mercredi 24 juin 2009

Gentlemen, please! The King...

Être un moderne, vivre dans le monde qui est aujourd’hui le nôtre, c’est être submergé, bombardé, écrasé de solutions et de réponses, toutes plus définitives, toutes plus assurées et urgentes les unes que les autres. Ce qui nous manque, ce que la littérature (et la littérature seule, qui pour moi est avant tout le roman) peut nous apporter, ce sont les problèmes, et en particulier les problèmes auxquels il n’y a pas de solution, qui sont les seuls vrais problèmes dignes d’attention. Ou plutôt, c’est la conscience que toute « solution » qu’on nous propose, si elle n’est pas un piège, en deviendra un forcément un jour ou l’autre. En attendant, je ne vois pas d’autre attitude possible, pas d’autre « solution » pratique, si vous tenez à tout prix à ce que j’en propose une, que celle-ci, qui est strictement, radicalement individuelle et n’implique donc aucun combat, aucun prosélytisme ni aucun « militantisme », si ce n’est la lutte privée, domestique, mais tout de même assez féroce parfois, de qui se désolidarise, de qui refuse de participer à la fête et tient (peut-être illusoirement) à préserver les dernières miettes de liberté qu’il croit encore possible de préserver : se tenir à carreau et tâcher de ne pas se faire avoir.

François Ricard

Tiens, du coup, les Détesteurs just got deeper, better, stronger...

Un écrivain, un intellectuel, aujourd’hui, qui (1) ne voit pas dans quel « ground zero » culturel et moral nous vivons, et (2) ne fait pas du rire - de la puissance distanciatrice et profanatrice du rire, au sens le plus large et le plus varié du terme - son arme ou sa préoccupation première, c’est à mes yeux un écrivain ou un intellectuel qui trahit les derniers restes de sa dignité et se rend corps et biens à l’ennemi.


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