : l’existence précède l’essence.]


Me suivez-vous? Ambiguïté. C’est un petit peu étourdissant au début mais on trouve son équilibre. Ayez confiance en vous. Votre cerveau vient avec toutes les facultés inutiles nécessaires. Oubliez ce que j’ai dit au début, que vous êtes l’élite de la société. Moi, je suis pessimiste, mais je crois en vous. Tous.


Et la littérature, enfin? Je vous libère, vous allez pouvoir vous dégourdir. La littérature, ce lieu de jeu total avec les récits, a toujours existé, ça vient avec le cerveau, les sociétés les plus primitives se racontaient des histoires, ça n’a pas été pensé au départ pour servir, donc c’est parfaitement inutile, mais en même temps extrêmement important : c’est VITAL. Et je pèse mon mot (ouh! qu’il est lourd! – mais je le supporte)… C’est comme les éléments de ma seconde série : c’est dans la nature. C’est la vie!


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Pour [le prochain cours], vous apprendrez une chanson par cœur. Au choix. On commence en force et en beauté. Même si c’est du Black Sabbath. Allez.


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En sortant, vous pouvez prendre, sur le pupitre ici, un léger document (qui est en même temps lourd; l’ambiguïté, toujours!), document qui résume ce dont je viens de vous entretenir – entertain – il se divertit, nous nous divertissons… Ça ne sera pas à l’examen, mais je ne saurais trop vous conseiller de ne pas le jeter à la poubelle, ni même au recyclage. Le choix, tout entier, vous revient.





Ouais et toi, tu es la désincarnation du journalisme?

À propos d'un chauffeur de taxi mort assassiné
Torrieux! faut le faire:

«Les agressions violentes et les vols sont fréquents dans l'univers des taxis.

Le débat entourant l'installation d'une vitre de sécurité entre le conducteur et la banquette arrière refait surface chaque fois qu'un nouvel incident fait les manchettes.

Abraham Messun incarne désormais ces risques du métier.»

*

Je pense que je vais prendre un break aujourd'hui, parce que sinon, je descends sur St-Jacques avec ma faux et je fends des fions parasites, les fières fientes pustulées farcies de fonds de frocs de philistins Alain Brunet et Jean-Christophe Laurence qui, non contents d'être aussi peu vifs que la poule sans soutif, cruisent sur la déchéance de Michael Jackson, et le succès qui tue ici pis l'extravagance qui ne paie pas là; «mutant», «Jacko le barjo»... tabarnak d'hosties de trous de cul de sans-cœurs! avec, évidemment, des trollées de commentaires de toute beauté, hein, everybody is a journaliste citoyen.

Donnez-moi leur job pour l'amour!

*

Et à ceux qui trouvent que je «mistralise», méditez ce double - non, ce triple-sens:
N'a pas de couilles qui le veut.


C'est pas compliqué

«Je est un autre»
et je est un autre,
donc je suis Rimbaud!

*

Trop génial cet Arthur.

La «postmodernité», l'«altérité»... pfft!

Qu'est-ce c'est qu'on essaie de nous faire croire, voulez-vous ben!

Cléo est morte; la guerre est finie

Fallait que la patente pète pour que je puisse la calibrer. Je repars l'usine, y a une bonne journée de production à rattraper.

jeudi 25 juin 2009

Avis d'expert no 9 - la paralittérature

Ok ok ok. De la substance.

Dans une réponse suite à un article ci-bas, j'écrivais ceci à mon ami Gautier, cofondateur de Front froid:

Je précise ma pensée au sujet de la "paralittérature".

Je pense comme l'a pensé Vonnegut depuis ses débuts qu'il y a beaucoup de complaisance dans les cercles de trippeux SFF, que souvent un bon concept suffit à ce que soit encensée une histoire sans profondeur, aux personnages mal écrits et au fonctionnement facile (le maudit recours à la chute qui me tue, procédé bête et franchement plate, toujours décevant sauf exceptions, et les exceptions se trouvent sous la plume d'écrivains puissants qui peuvent facilement se passer de ce procédé). Cela dit, je suis avec toi Gautier, qu'une histoire se déroule dans le futur, un monde parallèle ou un univers imaginaire, c'est un détail, je veux dire, ça n'en fait pas de facto de la littérature de moindre qualité (hey voire que La Recherche du temps perdu se déroule dans un univers réel...). Aussi, j'ai pu m'en rendre compte, par rapport à la BD, par exemple, mon entraînement à "lire" de la littérature de qualité (où les images, les figures, les ressources linguistiques, par exemple, ne font pas de "bruit", où tout est cohérent, où l'harmonie sans dissonances rend mélodieuses les zones d'ombre silencieuses) me sert quand je suis face à un dessin, un tableau, le trait d'un artiste visuel.

En tant que système signifiant le plus complexe que nous connaissions et le plus proche, en termes de fonctionnement, de notre psyché, la langue littéraire est à la base de tous nos jeux de représentation. C'est pour ça que je dis qu'il faut absolument transmettre le goût de la lecture littéraire. Un lecteur devenu agile peut aborder la BD et ses codes beaucoup plus facilement qu'un grand connaisseur de BD la littérature de qualité et ses codes. À mon avis.

24 juin 2009 13:00


J'ajoute maintenant ceci. Eh oui, monsieur Ranger (moi, je présume), se permet de réinventer la roue.

Quand on est (bien) formé en études littéraires, TOUT est de la paralittérature. On psychanalyse mieux que le doc Mailloux. On dessine mieux l'aménagement d'un parc que les cols blancs dûment mandatés. Je n'exagère presque pas. Aussi, pour moi, Louis Hamelin, Christian Mistral, entre autres favoris, c'est de la littérature, et Jacques Poulin, que je peux très bien lire mais qui ne me rejoint pas vraiment beaucoup, c'est paralittéraire!

Peut-être faudrait-il dire: tout est métalittéraire. Ou translittéraire...

Quelqu'un veut bien m'aider avec les préfixes grecs anciens et latins?

UdM, pause cigarette; place La Laurentienne, derrière la caférétia; coin formé par les pavillons J.-A.-De Sève et Maximilien-Caron. Mon amie Kim: il y a une sculpture là-bas, j'ai jeté un coup d'oeil rapide - très bizarre... - le titre en français c'est SANS QUALIFICATIONS et en anglais UNTITLED WORK. Bizarre, en effet! je vais aller voir ça quand il ne pleuvra pas!

Je vais voir ça.

Sculpture haute de deux mètres environ. Sur la plaque, les titres, à gauche en français, à droite en anglais, surplombent un texte (traduit littéralement, celui-là) disant que l'oeuvre avait été commandée pour l'Expo de Montréal et commanditée par Seagram, et fut ensuite offerte à l'UdM... à la demande de Seagram.

Informations à ma disposition pendant que je regarde ça:
- Seagram est une multinationale.
C'est tout.
("EDIT": Wikipédia: Seagram était, basée à Montréal, la plus grande entreprise de distillation au monde.)

La sculpture:
- métallique, grise, non polie;
- forme globale: prisme à base carrée - rappelle un gratte-ciel, avec lignes verticales qui lui donnent un aspect vaguement gothique;
- il y a des trous dedans - pas de bord en bord, plutôt exactement comme si on avait tiré quelques coups de calibre .12 dessus (des volées de petites billes d'acier, very nasty stuff).

Mes amis, je vous laisse visualiser, et lire l'oeuvre. Attendez avant de faire défiler la page dans l'écran. Vous allez voir. Maintenant, si vous avez trouvé une signification dans laquelle tous les éléments que je vous ai communiqués tiennent, demandez-vous si quelqu'un qui n'a pas l'habitude de lire, de temps en temps, un livre marquant, authentifié de qualité, en se posant des questions du genre pourquoi l'auteur a-t-il arrangé ceci comme cela (et en allant plus loin que le simple souci du punch, de la chute, de la découverte du véritable meurtrier par Miss Marple)... -
demandez-vous s'il peut décoder une oeuvre comme nous le faisons.

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- Sans qualifications : travail sans qualifications : anglicisme? Are you qualified for this job?:
ah! Untitled work! T'es diplômé? You've got a title.
- Structure ascendante trouée.
- Multinationale livre message institutionnaliste, élitico-corporatiste à population étudiante, en soutien à l'idéologie derrière le système universitaire en général et à la mission formative de main-d'oeuvre ingénieuse qualifiée (en sciences humaines ou physiques, peu importe) de l'UdM en particulier:

Le travail, l'ouvrage, l'échafaudage, l'entreprise sociale ou individuelle, en dehors du système qui garantit les compétences acquises par le biais de diplômes dûment décernés, est troué.

J'ai suivi un cours optionnel d'intro à l'art moderne en deuxième année de bac, c'est tout; et vous?

Maintenant, voir comment nos aptitudes en lecture peuvent nous aider, avec certaines connaissances de base, à comprendre des tableaux, le travail graphique d'un bédéiste, etc.
Ma blonde me dit de la fermer quand on regarde le moindre film: j'analyse les plans, les séquences, le bruitage, la musique!

L'expert a parlé!

Là j'appelle mon fils. C'est sa fête aujourd'hui.

*
ajout

J'ai parlé à mon fils. Tout s'arrange.

À propos de la lecture littéraire, autre point:
Quand on lit un roman, ou de la poésie si ça s'applique, et à plus forte raison une pièce de théâtre (et encore plus devant une représentation) de façon le moindrement analytique (et c'est comme le vélo, comme conduire, et puis conduire "manuel"...: au début faut penser au moindre geste, pendant qu'on regarde dans le rétroviseur on oublie de mettre le clignotant, et avec tout ça l'angle mort a foutu le camp, mais une fois qu'on est habitué, on performe tout ça sans s'en rendre compte; pareil pour les accords de l'adjectif et du verbe avec son sujet), on lit aussi des images, des tableaux, des scènes avec personnages en mouvement. Dans le texte, il n'y a pas que des figures de style, des schémas narratifs, des jeux sur l'énonciation et des réseaux de sens; toutes les descriptions, vastes ou minimales, nous incitent à "voir" la disposition des lieux, et l'écrivain qui maîtrise son art ne laisse rien au hasard. Même si la narration se fait très étanche aux intrusions de l'auteur, les paysages doivent se lire comme des compositions visuelles...



Prendre des géants pour des moulins à vents

J'ose rarement l'admettre, même pour mon propre compte, mais j'éprouve souvent - avec d'autres, sans doute - la conviction qu'au Québec comme ailleurs (mais peut-être un peu plus qu'ailleurs, car c'est mon pays) les jours de la littérature sont comptés. Qu'il y a, entre la littérature (l'esprit, les ambitions, les exigences de la littérature tels qu'ils se sont formés depuis l'aube des Temps modernes) et le monde qui se met en place autour de nous, un fossé de plus en plus profond, qui deviendra peut-être bientôt infranchissable. Quelque chose, dans la littérature, n'est plus accordé à notre monde, qui n'a plus besoin d'elle et pour qui elle est devenue une forme de pensée et de sensibilité d'un autre âge, au mieux divertissante et informative, au pire «aliénante» ou scandaleuse. Cela n'interdit nullement, bien sûr, la prolifération de slivres, des auteurs primés et télégéniques, des festivals littéraires de toutes sortes, prolifération que cet éloignement de la littérature, au contraire, rend plus facile et envahissante que jamais. Cela ne dispense pas, non plus, de la nécessité d'écrire encore, de poursuivre sans relâche cette beauté singulière, imprévisible, et cette vérité problématique que seule la littérature sait découvrir et dont la découverte est son seul et unique devoir. Mais c'est sans illusion qu'il faut continuer à écrire, et sans amertume. L'écrivain, le littéraire d'aujourd'hui est un être plus ou moins en deuil, plus ou moins apatride, plus ou moins déphasé et nostalgique - ce qui ne l'empêche pas de plaisanter, bien au contraire.

En cela, il ressemble un peu à Don Quichotte. Mais un Don Quichotte à l'envers, étranger et solitaire au milieu de cette fiction bouffonne qu'est devenu le monde. L'esprit rempli de livres et de sentiments désuets, tout ensemble inconsolable et moqueur, il voit derrière les gesticulations des géants tourner les ailes des moulins; à la place des châteaux splendides où on veut l'attirer, il aperçoit l'auberge crasseuse peuplée de marchands et de fripons; dans les beaux yeux enamourés des dulcinées comme dans le regard fier des chevaliers, il lit le sourire frivole et pathétique de l'éternelle méprise humaine. Et il sent sous ses cuisses le corps décharné de Rossinante, qui me fait penser de nouveau à la vieille picouille de Saul Bellow: désaltérée, elle relève les naseaux au-dessus de son abreuvoir et regarde (tristement? ironiquement?) s'écouler sur la place le flot de la circulation à laquelle elle n'appartient plus.

François Ricard, «Le point de vue de la picouille» (derniers paragraphes) dans Catherine Morency (dir.), La Littérature par elle-même, Québec, Nota bene, 2005, p. 82-83.

À lire, du même auteur, Chroniques d'un temps loufoque, Boréal, 2005.

Satire moderne donc cheap

Tiens Éric, je t'ai composé un poème, parce que je suis tanné et je n'approuve pas vraiment ce que je fais mais je t'exècre trop.

Ô Éric Samson
Tu agis comme un poison
Tu gagnes les organes vitaux en paralysant les membres inférieurs

Ton argument d'autorité: hum!...
Pas sûr que Douglas Adams
Aimerait avoir entre les pattes
Un lèche-cul de ta sorte.
Chacun son trip, vieux!
(Moi, Adams, je le trouve pas assez beau ;)

Tes remarques sont toujours sèches
Et jamais ne complimentes, et jamais ne félicites-tu personne
De façon sincère
You really are a bad, cheap, silly piece of broken crap

T'auras ce que tu mérites, couillon
T'as pas appris ça?
Des lèche-cul aux fesses inaptes à la moindre idée complexe
Qui te sourient que ça t'écoeure
Et qui parlent dans ton dos - oui, oui!
Ils te chient dans le col de chemise!
Des lâches, des traîtres
Des ingrats à ton image, malheureux lutins mutins.



J'ai effacé, mais ça paraît encore un peu.

mercredi 24 juin 2009

Gentlemen, please! The King...

Être un moderne, vivre dans le monde qui est aujourd’hui le nôtre, c’est être submergé, bombardé, écrasé de solutions et de réponses, toutes plus définitives, toutes plus assurées et urgentes les unes que les autres. Ce qui nous manque, ce que la littérature (et la littérature seule, qui pour moi est avant tout le roman) peut nous apporter, ce sont les problèmes, et en particulier les problèmes auxquels il n’y a pas de solution, qui sont les seuls vrais problèmes dignes d’attention. Ou plutôt, c’est la conscience que toute « solution » qu’on nous propose, si elle n’est pas un piège, en deviendra un forcément un jour ou l’autre. En attendant, je ne vois pas d’autre attitude possible, pas d’autre « solution » pratique, si vous tenez à tout prix à ce que j’en propose une, que celle-ci, qui est strictement, radicalement individuelle et n’implique donc aucun combat, aucun prosélytisme ni aucun « militantisme », si ce n’est la lutte privée, domestique, mais tout de même assez féroce parfois, de qui se désolidarise, de qui refuse de participer à la fête et tient (peut-être illusoirement) à préserver les dernières miettes de liberté qu’il croit encore possible de préserver : se tenir à carreau et tâcher de ne pas se faire avoir.

François Ricard

Tiens, du coup, les Détesteurs just got deeper, better, stronger...

Un écrivain, un intellectuel, aujourd’hui, qui (1) ne voit pas dans quel « ground zero » culturel et moral nous vivons, et (2) ne fait pas du rire - de la puissance distanciatrice et profanatrice du rire, au sens le plus large et le plus varié du terme - son arme ou sa préoccupation première, c’est à mes yeux un écrivain ou un intellectuel qui trahit les derniers restes de sa dignité et se rend corps et biens à l’ennemi.


autre lecture

Addendum - avis d'expert no 4

À moins de savoir, mais alors là vraiment savoir écrire, ce qui s'appelle écrire, travailler une oeuvre comme le sculpteur le bois, jamais un blogue ne fait un bon roman, ni même un bon livre, si par bon livre on entend quelque chose qu'on ne classe pas avec les légèretés de chevet et les revues de salle d'attente. Corpus justificateur: Vacuum, Un taxi la nuit, Les Chroniques d'une mère indigne (Grand Prix littéraire Archambault mesdames et messieurs!) Le premier: un chef-d'oeuvre inégalable. Les autres: de la bouette avec une grande boue. Les blogues ne changent rien au champ littéraire. Erreur irréparable hors de la sociologie. Bourdieu ne connaît rien à la littérature. L'expert a parlé!

(Et l'expert peut vous faire un compte-rendu critique foutrement «objectivement» savant des livres sus-mentionnés pour backer son beef.)

Provocation (presque) gratuite (mais non, pas gratuite pantoute finalement)

Twitter, ça pue la merde, c'est encore une cochonnerie qui exacerbe le bruit médiatique, beaucoup de bruit pour rien, et un autre assaut du populisme crasse contre une crédibilité journalistique déjà aux prises avec la convergence qui gronde au-dessus des têtes, sans parler du libéralisme des Paul Desmarais de ce petit monde; une cochonnerie derrière laquelle des fins finauds à l'aise avec les ordis et certaines bases de langages de programmation trollent (savoureuse expression) en profitant de la gloire momentanée du geek d'aujourd'hui. Faut vraiment tout expliquer. Everybody is a fucking critic. Vous m'en reparlerez. Journalisme citoyen mon cul. Par la fenêtre. Planté d'un drapeau fleurdelisé. Je. Casse. Et. Je. Casse. Surtout. La. Rhétorique. Rampante. Qui. Consiste. À. Faire. Semblant. De. Ne. Rien. Comprendre. Pour. Ensuite. M'. Accuser. De. Dire. Ce. N'. Est. Pas. Ce. Que. J'. Ai. Voulu. Dire. I. Must. Be. Speaking. In. Fucking. Tongues.

Lecture suggérée: François Ricard, un vrai de vrai, dont je me promets la lecture de L'Âge lyrique. Extrait de l'entrevue:

...il me semble qu’on ne peut plus accorder à la société où nous vivons - telle du moins que cette société se représente à travers ses discours, ses projets et ses prétendues « valeurs » - le moindre sérieux ni le moindre crédit. Elle-même fondée sur la ruine de tout ce qui pouvait, autrefois, la rendre consciente de son imperfection et de sa finitude, et par là l’obliger ou l’inciter sans cesse à se remettre en question, la société « postmoderne » (ou « hypermoderne ») n’a plus rien pour justifier sa propre existence et les « causes » autour desquelles elle voudrait rassembler et mobiliser ses sujets.
[...] Quelque chose, en effet, s’est terminé, s’est effondré, depuis que s’est mise en place cette « démocratie extrême » qui est la nôtre, et qui ne peut absolument pas subsister sans faire table rase de tout ce qui, dans le passé, représentait une certaine hauteur, une étrangeté, un horizon par rapport à quoi elle aurait pu s’opposer à elle-même, s’interroger, se critiquer et ainsi vouloir se transformer. Tout cela est bel et bien fini, que ce soit dans la politique, l’éducation, la culture, la vie sociale ou même dans nos existences et nos pensées, d’où toute référence « transcendante », toute idée de modèle ou de limite, ou toute « médiation », pour parler comme René Girard, a été bannie, de sorte que nous pouvons, littéralement, faire n’importe quoi, puisque rien, aucune cause, aucune quête, n’a désormais de signification en soi, et que tout est à notre disposition, offert à nos illusions et à nos caprices les plus fous. Est-ce là une vision nostalgique ? Sans doute, mais je crois que la nostalgie, dans l’état actuel des choses, est l’un des derniers sentiments vraiment humains qui nous restent, si archaïque et mélancolique qu’il puisse sembler, mais c’est que l’humain lui-même est devenu si ancien, si enfoui, que nous ne pouvons plus qu’en repérer péniblement les traces (ou les ruines) çà et là, comme des archéologues qui essaient au milieu des décombres ensablés de reconstituer les civilisations disparues. Passéiste, cette vision ? Certains ne manqueront pas de le dire, auxquels je n’ai rien d’autre à répondre que ceci : le passé, comme point d’appui, est beaucoup plus sûr, beaucoup plus réel que cet avenir dont tout le monde se réclame ; et puis, le passé, il ne s’agit pas de le regretter ni de vouloir y revenir, mais de s’en souvenir, tout simplement. Et d’en tirer les conséquences pour l’observation du temps présent. Pour voir à quel point, par exemple, nous nous repaissons de simulacres, et combien les valeurs sur lesquelles nous prétendons fonder nos actions et nos luttes ne sont plus, pour l’essentiel, que des valeurs imitées, dégradées, qui ne servent le plus souvent qu’à dissimuler sous une gravité de façade, qu’à inscrire dans une supposée « tradition » (de progrès, d’émancipation, de justice : tous les grands mots ici se valent) la poursuite de cette inlassable entreprise de dévastation par quoi nous cherchons à tromper notre ennui, à célébrer notre pseudo-humanité et à justifier l’existence de parvenus qui est aujourd’hui la nôtre.






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Je farfouille dans mes anciennes chroniques, et wow, ça culbute, j'ai pas été si pire que ça par bouts.
Tenez, ceci, l'intro de mon compte-rendu de La Littérature par elle-même, collectif dirigé par Catherine Morency.
Tiré du Pied, vol. 3, no 3, 22 novembre 2005 :

À Berri-UQAM, quand on descend au niveau de la ligne jaune, on aperçoit, au-dessus de l'entrée du tunnel, l'espèce de panneau-déco qui annonçait l'exposition universelle Terre des hommes en 1967, avec les mots-étendards placés en triangle: «SCIENCE», «RÉCRÉATION», «CULTURES». Oui, la science, au sommet, chapeaute une trinité utopique, celle, bien entendu, de la société des loisirs. Le sentez-vous, ce goût métallique dans votre bouche qui se permet la pose obscène du rictus? Non? Vous êtes solides. Ou jeunes et pleins de pétales et de papillons.

Attendez voir ce que j'écrivais sur Louis Hamelin et
Le Joueur de flûte avant la sortie de Sauvages. Presque prophétique.

mardi 23 juin 2009

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Samson me pointe dans la discussion d'un article ci-bas. Qu'en pensez-vous, si ça vous intéresse? Ça mérite réflexion. On tâtonne (et on totonne, et tout ce que tu voudras), mais on est pas loin d'un nœud de l'affaire, là.

Évidemment, je prends toujours pour acquis que vous vous intéressez à la littérature et à son sort, chers lecteurs. Vous me l'avez toujours bien rendu. On continue.

Le problème; la difficulté

Ça pousse des youyous dans ma ruelle, ça hurle... Quoi? On a déjà commencé à gazer? Ben non: ça fête la République de De Gaulle libre. Qu'est-ce que je vous avais dit. Ne m'invitez pas, je casse votre party!

Voici que je me dis "ouin," tel un grand, "la patente a peut-être besoin d'un calibrage."

Mais oui! Tout est là! Toute la difficulté: calibrer la patente. Maudite patente. Demain, demain...

Mais je ferai remarquer ceci. J'écris ce que je veux, je fais chier comme je veux, si on me jette des coups en représailles, c'est de bonne guerre, mais les éviter et laisser fendre l'air l'est aussi. Qu'on se choque, bâtard, qu'on se choque! Moi, je trouve ça ben ben ben ben l'fun. You know you love it, you owe it, you're pwnd by it.

[...]L'écrit devient un lieu de passage entre l'intime et le social, sans que ce passage soit éloquent. La modestie, l'humilité, la justesse souvent obséquieuse de la pensée sont les valeurs que l'on vénère. On fait dans l'hommage, dans le respect, dans la commémoration des grands hommes, des figures importantes plutôt que de se permettre des propos déplacés ou d'attaquer le vivant, l'apparemment anodin, le consensuel.
[...] Celui qui se lèverait pour condamner violemment, méchamment, l'unanimité faite autour de cette impuissance consentie serait soupçonné de vouloir faire dasn le sensationnalisme, l'égocentrisme ou encore la provocation. On se chargerait de vite le remettre à sa place, la place de tout le monde, celle du spectateur qui participe mollement au théâtre de la culture, assis loin, bien loin de ce qui demande à être. Provoquer («appeler», au sens étymologique) une réflexion, une réaction, une discussion, n'est-ce pas ce à quoi la critique devrait s'atteler? Ne devrait-elle pas tenter de créer des débats, de soulever quelques passions? La provocation peut être dans certaines sociétés un acte politique, voire éthique, pour reprendre le mot au nom duquel beaucoup d'articles fades sont commis.
[...] Les mots de la critique éthérée n'ont jamais un quelconque effet sur moi. Et en ce sens, je les soupçonne de parvenir ainsi à leur but très avoué. Il s'agit de ne produire aucun sentiment, aucun affect, ni de susciter en moi une étincelle d'intelligence. [...] Je n'ai aucunement l'impression d'avoir accès à une vision du monde portée par un intellectuel engagé ou tout simplement là.
On dirait que le critique en ce moment ne veut pas prendre le risque de la parole improvisée. Il n'aura pas le courage de se tromper, de cafouiller. Il préférera toujours habiter le lieu de son sérieux le plus frigide plutôt que de faire une bourde. Le critique refuse la place du «polémiqueux», il ne soutient aucun combat, et ne peut incarner l'odieux devoir de dire, le risque de se planter, de porter sur lui la honte, la faute morale ou d'orthographe, d'avoir dit un mot de trop ou encore un mot injuste. Son surmoi prend toute la place.
[...] On laisse cela aux gens qui sont restés ignorants, à la «populace inculte» qui, elle, ne se privera pas de la théâtralité hargneuse, de la haine diffusée à la radio ou ailleurs. André Arthur, le docteur Mailloux et autres zigotos médiatiques ne se privent pas de faire du barouf sur la place publique et ne trouvent personne d'intelligent pour leur répondre. Qui veut discuter avec le peuple? Le critique actuel, l'intellectuel, préférera toujours rester au-dessus de la mêlée pour décrire ce qui se passe. Le discours des élites, ici, ne se trompe pas, ne se salit pas. Il lui faut rester pur.
(à suivre)

Catherine Mavrikakis, «Le critique et le paillasse», Spirale, no 208, mai-juin 2006, p.19

Ma directrice - qui est meilleure que la tienne, surtout en ce qu'elle ne me dit jamais quoi penser; je ne débats de rien avec elle et n'en tire pratiquement pas de consignes -, ma directrice parle là surtout de la critique dans les médias traditionnels, mais on voit bien, en tout cas je l'espère, qu'elle ratisse plus large, beaucoup plus large que ça.

*
24juin09
(suite)
[...] Robert Lévesque, pour moi, est de ceux que la critique actuelle a décidé d'anéantir. De ce genre de prise de parole, on ne veut pas et on a eu vite fait d'empêcher Lévesque de prendre l'envol qu'il méritait. Il a accepté d'être un clown, triste maintenant, à qui l'on fout de grands coups de pied et qui continue néanmoins de mordre. Robert Lévesque est un fâcheux, un emmerdeur, un casse-pieds et cela franchement choque notre bon goût critique, notre sens si poussé de la rigueur.
Des Karl Kraus, nous n'en avons pas ici et nous n'en méritons pas. Nous voulons une critique de parvenus, une critique à l'image de nos quotidiens et de nos revues, un truc bon chic, bon genre qui nous permettra d'oublier nos origines et voilà... Nous sommes bien servis.
C'est ce que je dirai ici, par souci de vérité et par provocation./

Ibid., p. 20

Serez-vous un tartuffe qui fait condamner un Robert Lévesque ou un tartuffe qui se contente de cracher sur les docs Mailloux pour se donner bonne conscience, sans se donner la peine d'aller voir sur quels ouvrages discutables il se base pour affirmer, par exemple, que les Noirs sont moins intelligents, afin de pouvoir expliquer autour de vous en quoi il se trompe? Serez-vous meilleurs que ça? Là est la question. I ain't no fortunate son, take no prisoners, take no shit, I wanna go to New Belsen, I wanna see some history cause now I got a reasonable economy.

"Don't ask what you can do for your country, ask what your country can do for you.
"



La fille au festival 1

La fille au festival a l'air pas mal blasée - over the top et revenue des pâquerettes.
«Qu'est-ce tu fais à boire avec une casquette Bud Légère, Spunkie?» demande une étrangère.
HAHAAAHAHHAAAARGH
«Ça, tchommée, c'est parce qu'y a plein de câlices de zombies partout, man, c'est fucking dangereux.»
HAHAAAHAHHAAAARGH



Le clown dans une fête d'enfants 1

Le clown dans une fête d'enfants dissimule sous sa perruque frisée multicolore une casquette Bud Légère aux drôles de caractéristiques, puisque une paille en descend.
«Heille, monsieur le clown!» lance un petit téméraire, «pourquoi tu bois dans ton chapeau!»
HAHAAAHAHHAAAARGH
Hilarité générale!
Le clown répond:

«Oh ho ooh! Ça, c'est mon médicament ça les enfants! Parce que, sans ça, moi, j'hallucine plein plein plein d'horribles petits monstres!»
HAHAAAHAHHAAAARGH



Si on continue de même, watch out les diplômés de l'humour on va vous piquer vos jobs de niaiseux professionnels

- Chérie, tu mériterais une augmentation...
- Paye-moi en liquide!



lundi 22 juin 2009

...moé itou

Quand ta cause se résume à vouloir empêcher Paul McCartney de chanter à Québec City ou bien à ne pas vouloir entendre de chansons zanglaises à la Saint-Jean-Baptiste, ben man, laisse-nous te l'dire, man, moé pis Bill on pense que tu voles pas haut.

De l'autodidactisme

Généralement, quand on entend: "Je suis un autodidacte!" il faut se méfier.
Il faut entendre: "Je suis un paresseux, un tâcheron, un illusionniste qui parle à travers les chapeaux."

Mais il n'y a qu'une façon de s'enseigner à soi-même: c'est de réfléchir.

Au cégep et à l'université, j'étais toujours un des rares, sinon le seul, à écouter, l'œil dans le vague, la cervelle à 3000 rpm, pendant qu'autour on remplissait ses cahiers de notes de cours. Et quand le prof posait une question, ma main était levée, et si je n'avais pas la bonne réponse, j'aidais, par la qualité de ma présence, le prof à l'expliciter. J'ai fini avec une moyenne de 3,7 les doigts dans le nez et ce en pleine dépression, dans des conditions de vie personnelles assez difficiles merci.

On peut bien m'accuser d'utiliser des extraits de textes pigés à gauche et à droite: c'est qu'ils expriment les conclusions auxquelles j'étais déjà arrivé, parce que je fais l'effort de ne pas partir des textes pour former ma pensée, je fais le chemin inverse.

Et attention, je n'y vais pas à l'aveuglette, attention à la mauvaise foi: j'expose à dessein les articulations de mes raisonnements ici même; le nier, c'est mettre sa cécité à découvert. Pire: je prends les commentaires constructifs et les intègre à mon travail intellectuel - les preuves en sont inscrites en ces pages mêmes, encore une fois.

Exemple.
Je m'énerve contre les études littéraires. Samuel me dit: tu ne fais pas la distinction nécessaire entre la création et la recherche, tu devrais lire Todorov, La Littérature en péril, il attaque le problème de façon plus efficace. (Pendant ce temps, un Samson rit dans sa barbe, content que je me plante, et attend le moment de me marcher dessus!) Suite: je vais lire Todorov et j'en tire de quoi poursuivre mes réflexions. Maintenant, un Samson me traite de premier lecteur de Todorov venu... Quoi? Jean Chrétien à la rescousse: "Que voulez-vous?" Hahahaha...

Hahahaha....



"You know you're right..."



This is a war
some won't survive
These of the fights
we shan't ignore


Samson, tu voudras me tuer si je ne te lâche pas. Tu te débats dans un aquarium qui est dans ma cour. Déjà, tu emploies un libellé que tu épelles "sainte rage".

Les autres, vous avez raison de réagir au pédantisme qui émane des études littéraires version UdM. Je me range du côté des uqamiens en l'occurence. J'ai été secrétaire puis président de mon asso: des têtes fortes UdM, j'en ai côtoyées, et laissez-moi vous dire: les têtes fortes cachent souvent des coeurs lâches. Vous n'êtes pas obligés de m'appuyer, et je comprends qu'on répugne à la chicane - c'est d'ailleurs un des effets du cynisme contre les tenants duquel je me sens en mesure de me battre. Le soutien silencieux, en ce combat, fait bien sa part de dommages.


À la dernière séance du séminaire, le prof a cité Vadeboncoeur: la dérive positiviste postmoderne qui s'accompagne d'un manque de courage généralisé laissant la question du besoin oblitérer celle du désirable. J'en ai pleuré, dans le local, devant tout le monde. Je suis resté, j'ai relevé la tête, et je suis allé prendre une bière avec le groupe en après-midi. That's what I'm talking about.

Now there you go, kool thing, walking like a panther, sitting with a kiddie, méprise mon engagement, méprise-le pour voir. Take a little chance here.





samedi 20 juin 2009

Réponds donc à ça, "dude", montre-moi donc que tu comprends quelque chose!

(...) Il y a bien des manières de faire taire les écrivains, mais on assiste peut-être actuellement à la formation d'une boucle décisive en la matière. On peut en effet penser que les savoirs reliés à la lecture sont en train de se dégrader. À l'heure où la production d'objets culturels en série, et la prédominance des arts de l'image, créent un public dont se réduit chaque jour la capacité à recevoir l'écrit polysémique qu'on appelle texte littéraire, la position de l'écrivain paraît de plus en plus absurde, au sens de surdité, au sens où les textes littéraires, en plusieurs manières, ne peuvent plus être lus ni même
reçus. Ce constat universel marque un apparent recul de la littérature, mais, en ce qui concerne notre courte histoire intellectuelle locale, peut-être pas tant que ça. La tradition orale et le besoin de croyance ont toujours été ici plus forts que la tradition écrite. La grande noirceur est peut-être devenue naturellement une grande froideur. La grande froideur, c'est l'incapacité sociale à recevoir la littérature, l'indifférence qui tue plus que la haine. Et les sommets sur le livre et la lecture sont la réponse tardive, partielle et insuffisante, à une crise qui est aussi spirituelle. Le livre est le corps de la littérature. L'âme ne peut, bien entendu, vivre sans son corps, Mais Louise Labé écrit au XVIe siècle: "On voit mourir toute chose animée, lors que du corps l'âme subtile part". La littérature est cette "chose animée" dont "l'âme subtile" peut s'échapper et ne nous laisser que la matière.


La dichotomie de la forme et de la matière est certes gravement dépassée. Elle garde pourtant une utilité négative car notre époque a tendance, en tous les domaines, à vouloir trouver des solutions matérielles aux problèmes de l'esprit. Les scintillements télévisuels qui, chaque soir, disputent au livre de chevet le privilège de nous conduire au sommeil ont la plupart du temps, et même dans les meilleurs cas, comme ultime objectif de procurer le sentiment diffus, engourdissant, qu'il n'y a pas de problème. Ou que tout est drôle. Ce qui permet d'oublier que, dans l'amalgame publicitaire dont nous nous laissons nourrir, le vrai est ce qui se vend. On sait maintenant que l'artiste ne peut pas rester étranger à la logique de la marchandise. Il a besoin de tous les médias et il est placé lui aussi dans une position de vendeur, soumis à une conception de l'art comme exercice d'une volonté de puissance. Reconnaître qu'il n'y a là rien de vraiment nouveau ne change pas la question. Il faut donc la réitérer. (...)

Monique LaRue
"Le soin de la langue"
extrait de son discours de réception à l'Académie des lettres du Québec
le 22 mai 1998
dans la revue Les Écrits, no. 93

Samson, tu es un obscurantiste qui refuse de s'affirmer, ou tu n'en es pas un et refuses de l'admettre. Je t'ai donné une grosse chance, avec une sincérité qui te dépasse, et tu as craché dessus. Tu vivras avec ton erreur.

(Je précise pour tous que monsieur du Samson a lui aussi assisté, l'an dernier je crois, au séminaire Former des lecteurs donné par le même prof depuis 9 ans.)




Former des lecteurs - suite finale (peut-être)

Je prends pour la dernière fois le risque (on m'a averti que c'est dangereux), mais il s'agit de mettre son éventuel nez dans son ontologique caca certain imbécillisme qui me guette et pense pouvoir me dépasser en morceau ou en miettes. Certain méchant petit ogre à qui on ouvre la porte et qui continue à nous regarder de haut, du haut de ses bottes de sept millimètres, sans la coiffe associée à la force mythique de son homonyme.

*

Bonjour M. Goulet,

Jeudi soir, un gros morceau de ma création s'est mis en place. En fait, tout le sens de l'oeuvre est résolu. Je travaille avec Catherine Mavrikakis, et elle me laisse absolument tout le champ libre, commentant à peine. J'ai hâte de voir ce qu'elle dira de ça. En fichier joint, je vous donne un extrait du courriel que je lui ai envoyé (structure symbolique), et aussi des extraits de ma création, dont le plus important, l'incipit. Je voudrais vous dire mon point de vue en tant qu'écrivain, par rapport aux liens entre le texte réel et le texte du lecteur.

Je crois que si un écrivain croit que, toutes zones d'ombre bien considérées, son oeuvre est un "texte réel" dont le sens n'est pas flottant, flou, voire insensé, cet écrivain est une mule. À mon sens, le texte du lecteur X est tout aussi valable, dans la mesure où X est capable d'en rendre compte avec nuances, ce qui implique qu'il puisse dire pourquoi, pour lui, tel élément signifie ceci ou cela, et comment cette signification s'articule avec les autres éléments de son texte lu et du texte réel tel que présenté par le Savoir.

Moi, en tout cas, je n'écris pas pour que mon lecteur, après avoir lu les Détesteurs, saisisse le sens en y dégageant le plan symbolique qui m'aura servi à l'élaborer. Je me fous complètement que les lecteurs ne puissent y voir le sens chrétien faute de connaissances, même si, pour moi, j'en ai en quelque sorte trouvé la foi. Face à mon oeuvre -- je suis très sincère ici -- je serai comme le lecteur X: le (sic) me relirai, et ce que je lirai sera mon propre texte du lecteur à ce moment-là. (quel beau lapsus!)

J'ai conscience que plusieurs écrivains publiés et reconnus ne pensent pas ainsi, et je suis aussi d'avis que plusieurs écrivains publiés sont de médiocre qualité, même parmi les plus célébrés.

Moi je ne suis encore que jugé mineur, en devenir (j'ai publié un petit recueil de nouvelles, 300 exemplaires, il y en a peut-être 200 vendus en ce moment), mais peu importe le succès que j'aurai, je ne pense pas changer d'idée sur ces choses-là.


jeudi 18 juin 2009

Former des lecteurs - autre suite

Bonjour M. Goulet,

J'ignore à quel moment vous prendrez connaissance de ce message, mais il sera assez tôt.

Comme mes interventions ne manquent sûrement pas de le signaler, j'accorde énormément d'importance aux réflexions que vous nous permettez de faire dans le séminaire. Je n'ai pas besoin de préciser qu'il s'agit chez moi d'engagement au sens fort, sartrien même, et qu'il ne date pas du mois dernier. Aussi j'ai l'impression qu'une bonne part de mes préoccupations laissent les autres participants assez indifférents - sauf Marion, et pour cause, mais peu importe, à chacun ce qu'on cherche. J'ai osé aujourd'hui faire miroiter un aperçu d'une facette supplémentaire de l'objet de nos questions qui, à mon sens, est primordiale, mais je ne dispose pas d'une vue d'ensemble suffisante pour en juger et ne prétendrai sûrement pas bonifier en contenu votre enseignement qui, soit dit en passant, est extrêmement subtil: vous réussissez à maintenir très élevée la difficulté des problèmes (en adéquation avec la complexité de la situation) tout en laissant chacun libre de s'y poser à sa façon. (Vous ne pourriez pas nier votre "bagage" philosophique!)

Autre réserve: je ne veux pas accaparer plus que ma part d'attention. (Excusez la terminologie économique.)

Voici, aussi succinctement que je peux le dire, ce que je voudrais discuter.

Jean Larose ne se trompe pas quand il affirme que nous perdons à jamais les grandes œuvres du passé, et la tendance semble être à l'accélération de ce processus qu'il dit "irréversible". Vous connaissez le texte en question. Selon moi, il y a de fortes chances que la littérature telle que je la conçois présentement disparaisse complètement avant la fin de ma vie, disons. Mais ce n'est pas la perte des œuvres, et avec elles la parole littéraire des grands esprits, des grandes sensibilités qui les ont engendrées, qui est tragique. C'est celle de la pensée complexe (polysémique), qui devient alors impossible. Seule la fréquentation d'œuvres littéraires nécessite, et donc permet, le déploiement de cette complexité, qui doit en plus être mise à l'épreuve du monde réel (assumer son autodéfense, en quelque sorte?) pour demeurer socialement "présente", il me semble. La nature seule ne fait rien gratuitement pour la culture.

Ce qu'une formation sans lecture littéraire développe me terrifie. L'être humain ne saura plus circonvenir les difficultés de la cohabitation sociale à grande échelle, hors de simples tribus.

Il faut la pensée complexe, polysémique pour que l'accessibilité aux œuvres qui l'actualisent soit possible. Ainsi un degré d'affaiblissement dans la transmission des œuvres plus un degré d'affaiblissement dans l'exercice de la pensée font davantage que deux degrés dans la barbarie.

Ce que je crois observer autour de moi, c'est que même chez les jeunes (âge des combats) diplômés universitaires (élite intellectuelle), il y a de moins en moins de débats. Tout le monde craint de se chicaner! Résultat, j'en ai fait l'expérience: le citoyen qu'on dit cultivé arrive de moins en moins à défendre même ce qui lui tient à coeur (je pourrais raconter l'anecdote).

J'appelle un débat, j'attaque les positions d'un tenant de telle option, dont sa spécialité fait un meilleur connaisseur que moi, et j'épuise sans peine ses arguments! Pire: il ne reconnaît pas sa défaite! (La parole est à lui, sa réplique me donnera du fil à retordre, mais j'attends et rien ne vient; a-t-il abandonné ou fait-il une pause de longueur indéterminée?) Mais je ne veux pas gagner, je veux qu'il gagne et moi avec lui, sinon je ne gagne que son silence et je ne formule que du délire!

Vision d'apocalypse: dix autres années de ce régime fait de nombrilisme confortable et d'accolades consensuelles de plus en plus bégayantes, puis une secousse économique digne de ce nom: la guerre civile ici même. Partout peut-être - et peut-être faut-il l'espérer, et avoir confiance en notre faculté d'imagination innée pour, à pas de la Grande Tortue, produire de nouvelles
Iliades, qui seront les premières...

*

J'ai pensé à une solution, que j'aimerais communiquer au groupe, au besoin d'engagement pour la survie de la littérature, si on l'éprouve à ce point-là.
Facile, si on s'en sent à l'aise: bénévolement, faire de la lecture aux enfants, à ceux d'âge préscolaire autant que possible, et de préférence en milieu défavorisé. Je sais que les bibliothèques municipales font des activités pour les enfants, mais imaginons si les jeunes littéraires montréalais adoptaient une tendance à s'y mettre... Rien à préparer, pas de discours sur les histoires, surtout pas, il y aura suffisamment de questions embarrassantes! Répondre: "Qu'en penses-tu?" à: "Pourquoi ceci?" et se faire un devoir de n'évoquer la possibilité de réponses différentes que sporadiquement, laisser respirer la conscience. Et vlan! pour ceux qui prétendent régler la question nationale par le politique à coups de conditions au Nous inclusif, voilà une idée pour un vrai soutien à une spécificité majeure de cette "culture québécoise" davantage fantasmatique que réelle.

Je m'arrête.

Merci pour votre attention.


mercredi 17 juin 2009

.

J'ai pas le temps pour l'instant d'écrire ici, je suis trop absorbé par mon séminaire Former des lecteurs. J'en presse absolument tout le jus dont je suis capable, c'est excellent, excellent, excellent.

Mais l'esprit de notre petite, petite, petite époque cause des dommages à une vitesse qui m'étonne, oui, franchement, j'ai beau être pessimiste, je suis vraiment étonné.

Un gars dans mon groupe. Ça fait dix-huit heures que nous passons en séance. Là-dessus, il y a eu une douzaine d'exposés de vingt minutes et deux ou trois topos du prof, incluant l'entrée en matière. Le reste du temps, nous débattons, des livres sur les tables, appuyés sur trois recueils de textes totalisant à peu près 650 pages que nous avons depuis la rencontre préliminaire du 13 mai. Nous débattons, réfléchissons, interrogeons des textes d'écrivains actuels ou anciens, de profs d'université et de cégep, de didacticiens, et leur pensée de l'enseignement de la lecture littéraire, en tenant expressément compte des débats actuels et passés sur le cégep et aussi sur l'enseignement en France, en considérant aussi les contextes sociaux, et imaginez, je ne m'ennuie pas une seule seconde. Trois heures moins quart le matin, trois et quart l'après-midi. Et ça ne me satisfait pas complètement.

Ce gars, à part pour son exposé plate, mal préparé et qui témoignait d'une lecture approximative de l'essai de 94 pages à présenter (je le sais, je l'ai lu très attentivement), ce gars-là n'a pas ouvert la bouche une seule fois. Il n'a absolument rien à dire sur quoi que ce soit. Il taponne quelques notes superficielles sur son ordinateur portable. Il se promène sur l'internet, télécharge des programmes et il joue à des jeux. Je le sais, il est assis à côté de moi depuis le début. Un gars pas méchant, au demeurant, rassurez-vous. J'ai rien contre lui personnellement.

- Qu'est-ce que tu veux faire, toi, après la maîtrise?
- Enseigner au cégep.
(comme tous les participants sauf deux, je signale)


Tu n'enseigneras jamais au cégep, pauvre perdu!


dimanche 14 juin 2009

Fuck you société St-Jean-Baptiste à' marde

Allez-vous fêter la St-Jean? Moi pas. Toutes les dernières années, j'étais tout le temps soûl, sauf à la St-Jean, où j'observais une minute de silence - mais juste une, parce que c'est plate et on ne voit rien. Je ne sais pas si j'ai une sorte d'admiration pour ceux qui défendent encore l'idée de la souveraineté, comme ce maudit tarla de François Parenteau. La souveraineté n'a pas besoin d'arguments ni d'idées, elle a besoin d'une population qui se tienne debout. Je ne veux pas avoir un pays avec une population qui arrose son gazon, se pète les bretelles avec La Grande Séduction, vote conservateur, magasine les spéciaux chez Wal-Mart, les plages des Antilles, les fruits californiens. Je ne veux pas avoir pour compatriote québécois ce jeune tarla qui apprend à penser de même à l'université, et prétend devenir docteur en lettres! Nous sommes riches à craquer, mais en même temps nous laissons gaspiller nos ressources, au lieu d'avoir la responsabilité de les gérer pour pouvoir les partager. Nous sommes des pilleurs par association, sans avoir l'armée qu'il faudrait pour assumer notre vampirisation du monde. Nous voulons du respect et plus d'argent, mais nous chions sur le voisin et nous regardons la télévision chaque soir après avoir laissé un smog à Montréal en nous entassant comme des cons trois heures par jour dans le trafic. Nous laissons le gouvernement sauver GM et construire des nouveaux ponts. Nous ne sommes même pas capables de le forcer à adopter la représentation proportionnelle. Le québec me lève le coeur. S'il fait aussi bon vivre ici, ce n'est pas grâce à notre ouverture d'esprit, c'est parce que nous sommes gâtés pourris. Attendez voir une bonne vraie grosse récession pénible si ça ne devient pas la Pologne sous Staline ici. Une question aux fervents indépendantistes: allez-vous voter aux élections municipales? Pour commencer, comptez donc les fleurs sur le drapeau de Montréal.

jeudi 11 juin 2009

Des nouvelles

J'ai finalement rassemblé mon courage et passé un examen dentaire. Pas mal, pas mal moins magané que je craignais. Juste une carie, en plus. C'est le fun, les assurances avec la FAECUM. Malheureusement, ça ne couvre pas les prothèses visuelles et une nouvelle paire de lunettes me ferait pas de tort, or avec ma myopie qui exige des verres à dioptrie de -9,50, faut qu'ils soient en plastique, ça coûte plus cher, c'est chiant et je voudrais d'autres lentilles cornéennes aussi pour pouvoir flasher avec mes lunettes de soleil et regarder à des places qu'on se rend pas compte qu'on regarde, comme tout le monde! Je me suis même magasiné des culottes courtes (aidé par TC) et fait couper les cheveux. Chu beau beau beau.

*

WARNING : Spoilers ahead

"What are we doing here?" I ask. "Bruce?"
At some point Bruce says, "Are we as far back as we can get?"
I'm staring at what I think are ostriches. "I don't know if we are," I say. "Yes."
"No, we're not," he calls out, walking ahead.
I follow him to where he stops, staring at a zebra.
(...)
"The animals remind me of things I can't explain," he says.
"Bruce." I choke.
I swiftly move a hand up to his face, touching his cheek gently, pressing.
He takes my hand and pulls it away from him and holds it between us on the bench and he quickly tells me, "Listen -- my name is Yocnor and I am from the planet Arachnoid and it is located in a galaxy that Earth has not yet discovered and probably never will. I have been on your planet according to your time for the past four hundred thousand years and I was sent here to collect behavioral data which will enable us to eventually take over and destroy all other existing galaxies, including yours. It will be destroyed in increments and there will be suffering and pain on a level your mind will never be able to understand. But you will not experience this demise first-hand because it will occur in Earth's twenty-fourth century and you will be dead long before that. I know you will find this hard to believe but for once I am telling you the truth. We will never speak of this again." He kisses my hand, then looks back at the zebra and at the child wearing a CALIFORNIA T-shirt, still standing there, waving at the animal.

Bret Easton Ellis, Chapter 13: "At the Zoo with Bruce", The Informers, New York, Vintage Books (Random House), coll. "Vintage Contemporaries", 1995 (1994), p. 224-225.


samedi 6 juin 2009

FRA 6610. Essai (3-4 p.)

À partir d'une oeuvre dont la lecture a représenté pour vous une belle expérience de littérature, répondre à la question: «Qu'est-ce, pour vous, que l'expérience de la littérature?»
*

Pouvoir agiter les spectres


Je viens d’une famille où on ne lit pas – ou presque. Ma mère s’est bien égarée dans un Laferrière, chez Arlette Cousture, par exemple, oui, un peu, au cours d’une véritable entreprise, à l’âge adulte, de compulsion de best-sellers déboulés à flanc des deux versants – logique et pop – de la psycho. J’ai très tôt raffolé des livres grâce à l’obsession qu’elle a eu d’élever ses enfants à la perfection. Un mal pour un bien : elle a fait de moi un extra-terrestre hésitant qui s’ennuyait à mourir en première année, dénigré par les turbulents, mais je palliais facilement ma solitude avec la lecture, puisque j’avais connu les histoires au lit chaque soir avant d’avoir eu l’âge de regarder Passe-Partout.


Une seule de mes sept tantes a l’habitude de lire pour le plaisir – seule personne à le faire dans ma famille à part moi. J’avais dix ans quand elle m’a prêté son exemplaire impressionnant de Simetierre, de Stephen King, en grand format Albin Michel. Ce fut mon premier «gros» livre : j’ai mis dix semaines à l’épuiser, et une fois ce défi relevé, les bibliothèques étaient soudain devenues des lieux complètement différents. Avant de découvrir le pot, j’ai donc ensuite passé la plupart de mes midis de polyvalente à la bibli.


Le pot aidant, plus tard, en révolte, j’ai lâché l’école. J’avais alors acquis une vaste connaissance de l’univers de Stephen King. Je me souviens d’une dispute avec un ami qui allait toujours au cégep, lui : il essayait de me parler de littérature, il faisait de grandes lectures, à quoi je répondais : coupage de cheveux en quatre! Je tentais de voir, tout mon King lu en mémoire, et non, et non! Un écrivain ne fait qu’écrire des histoires, disais-je, et ce sont des histoires que nous lisons; analyser, c’est trahir, et pire, c’est se trahir soi-même! – Je n’avais pas encore fait l’expérience de la littérature.


Cinq ans ont passé et, dans une nouvelle vie, au Cégep de Saint-Laurent, j’ai compris ma méprise. Je n’ai pas beaucoup apprécié mon premier cours de français obligatoire. J’étudiais en sciences de la nature. Au feutre noir, sur la page couverture de mon manuel d’analyse littéraire, j’avais rageusement barré le mot «méthode» et inscrit en grosses lettres : «recette!» Mais le deuxième cours de français fut déjà autre chose. La réflexion sur Caligula, d’Albert Camus, m’alluma. Par chance, j’ai eu le même prof au quatrième cours, et c’est là que j’ai mué. Parmi une liste d’œuvres au choix, j’avais pris, au pif, Ces spectres agités, de Louis Hamelin.


À cette époque, j’avais commencé à écrire dans le «journal» étudiant («mensuel» serait un mot plus juste) et j’aimais construire mes textes, ménager des surprises aux lecteurs, imaginer des développements d’idées… Avec Louis Hamelin, les fils se sont touchés, pour dire comme mon père, technicien en électronique. Son narrateur principal, dans Ces spectres, Vincent, est écrivain… mais n’a pas encore écrit un livre. Comme moi à l’époque, il boit souvent et trop : il se laisse tenter facilement et s’arrête difficilement – en général quand il n’y a plus à boire, ou d’argent, ou quand le sommeil finit par l’emporter. J’avais l’impression que ce roman avait été écrit pour moi.


Dorianne traîne dans les bars et dort le jour comme un vampire. Elle ne boit que du vin rouge, s’essuie les lèvres du revers de la manche; ses canines dépassent. Au début, Vincent partage la narration avec Pierre, énergique et sensuel, qui a ramené Dorianne un soir en l’avertissant bien de ne pas déranger son ami qui doit écrire «le Grand Roman Québécois». Après s’être lassée de Pierre, Dorianne s’incruste dans l’appartement des deux amis en s’emparant progressivement des ressources affectives et financières de Vincent. Troisième colocataire, Pietr est un réfugié polonais silencieux, toujours blotti devant la télé à l’image mal reçue, parasitée, qui entretient un délire de persécution et y intègre progressivement Dorianne qui «en est un», selon lui. À la fin, Vincent est isolé avec une Dorianne décidément invivable, et Pietr la déteste de plus en plus. Lors d’un party d’Halloween, ce dernier la pousse en bas d’un balcon, mais elle ne meurt pas tout de suite. Vincent apporte un pieu à l’hôpital et l’achève en le lui enfonçant dans le cœur.


D’un coup, j’ai entrevu le pouvoir immense de la littérature. Le meurtre de Dorianne n’est pas un vrai meurtre… évidemment! mais bon; je me suis fait l’interprétation suivante (en traçant même un schéma pour moi seul) : Pierre, Vincent et Pietr ne font qu’un, et Dorianne est une sorte de poison métaphysique : un, elle entre par l’enveloppe charnelle (Pierre); deux, elle monopolise l’attention de l’esprit (Vincent); et trois, elle se heurte à l’âme en déroute (Pietr) qui se révolte et la blesse cruellement, donnant la chance à l’esprit (Vincent) de l’éradiquer enfin (et, plus tard, l’esprit renouant avec le corps, Vincent sortira de son isolement et retrouvera son ami Pierre). Dorianne peut aussi représenter l’alcoolisme, la débauche. Bien sûr, elle vampirise ses victimes. Ce que je découvrais, c’était la condition – qui en est aussi la contrainte, dirait-on – de la littérature : tout y représente. Les personnages, les objets, les lieux, les actes, les événements et même les mots, scrupuleusement choisis, peuvent y signifier plusieurs autres signifiés que les premiers surgissant, pour emprunter à Saussure : les référents s’y multiplient comme dans un jeu de glaces conceptuel et peuvent s’emboîter les uns dans les autres, communiquer, voisiner, se faire écho. Puis, quelqu’un me parlait à travers tout ça, en même temps qu’il se parlait sans doute à lui-même : j’entrevoyais, au-delà du cathartique, la faculté de problématisation de la littérature.


J’avais fait, pour la première fois, l’expérience de la littérature. Il existait donc une sphère de l’activité humaine, à la fois espace de rencontres social et mode de communication, où, à la différence du politique ou du journalistique, les problèmes pouvaient être posés en des termes non nécessairement réalistes et les solutions, ne pas se constituer en réponses définitives ou même raisonnables. Cela fit beaucoup pour moi. Comme Sartre, oserai-je dire, «il me suffisait de gravir une taupière pour retrouver la joie : je regagnais mon sixième symbolique, j’y respirais de nouveau l’air raréfié des Belles-Lettres, l’Univers s’étageait à mes pieds et toute chose humblement sollicitait un nom, le lui donner c’était à la fois la créer et la prendre. Sans cette illusion capitale, je n’eusse jamais écrit.» (Les Mots, Gallimard, 1964, p. 47.)



mardi 2 juin 2009

Fermez les yeux les esseulés : expression de bonheur impudique

Ma chérie est revenue aujourd'hui avec le beau temps, c'est moi le plus chanceux. Je suis allé la cueillir à la réoport. Pendant son absence, en cachette, j'ai rembourré et recousu comme neuf son toutou préféré, un coussin avec un tigre dessus dont la tête (qui rappelle plutôt celle d'une lionne même si le corps est rayé), en peluche, dépasse avec une tronche amicale, et qui était en piteux état. On s'est gavés de pizza, de chocolat et de suppléments naturels. Je sais pas si je fais de moi un homme, mais elle, en tout cas, oui.

Là, il est minuit dans son horloge; je la réveillerai tout à l'heure.


*

Ça va peut-être me donner le courage de mettre à la poste mes déclarations de revenus, remplies depuis une semaine. Je regagne tout ce que j'ai payé en impôts mais ça risque d'être loin de compenser pour ce que notre gouvernement de vénérables bâtisseurs va me couper en prêts (et bourses?) pour avoir finalement gagné plus que je ne l'avais estimé. Une tournée de Cooler Ciguë Ice à mes concitoyens les gestionnaires!


Fermez les yeux les enfants : expression de violence frénétique

La sale annonce d'Extra, là, celle qui montre comment dire oui en deux étapes faciles, AARGH ! Loto-Q, vous faites de nous des bêtes. J'aimerais beaucoup beaucoup ça que le rat, la charogne, le ver solitaire qui a conçu l'idée sache ce que j'aimerais lui dire que je brûlerais de faire si je pognais sa petite face de fiole de flaque de pus, par hasard, entre mes mains, crispées, et agitées! I' va-t-i' péter, le bouton?

Et comment ça que le gouvernement autorise ça? Est-ce qu'ils veulent qu'on perde complètement la tête et qu'on souffle tout VLAM bam bam thank you John Bonham?


lundi 1 juin 2009

Excès dans l'exercice de styles

Downbeat : Il doit bouillonner d'amour pour s'en doucher autant, gratuit comme les fucking rayons de lune, ce qu'on n'essaiera pas de résoudre, mais pour parler avec mon coeur, bro', je le présume authentique dans tout son débordement d'enthousiasme et ne lui conseillerais que de voir à ce qu'il s'en passe un peu plus aux pas beaux pis aux pas belles qui se sentent pas assez sexy pour groover sur son shit.

Upbeat : N'empêche qu'il doit être un fabuleux suceur de couilles. Hey, toé, mon Jah wonder kid, es-tu le meilleur au monde? - Ben, je dirais... de toute l'univers, là, honnêtement, je peux pas te dire! mais peut-être, peut-être...

Sucker MCs (Double-O Nine Remix) : Just what the lordy jism is soca anyway? Le gars, il parle, c'est pure platinum, trop goddamn gut-straining live! man... Il m'a piqué le personnage que je rêvais d'écrire dans mes fantasmes de croisement entre Ellis et Prince, disons, mais un Prince moins artiste, moins hésitant donc, plus sûr de lui-même en tout temps. Contemplez ce dense morceau de littérature, y'all queer folks, et dites-moi si c'est pas le real stuff narrative hells are made of :


C'est presque un world tour, avec différentes propositions. Des fois je suis en D.J. seul ou avec un M.C., d'autres fois en live. Pour le concert que je donnerai à Mutek, il y aura un batteur (Christian Olsen) et deux M.C., Face-T et Boogat. On vient de terminer une track en espagnol tous les deux et on va chercher à la sortir en Amérique du Sud. Soca est la première brique. Le EP Run the Riddim, qui sortira en septembre 2009, sera la deuxième. Ce sera dancehall et beaucoup plus lent, car c'est difficile d'être aussi rapide que sur Soca. Il y aura quatre chanteurs pour ce EP. Là j'ai Buro Banton, Face-T et Zulu d'enregistrés et j'attends un vocal de YT d'Angleterre. Le troisième EP, Low Ceiling, sera instrumental et devrait paraître fin 2009, début 2010. Je suis en train de travailler sur un morceau que j'aurais du mal à définir. C'est très dansant, avec un feeling caraïbéen, un petit peu électro et, bizarrement, foire latino. Donc, ce sont ces trois EP qu'on va retrouver sur mon futur album, avec un CD extra qui inclura de nouvelles versions vocales sur les mêmes riddims. Par exemple, j'ai déjà enregistré Mikey Dangerous pour ça. Puis il y aura des remix et les versions instrumentales ou a cappella. L'album va s'intituler Running High et devrait voir le jour en mars 2010. Alors si je devais vraiment définir le projet d'album en deux mots, ce serait Caraïbes/électro. C'est vraiment ça la fusion sur le disque. Ce sera assez différent de No Ground Under, mais en continuité tout de même car déjà sur ce disque, on voyait venir ce que je fais aujourd'hui. Des chansons comme Go Ballistic, Blazing et Diaspora laissent entrevoir vers quoi je me suis ensuite dirigé. C'est comme ça d'un disque à l'autre avec moi. Cela dit, j'aurais pu aussi prendre une tangente dubstep parce que j'avais déjà deux ou trois tounes de ce genre sur No Ground Under. Mais là, il y a une émergence d'une nouvelle musique du monde, métissée et moderne. Du baile funk, du balkan beat, du kuduro, de la nu cumbia. J'en fais partie malgré moi. Il est arrivé que mon nom soit plusieurs fois mentionné dans des articles sur ces croisements musicaux. Et ça concerne autant ma propre musique que mes sets de D.J. où je peux souvent sauter d'un style à l'autre. C'est naturel pour moi. C'est mon intérêt en tant qu'auditeur qui est transposé dans la musique. Des fois, j'ai l'impression que je pousse certaines idées plus loin que plusieurs n'oseraient le faire, et quand je dis ça, je pense au EP Soca Sound System que je viens de sortir. Y a pas grand-chose qui ressemble à ça. Ça fait deux ans que je parle ouvertement de l'idée de faire un disque d'électro soca badass comme celui-ci. Pourquoi parler d'une bonne idée si tu ne veux pas qu'on te la pique? Tout simplement parce que j'étais certain que personne n'était game de le faire! Puis t'as des gens comme Kode9 et South Rawkus qui te disent qu'ils trouvent ça cool, que j'ai poussé là où personne ne poussait. Ou encore The Bug qui te raconte qu'il était à son deuxième rappel en DJ set et qu'il ne savait plus où aller quand tout à coup, il s'est souvenu d'un remix de soca que j'avais fait, qu'il l'a fait jouer et que les gens sont devenus fous: c'est flatteur. Je vais peut-être dire quelque chose de choquant mais la chanson n'a pas besoin d'être toujours bonne pour que je la remixe. C'est que des fois, on peut voir du potentiel dans une chanson qui ne correspond pas à nos goûts. L'important, c'est que je sois content du résultat.

Copié-collé, avec arrangements mineurs, de drette là.


ISFP ("Composer")

C'est mon type. (Maudit, Samson, tu m'as incité au test!)
Et ça tombe bien : TC&D me semble être exactement du type supposé de ma "suitemate".