(...) Il y a bien des manières de faire taire les écrivains, mais on assiste peut-être actuellement à la formation d'une boucle décisive en la matière. On peut en effet penser que les savoirs reliés à la lecture sont en train de se dégrader. À l'heure où la production d'objets culturels en série, et la prédominance des arts de l'image, créent un public dont se réduit chaque jour la capacité à recevoir l'écrit polysémique qu'on appelle texte littéraire, la position de l'écrivain paraît de plus en plus absurde, au sens de surdité, au sens où les textes littéraires, en plusieurs manières, ne peuvent plus être lus ni même
reçus. Ce constat universel marque un apparent recul de la littérature, mais, en ce qui concerne notre courte histoire intellectuelle locale, peut-être pas tant que ça. La tradition orale et le besoin de croyance ont toujours été ici plus forts que la tradition écrite. La grande noirceur est peut-être devenue naturellement une grande froideur. La grande froideur, c'est l'incapacité sociale à recevoir la littérature, l'indifférence qui tue plus que la haine. Et les sommets sur le livre et la lecture sont la réponse tardive, partielle et insuffisante, à une crise qui est aussi spirituelle. Le livre est le corps de la littérature. L'âme ne peut, bien entendu, vivre sans son corps, Mais Louise Labé écrit au XVIe siècle: "On voit mourir toute chose animée, lors que du corps l'âme subtile part". La littérature est cette "chose animée" dont "l'âme subtile" peut s'échapper et ne nous laisser que la matière.
La dichotomie de la forme et de la matière est certes gravement dépassée. Elle garde pourtant une utilité négative car notre époque a tendance, en tous les domaines, à vouloir trouver des solutions matérielles aux problèmes de l'esprit. Les scintillements télévisuels qui, chaque soir, disputent au livre de chevet le privilège de nous conduire au sommeil ont la plupart du temps, et même dans les meilleurs cas, comme ultime objectif de procurer le sentiment diffus, engourdissant, qu'il n'y a pas de problème. Ou que tout est drôle. Ce qui permet d'oublier que, dans l'amalgame publicitaire dont nous nous laissons nourrir, le vrai est ce qui se vend. On sait maintenant que l'artiste ne peut pas rester étranger à la logique de la marchandise. Il a besoin de tous les médias et il est placé lui aussi dans une position de vendeur, soumis à une conception de l'art comme exercice d'une volonté de puissance. Reconnaître qu'il n'y a là rien de vraiment nouveau ne change pas la question. Il faut donc la réitérer. (...)
Monique LaRue
"Le soin de la langue"
extrait de son discours de réception à l'Académie des lettres du Québec
le 22 mai 1998
dans la revue Les Écrits, no. 93
Samson, tu es un obscurantiste qui refuse de s'affirmer, ou tu n'en es pas un et refuses de l'admettre. Je t'ai donné une grosse chance, avec une sincérité qui te dépasse, et tu as craché dessus. Tu vivras avec ton erreur.
(Je précise pour tous que monsieur du Samson a lui aussi assisté, l'an dernier je crois, au séminaire Former des lecteurs donné par le même prof depuis 9 ans.)
samedi 20 juin 2009
Réponds donc à ça, "dude", montre-moi donc que tu comprends quelque chose!
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20 commentaires:
Hého, ça va pas?
Si j'te réponds pas, vieux, c'est que dès que je confronte ce que tu penses tu t'aplatis en disant que tu "fais juste lancer des ballounes". Je n'ai jamais tiré sur une cible aussi mouvante, quand on défait un argument OUPS soudainement t'as drastiquement changé d'idée et t'es rendu ailleurs, théoricien de la littérature de mes deux, lanceur de pointes qui cherche le phoque comme notre chef d'état en mange le coeur, provoquant en disant être au fond simplement pour le respect des traditions et que tu vois pas c'qu'il y a de mal là-dedans.
Allez, tire à gros boulets, à coups de citations d'essais que tu lis par extraits dans tes recueils de textes, approprie-toi les idées des autres, cache-toi derrière cette muraille en papier-soie en te gardant toujours l'échappatoire de dire que ce n'était pas ta pensée mais bien celle de Madame Truc.
On n'argumente pas avec toi, ta réflexion réussit le tour de force d'être à la fois serpentine et ovine, tu bêles les idées des autres et quand tu ne réussis pas à les défendre, tu te ramasses à ras le sol, gluant et impossible à saisir.
Tu veux quoi, que j'me pogne avec toi sur "qu'est-ce que la littérature?", beau brun?
Si tu veux me convoquer en débat, tu le dis franchement. Tu ne peux pas sire "je t'ai attendu au rack à bécyk toute la soirée pis t'es pas venu, hostie de lâche" si tu l'as pas câllée à l'heure du lunch, la bataille.
Ou j'ai manqué de quoi.
Pourquoi ne pas tout simplement considérer la situation comme une contrainte, se retrousser les manches et écrire de véritables petits missiles à têtes chercheuses, performant, rapide mais s'élevant assez haut pour vous satisfaire, ô littéraire? Je ne parle pas nécessairement du fameux 140 c, mais le bas peut souvent être une brèche intéressante pour y verser un peu d'abîme...
Cet extrait de LaRue, il était pas dans les recueils, je l'ai depuis 2003 ce texte. Les autres, je les ai lus au complet et je peux te dire avec quoi je suis d'accord et avec quoi non. Quand ça fait six semaines que j'ai dit quelque chose en exagérant visiblement, ça se peut bien que j'aie changé d'idée, ce n'est pas de l'aplatissement. T'es tellement dans le champ... Vois-tu, j'essaie pas de faire de la théorie de la littérature, j'essaie de penser mon propre engagement, et ça implique que je mette des idées à l'épreuve. Mais une chose demeure: je trouve que l'exaltation du techno, comme tu en fais, est stupide et dommageable, et c'est à ça que je te demande de répondre. TU FAIS EXPRÈS DE PASSER À CÔTÉ DE LA QUESTION ?
Je souligne ton emploi, révélateur, de cette image de cible. Je suis une cible sur laquelle tu essaies de tirer, pourquoi?
Yo man, c'est moi qui te tire dessus, tu t'en rends pas compte. C'est pour ça que je t'apparais mouvant. Je te laisse plein de chances, je veux voir ton bouclier, pour être bien sûr de le percer, tu vois? Je trouve que les positions que tu défends sans l'assumer doivent tomber.
La question, c'est que tu sais pas c'que tu fais, tu tâtonnes et tu totonnes et tu t'étonnes qu'on le prenne mal.
Tes demandes spéciales, le grand, ils vont dans la tout-doux liste et j'y arriverai un moment donné, mais on est pas à CKOI-ta-toune ici d'dans.
Alors si tu veux une entrevue, si tu veux que je réponde à toutes tes questions de manière simple et directe, ben tu me le dis pis on fera ça.
En attendant, tu peux me tirer dessus si tu veux, mais n'oublie pas Newton.
Mais ici, là, maintenant, j'ai autre chose à faire.
Selon moi, la littérature a toujours été, entre autres, une exaltation du techno. La littérature est elle-même technologie.
Twitter ou pas, l'écriture reste l'écriture, et ce sont les hommes derrières les fenêtres qui doivent être blâmés pour leur myopie. Pas les fenêtres.
"N'oublie-pas Newton"?
Veux-tu que j'interprète ça et te prête des idées que tu n'affirmes pas, pour que toi aussi, tu dises "ce n'est pas ce que j'ai voulu dire" pour ensuite t'accuser d'être une glu informe?
J'ai le respect de ne pas mettre mes opposants dans cette position.
Tu veux une entrevue privée? Nos blogues sont dans un espace de débats public. Toi, tu donnes constamment l'impression de détenir un savoir sur les questions, mais tu laisses dans l'ombre ce sur quoi tu te bases.
En somme, tu dis: "Si vous saviez, ha! alors marchez avec moi, pcq moi je sais!" Tu fais du bluff.
Tiens, Stéphane, j'écris ici parce que je ne trouve pas ton courriel sur ton site, mais si tu pouvais avant la fin de l'après-midi me rappeler les consignes de l'exposé oral que je suis sensée préparer pour mardi, ce serait super gentil de ta part. Parce qu'il me semble qu'il faut présenter un texte, mais seulement? C'est plus compte-rendu ou plus critique? Et sous quel angle? Je ne m'en rappelle vraiment plus.
(Oh et aimez-vous les uns les autres).
Merci !!!
Katia:
C'est plus compte-rendu. Il faut présenter les idées et les expliquer suffisamment, en faisant état de l'argumentation de l'auteur s'il y a lieu. Puis, il faut critiquer brièvement par rapport à la façon dont les idées peuvent s'appliquer dans notre enseignement au cégep.
critères:
pertinence, justesse, des idées présentées;
clarté et précision de l'explication; ampleur et profondeur du développement; suffisance, rigueur de l'argumentation (le cas échéant).
Et aussi:
qualité de l'expression; volume, débit, articulation, intonation appropriés; qualité de la présence.
Gautier:
Le problème c'est que, comme le signale avec finesse Monique LaRue, la pratique aveugle d'une forme moins exigeante influence la capacité à entrer dans les fonds.
Je n'étofferai guère ma réflexion ici, mais en voici une ébauche, si on veut, le temps que j'écrive plusse.
En gros, pour répondre directement à cet argument, le mien est que pour un auteur suffisamment génial, la limite, loin de l'empêcher, le provoque, l'oblige à utiliser son talent pour créer quelque chose de grand.
La contrainte est l'ennemie de la paresse, et un auteur de calibre A1 réussit toujours à produire une oeuvre splendide, non pas en dépit des contraintes, mais par celles-ci, en jouant avec.
Le blogue est informe. Twitter fait au blogue ce que l'oulipo a fait au roman - c'est de l'oublogpo, tiens.
Là on a de quoi commencer à parler, non?
Mais qu'importe le calibre A1 d'une oeuvre s'il n'y a plus de lectorat capable de saisir une quelconque complexité littéraire? C'est ce problème qui me préoccupe, et que pose LaRue, Larose (par la bande), Vadeboncoeur, Goulet, Ricard en réponse à Cornellier (sur les termes d'un autre débat), et d'autres, des tas d'autres encore. En tant que littéraires aptes à la littérature, nous avons une responsabilité au niveau de la transmission de la capacité à recevoir le littéraire, nous jouons un rôle qui se teint des moindres de nos choix ayant partie liée à des prises de position.
Merci beaucoup Stéphane !
Les lecteurs sont moins cons que tu le penses, et le public liseur va continuer à exister, sous quelque forme que ce soit.
Les gens n'arrêteront pas de lire, voyons.
À lire, un peu hors-sujet mais pas tant, Cory Doctorow.
Je vais aller voir, mais tu te rappelles la distinction entre le liseur et le lecteur (et le lu, et le lectant), sûrement. En tant qu'écrivain (eh oui j'ose), je me fous de ne pas vendre de livres, je n'écris pas pour des liseurs, je demande un minimum de savoir-lire, et je n'écris pas non plus pour une élite lectante, je me fous autant des grands prix que de la mention Coup de coeur Renaud-Bray.
"La pratique aveugle d'une forme moins exigeante influence la capacité à entrer dans les fonds."
Ce genre de commentaire est tout sauf "fin", si tu veux mon avis. C'est une analyse généralisante d'une problématique complexe. C'est le "aveugle", qui me dérange. Qui dit que la pratique d'une forme moins exigeante dit nécessairement pratique aveugle? Voyons donc. Bien sûr que l'aveuglement est néfaste, mais qui a dit que pratique moins exigeante rimait avec aveuglement? Si Villeneuve avait pensé comme toi, il n'aurait jamais fait "Next Floor". C'est dommage.
C'est vrai que c'est frustrant de constater que notre société a un système de valeurs qui n'incite pas la majorité à développer des aptitudes littéraires acceptables (par là, j'entends simplement apprendre à apprécier un discours, un projet ou une esthétique), mais je trouve que «demander un peu de savoir lire" et conspuer Twitter et ses utilisateurs bêtes (et non pas bêtes utilisateurs), revient à cracher du haut d'un hélicoptère sur une photo de feu de broussaille prise à vol d'oiseau...
Si mon opinion de petit "paralittéraire" gluant vaut toujours quelque chose, voilà.
Gautier, tu sais que je ris avec toi quand je ris en employant le terme "paralittéraire".
Et où as-tu vu le moindre jugement de ma part à propos des utilisateurs de Twitter? Je suis sur Twitter moi aussi, d'ailleurs (même si c'est à titre de pur figurant).
Je cogne avec mon marteau ("mon" marteau... je l'ai trouvé, c't'un vieux - je fantasme qu'il appartînt à Friedrich) et je tends l'oreille, je guette l'écho, on va voir si ça sonne creux!
Et puis "aveugle"... myope, daltonien, borgne, que veux-tu, là n'est pas la question, c'est méchant, ça, pointer un mot, "c'est là que tu te trompes"! please.
Hihi.
oui, je sais. C'était purement rhétorique l'allusion à la para. Désolé.
Pour le reste, ce sera sans moi. Basta la volonté de puissance. Je vous laisse avec vos poignards et vos marteaux, et je retourne à mon exaltation de la technologie.
Pas de problème.
Moi je ne fais pas un power trip et j'utilise sans gêne la technologie, mais je pars de l'idée bien simple que la technologie fout l'humanité dans la merde plus qu'elle ne lui sert à s'en sortir. Mais ce n'est pas la faute à la technologie, c'est toujours l'humain qui tient l'outil. Le danger, c'est l'aveuglement (bon, ok, la myopie, la courte vue...) avec lequel les exaltés de la techno croient qu'un boost technique va faire disparaître les gros ennuis. Si j'ai un problème avec Samson, c'est qu'il donne l'impression d'être au-dessus de tout ça, de détenir des clés qui lui permettent d'assurer tout le monde, dans le non-dit, que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, et je ne peux pas laisser faire ça. Je ne m'aplatis pas, moi. Je ne dis pas: attendez voir mon mémoire de maîtrise toute va ben aller!
Il y a de moins en moins d'espaces de débats. D;es que quelqu'un pogne les nerfs, je reprends une image de Mavrikakis, la société le refoule, non non non tout DOIT bien aller, nous sommes beaux nous sommes fins. En fait Samson m'accuse d'employer une stratégie qu'il connaît bien, puisqu'elle est sienne. On détecte toujours chez l'autre les travers dont on saisit personnellement les rouages. J'ai été scié par la lâcheté des autres pendant que j'étais trop faible et lâche moi aussi pour me défendre adéquatement. Là, ça va pisser, je n'ai plus peur de rien ni personne. Mais je serai bon joueur. Je ne m'acharne pas sur un gars qui s'écrase , les paumes au ciel.
La techno, oui (de toute façon, je ne suis pas un hippie, je ne crois pas au retour à la terre), mais la lâcheté, watch out.
Je précise ma pensée au sujet de la "paralittérature".
Je pense comme l'a pensé Vonnegut depuis ses débuts qu'il y a beaucoup de complaisance dans les cercles de trippeux SFF, que souvent un bon concept suffit à ce que soit encensée une histoire sans profondeur, aux personnages mal écrits et au fonctionnement facile (le maudit recours à la chute qui me tue, procédé bête et franchement plate, toujours décevant sauf exceptions, et les exceptions se trouvent sous la plume d'écrivains puissants qui peuvent facilement se passer de ce procédé). Cela dit, je suis avec toi Gautier, qu'une histoire se déroule dans le futur, un monde parallèle ou un univers imaginaire, c'est un détail, je veux dire, ça n'en fait pas de facto de la littérature de moindre qualité (hey voire que La Recherche du temps perdu se déroule dans un univers réel...). Aussi, j'ai pu m'en rendre compte, par rapport à la BD, par exemple, mon entraînement à "lire" de la littérature de qualité (où les images, les figures, les ressources linguistiques, par exemple, ne font pas de "bruit", où tout est cohérent, où l'harmonie sans dissonances rend mélodieuses les zones d'ombre silencieuses) me sert quand je suis face à un dessin, un tableau, le trait d'un artiste visuel.
En tant que système signifiant le plus complexe que nous connaissions et le plus proche, en termes de fonctionnement, de notre psyché, la langue littéraire est à la base de tous nos jeux de représentation. C'est pour ça que je dis qu'il faut absolument transmettre le goût de la lecture littéraire. Un lecteur devenu agile peut aborder la BD et ses codes beaucoup plus facilement qu'un grand connaisseur de BD la littérature de qualité et ses codes. À mon avis.
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