mardi 7 juillet 2009

Demande à un vieux singe, encore, il te le dira bien

«[...] Qui va savoir encore lire dans 50 ans?

Je le sens à travers cette chronique depuis quelques années déjà: vous ne lisez plus qu'utile. Quand je vous donne à penser - n'exagérons rien: quand j'avance une opinion, quand je commente l'actualité, bref quand j'écris utile de votre point de vue -, vous êtes là, nombreux à réagir. Mais que je vous donne seulement à lire, et vous voilà aussitôt circonspects. Que je vous donne un texte et vous êtes là à le retourner comme un objet tombé de la lune...

Le web est en train d'emporter ce qu'il vous restait de capacité à lire, pas seulement en profondeur (1) mais pire, en limitant votre rapport au langage dans ce qu'il a de «pratique» pour communiquer.

Bouclons la boucle. J'avais 14 ans et demi, pensionnaire dans ce centre d'apprentissage où j'apprenais la typographie. La nuit parfois, j'allais lire dans les toilettes; un pion me débusquait, confisquait mon livre; j'avais rendez-vous le lendemain chez le proviseur qui lisait le titre en détachant exagérément les mots: Le voyage au bout de la nuit, Louis-Ferdinand Céline. Vous êtes fier de vous?

Je l'étais. Mon «premier» texte. Depuis que je savais lire, je n'avais cessé de lire des histoires et encore des histoires avec cette hâte de tourner la page pour arriver au chapitre suivant. Avec ce livre là, ma lecture ne me portait plus en avant: je prenais plaisir au texte beaucoup plus qu'à l'histoire qu'il racontait, je venais de découvrir que le langage ne servait pas qu'à dire, mais à jouir aussi, je venais de découvrir que le texte est d'abord textures.

Inquiet? Oui, mais pas de la disparition des journaux, ni du livre, ni du papier. Pas inquiet une seconde de la disparition du texte, même si je reste surpris de l'énigmatique survivance de l'écrit jusqu'ici.

Inquiet, oui. Qu'il n'y ait plus personne pour lire les textes quel que soit leur support, papier ou web.

(1) à lire absolument si ce n'est déjà fait : Is Google Making Us Stupid?, un article de la revue américaine The Atlantic, numéro juillet-août 2008, par Nicholas Carr.»

9 commentaires:

Flash Gordon a dit…

Hé! hé! Me demandais si tu avais lu ça. Je l'ai lu au moment où tu débattais avec le slocheux en chef. D'ailleurs, me suis questionné, vu la teneur des propos échangés de part et d'autre, si votre débat n'avait pas quitté la sphère intellectuelle pour aller se fracasser dans les récifs de la chicane personnelle... En tk, je partage l'inquiétude du vieux singe.

The Black Knight a dit…

tu me laisse pas tomber hein ?
t'es mon pote dis ?
sûr, hein ?

The Black Knight a dit…

et sinon, tu bandes des fois ?

aka Danger Ranger a dit…

Flash
J'ai lu ça hier avec joie. Pour le slocheux, en effet c'était de la chicane, et pour être plus précis, de la pure agressivité de ma part. C'est dur apprendre à être un héros tu sais Flash...

Raton-laveur
En permanence!
Conseil: abuse-pas de ton visa, je tiens ton passeport.

Éric a dit…

Ces nains portent quoi. Si seulement je n'étais pas une machine à pocrastination aussi, je pourrais finalement te répondre...

On verra d'ici le weekend.

Venise a dit…

Notre manière de lire change beaucoup, en tout cas, la mienne ! Je suis boulimique. C'est la faute à l'Internet, ce gigantesque livre ouvert à perpétuité. Il porte à la gourmandise, la modération n'a plus de goût.

Heureusement, quand je tiens un livre entre mes mains, ça appelle une autre partie de mon cerveau, mon attention s'arrête pour contempler la "texture du texte" (sic).

Jean-Philippe a dit…

le langage des singes

aka Danger Ranger a dit…

ok, des caves comme toi, c'est aux vidanges

aka Danger Ranger a dit…

Venise:
ah! les nuits que j'ai passées juste sur Wikipedia, c'est pas racontable...
Mais en effet, un livre entre les mains, c'est pas pareil. L'ordi, on l'éteint, c'est tout, mais un livre qui m'a touché, moi, je le referme en ayant presque peur de le toucher, je le pose sur un coin de bureau et je m'aperçois que je chante une sorte de mantra - dans ma tête... ou pour vrai? - je ne sais plus
c'est comme si ils mettaient une poudre magique dans le papier