mardi 23 juin 2009

Le problème; la difficulté

Ça pousse des youyous dans ma ruelle, ça hurle... Quoi? On a déjà commencé à gazer? Ben non: ça fête la République de De Gaulle libre. Qu'est-ce que je vous avais dit. Ne m'invitez pas, je casse votre party!

Voici que je me dis "ouin," tel un grand, "la patente a peut-être besoin d'un calibrage."

Mais oui! Tout est là! Toute la difficulté: calibrer la patente. Maudite patente. Demain, demain...

Mais je ferai remarquer ceci. J'écris ce que je veux, je fais chier comme je veux, si on me jette des coups en représailles, c'est de bonne guerre, mais les éviter et laisser fendre l'air l'est aussi. Qu'on se choque, bâtard, qu'on se choque! Moi, je trouve ça ben ben ben ben l'fun. You know you love it, you owe it, you're pwnd by it.

[...]L'écrit devient un lieu de passage entre l'intime et le social, sans que ce passage soit éloquent. La modestie, l'humilité, la justesse souvent obséquieuse de la pensée sont les valeurs que l'on vénère. On fait dans l'hommage, dans le respect, dans la commémoration des grands hommes, des figures importantes plutôt que de se permettre des propos déplacés ou d'attaquer le vivant, l'apparemment anodin, le consensuel.
[...] Celui qui se lèverait pour condamner violemment, méchamment, l'unanimité faite autour de cette impuissance consentie serait soupçonné de vouloir faire dasn le sensationnalisme, l'égocentrisme ou encore la provocation. On se chargerait de vite le remettre à sa place, la place de tout le monde, celle du spectateur qui participe mollement au théâtre de la culture, assis loin, bien loin de ce qui demande à être. Provoquer («appeler», au sens étymologique) une réflexion, une réaction, une discussion, n'est-ce pas ce à quoi la critique devrait s'atteler? Ne devrait-elle pas tenter de créer des débats, de soulever quelques passions? La provocation peut être dans certaines sociétés un acte politique, voire éthique, pour reprendre le mot au nom duquel beaucoup d'articles fades sont commis.
[...] Les mots de la critique éthérée n'ont jamais un quelconque effet sur moi. Et en ce sens, je les soupçonne de parvenir ainsi à leur but très avoué. Il s'agit de ne produire aucun sentiment, aucun affect, ni de susciter en moi une étincelle d'intelligence. [...] Je n'ai aucunement l'impression d'avoir accès à une vision du monde portée par un intellectuel engagé ou tout simplement là.
On dirait que le critique en ce moment ne veut pas prendre le risque de la parole improvisée. Il n'aura pas le courage de se tromper, de cafouiller. Il préférera toujours habiter le lieu de son sérieux le plus frigide plutôt que de faire une bourde. Le critique refuse la place du «polémiqueux», il ne soutient aucun combat, et ne peut incarner l'odieux devoir de dire, le risque de se planter, de porter sur lui la honte, la faute morale ou d'orthographe, d'avoir dit un mot de trop ou encore un mot injuste. Son surmoi prend toute la place.
[...] On laisse cela aux gens qui sont restés ignorants, à la «populace inculte» qui, elle, ne se privera pas de la théâtralité hargneuse, de la haine diffusée à la radio ou ailleurs. André Arthur, le docteur Mailloux et autres zigotos médiatiques ne se privent pas de faire du barouf sur la place publique et ne trouvent personne d'intelligent pour leur répondre. Qui veut discuter avec le peuple? Le critique actuel, l'intellectuel, préférera toujours rester au-dessus de la mêlée pour décrire ce qui se passe. Le discours des élites, ici, ne se trompe pas, ne se salit pas. Il lui faut rester pur.
(à suivre)

Catherine Mavrikakis, «Le critique et le paillasse», Spirale, no 208, mai-juin 2006, p.19

Ma directrice - qui est meilleure que la tienne, surtout en ce qu'elle ne me dit jamais quoi penser; je ne débats de rien avec elle et n'en tire pratiquement pas de consignes -, ma directrice parle là surtout de la critique dans les médias traditionnels, mais on voit bien, en tout cas je l'espère, qu'elle ratisse plus large, beaucoup plus large que ça.

*
24juin09
(suite)
[...] Robert Lévesque, pour moi, est de ceux que la critique actuelle a décidé d'anéantir. De ce genre de prise de parole, on ne veut pas et on a eu vite fait d'empêcher Lévesque de prendre l'envol qu'il méritait. Il a accepté d'être un clown, triste maintenant, à qui l'on fout de grands coups de pied et qui continue néanmoins de mordre. Robert Lévesque est un fâcheux, un emmerdeur, un casse-pieds et cela franchement choque notre bon goût critique, notre sens si poussé de la rigueur.
Des Karl Kraus, nous n'en avons pas ici et nous n'en méritons pas. Nous voulons une critique de parvenus, une critique à l'image de nos quotidiens et de nos revues, un truc bon chic, bon genre qui nous permettra d'oublier nos origines et voilà... Nous sommes bien servis.
C'est ce que je dirai ici, par souci de vérité et par provocation./

Ibid., p. 20

Serez-vous un tartuffe qui fait condamner un Robert Lévesque ou un tartuffe qui se contente de cracher sur les docs Mailloux pour se donner bonne conscience, sans se donner la peine d'aller voir sur quels ouvrages discutables il se base pour affirmer, par exemple, que les Noirs sont moins intelligents, afin de pouvoir expliquer autour de vous en quoi il se trompe? Serez-vous meilleurs que ça? Là est la question. I ain't no fortunate son, take no prisoners, take no shit, I wanna go to New Belsen, I wanna see some history cause now I got a reasonable economy.

"Don't ask what you can do for your country, ask what your country can do for you.
"



3 commentaires:

Mistral a dit…

L'extrait de la page 19 est lumineux, captivant.

Le suivant me convainc moins. D'abord parce qu'on ne peut ni ne doit comparer Lévesque à Mailloux: ils ne font pas le même métier, ils n'ont pas le même parcours, l'un est critique et l'autre pas. Ensuite parce que RL a une histoire peu sue parce que tue mais qui nuance en éclairant la vision de Catherine. Il n'est pas, c'est bien sûr, victime des critiques médiocres, et rugirait à bon droit qu'on puisse le penser.

Je répugne à parler de ça. RL dirigeait les pages culturelles durant les trois ou quatre années où, jeune homme, je recensais des bouquins au Devoir, et j'éprouvais envers lui un mélange d'affection et de cet autre sentiment, celui qu'inspire quiconque actualise votre idéal. La qualité de son écriture, je ne la mentionne même pas: c'est une évidence qui n'est pas ouverte au débat.

Je répugne à parler de ça, donc, mais aujourd'hui c'est moi qui suis responsable envers certains cadets brillants et francs dont le chemin me tient à coeur, l'auteur de ce blog m'étant particulièrement cher, ce n'est pas un secret, et je trouve nécessaire d'ajouter un début de piste à un complément d'information.

L'histoire vraie n'est nulle part au complet dans ces trois liens, celle-là je te la raconterai en privé, héhé.

http://www.contacttv.net/i_dossier_recherche_contenu.php?id_rubrique=164&id_article=304

http://archives.vigile.net/ds-actu/docs4/3-16.html

(Un pauvre petit minable

Jacques Lanctôt
TRIBUNE LIBRE 16 mars 2004)

http://www.telequebec.tv/lesfrancstireurs/videos/entrevue239.wmv

(à partir de la dixième minute, pour les pressés).

aka Danger Ranger a dit…

Merci!

Je me souviens des derniers temps où Lévesque avait une chronique dans ICI. Quand il était au Devoir, j'ignorais son existence (et celle du Devoir?) Mais selon ce que j'ai compris, il s'est fait tasser par des joueurs importants de notre magnifique industrie du spectacle.

Je vais suivre les liens et tu m'en reparleras!

Mistral a dit…

Il s'est tassé tout seul!

Oui, les liens d'abord.