vendredi 8 décembre 2017

C'était sauvage que de fermer l'accès à mon blogue sans rien dire.

Je le rouvre, mais c'est bien fini.

Ça fait maintenant 10 ans qu'il existe. Un temps il y a eu du bon mêlé au méchant. Depuis longtemps ça ne valait plus rien. Mon état mental s'était beaucoup détérioré.

Heureusement, il n'était pas trop tard.

J'ai de quoi m'occuper.

Ça fait, aujourd'hui, 7 mois que j'ai complètement arrêté de boire.

Je tâche de développer ma sobriété et ma sérénité dans tous les domaines de ma vie.

Je n'ai ni le désir ni l'intention de me remettre à écrire.

Merci. Pardon. Bye.

mercredi 25 mai 2016

Édition spéciale

9e jour sans une goutte d'alcool. That's it that's all.
 

En plus je fume pus. Depuis un mois et demi. Libéré, tu dis?
 

Faits saillants: j'ai ma semaine de vacances en juillet, et mon autre semaine convertie en paye comme j'avais demandé.
 

Vélo-camping en Gaspésie.

samedi 14 mai 2016

Des fois j'achète un peu là au lieu de voler toute à l'estie de Metro Profession Épicier. Je suis comme Robin du 'hood, c'est pour ça. Mais ma belle Marianne me boude.

À ma petite épicerie de quartier, j'arrive à la caisse: ah non... pas encore. La belle grande rousse avec un corps magnifique.
J'y pense: elles sont toutes belles, grandes, rousses, avec le corps magnifique.
Je remettrai jamais les pieds là!

J'exige que ma caissière de quartier soit une madame ordinaire, avec une voix de grosse fumeuse.


jeudi 5 mai 2016

I bet he's a beast in bed

A Pursuer in the Ways and the Forms mathemathician uses his toes too. That is known as The Way of the More Fingers and Hands. You should learn to think the way of the samurai mathematician, to become a True Master.

lundi 2 mai 2016

Lundi à Bamako

Mierda, j'ai vu arriver sur St-Joseph un convoi, le premier char était plein de fleurs, avec une grosse couronne de fleurs, chic! un mariage! on est peut-être lundi, mais c'est peut-être dimanche à Bamako, qui sait? j'ai applaudi, j'ai sifflé, j'ai crié, puis je me suis aperçu que tous les chars étaient gris, dont un qui était un corbillard. Genre, avec un cercueil dedans et quelqu'un de pas vivant dedans. Toute la famille éplorée dans le cortège mon gars j'te jure.

dimanche 1 mai 2016

Ma ligue de soccer! Au Collège de Bois-de-Boulogne. (Oui chaque match se déroule sur un tiers de terrain, à 7 contre 7 incluant les gardiens.) On a joué sous la pluie aujourd'hui, c'était le fun quand même. (J'ai aussi pédalé l'aller-retour sous la pluie, plus de 23 km au total, haha, BORN TO BE BAD TO THE BONE.)


jeudi 21 avril 2016

Juste une petite réminiscence parce que je me sens un peu triste, un peu déçu, mais ça va. À demain, personne ne lâche, on vivra. Crisse que c'est déprimant, j'haïs ça.

(Sorrow found me when I was young
Sorrow waited, sorrow won
Sorrow that put me on the pill
It's in my honey, it's in my milk
Don't leave my half a heart alone on the water
Cover me in rag & bone sympathy [...]
[...] (cause I don't wanna get over you) [...]
Sorrow's my body on the waves
Sorrow's a girl inside my cave
I live in a city sorrow-built
It's in my honey, it's in my milk.)
Hier j'ai fait une B.A. et Jésus m'a récompensé mon gars j'te jure. Je prenais une petite pause au soleil, j'étais proche du conteneur à déchets du commerce voisin, je ramasse un papier par terre pour le jeter et papow, je tombe (oui, je tombe) sur une vingtaine de bons livres en excellent état. (Bon, disons une trentaine, mais il y en a que j'ai laissés, t'sais. Da Vinci Code, vade retro! ouache! Pearl Buck en traduction, kesséça! - oups, je viens de Wikipédier, j'aurais dû le garder celui-là. Peut-être que... si y est pas tombé dans le jus de poubelle quand je l'ai garroché...)

dimanche 20 mars 2016

.

Si tu fais face à la versité, tu fais, yoman, waat?
Tu fais face à la quelle versité proprement dite.
Tu fais la yo, dequé, de quoi
bonhomme
Tu fais la
tU fAIS lE
Tu dis hey
Hey hey hey
La versité de Montréal?
La versité de Laval?
Tu dis heyman


N'essayez pas ça à la maison.

(Ce ci, est, si vous ne le savez pas, un exercice de dé déno no no mi dénomina domina mina mi na tion. Pour essayer dedi, dede, dededdddi, ddididi, didir, diredir, de dir, de drirdeedr, de dirrrrr, de dire.) 

lundi 29 février 2016

L'histoire avec le chat. GENRE

qu'est-ce qu'on fait quand on a trente-six ans
mon petit chat

on fait dur

dimanche 28 février 2016

L'histoire avec aucune histoire dedans. GENRE

il y a
attends ça va me revenir attends

euh
voyons estie câlice c'est quoi

fuck
laisse faire

vendredi 26 février 2016

L'histoire avec les fleurs. GENRE

tes pleurs
sont des fleurs
qui poussent
dans la mousse


les fleurs sont dans le pot
le pot est dans la fenêtre
la fenêtre est là


et tes fleurs
sont des fleurs
qui moussent
dans la mousse

lundi 22 février 2016

Le vélo l'hiver mon vieux


Le monde me trouvent courageux de me promener en vélo, même l'hiver.
 

J'ai pédalé l'aller-retour d'ici, Masson St-Michel, au collège Brébeuf, où je jouais au soccer hier.
 

Essayez ça, pédaler du quartier Rosemont jusqu'en haut de Côte-des-Neiges, 7-8 km, c'est facile, faut le vouloir. Quarante minutes, cold wind hard in your face, can you beat that? I bet you could.
 

Je vais vous dire c'est quoi qui est courageux.
Aller à l'estie d'arrêt d'autobus 5 minutes à l'avance pour être sûr de pas le manquer. Poireauter sur l'estie de coin de rue. Monter dans l'estie d'autobus. Avancer, arrêter, le monde qui montent, qui descendent, qui pitonnent sur leurs esties de patentes, avec leurs esties d'écouteurs. (I know I'm missing much. I'm not missing much. Hear. See.) Arriver à la station de métro. Descendre. Passer les tourniquets. Aller attendre l'estie de métro.
 

Comprenez-vous? Ou bien vous comprenez pas?
 

En plus, faut que tu payes pour ça? Six piasses et demie pour aller et revenir? Sinon la passe mensuelle, elle te coûte combien quand même? Êtes-vous tombés s'a tête?
 

Moi je me tiens en forme, j'ai du fun, je pars et j'arrive quand je veux, le territoire m'appartient.
 

Quand vous trouvez l'effort et le froid désagréables pendant cinq minutes, vous continuez et ça se transforme en plaisir, c'est magique.
 

Asti chu tanné du monde qui me trouvent courageux de faire du vélo. Vous, vous êtes plus du genre masochistes, gang de malades. Vous êtes les vrais courageux, pas de doute.

samedi 13 février 2016

Solomon Gursky Was Here, un des meilleurs romans modernes au monde. Gratuit. Scroll up & down. Tschüss.

https://books.google.ca/books?id=cROBWLHa9mAC&pg=PT85&lpg=PT85&dq=tiu+na+xinq&source=bl&ots=3UX6d9ROEE&sig=fplnIbHynZ4yGlUb6yF327fhEv0&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjsg4XVjvbKAhVGqh4KHUukDi0Q6AEILjAD#v=onepage&q=tiu%20na%20xinq&f=false

Je pêche la créature avec une enrageante aisance.

Always leave 'em wanting more. À brûle-pourpoint, l'extravagamment charmante Aïcha, on partage des clins d'oeil, me demande si je suis déjà allé en Afrique.
- Non.
- Pourquoi?
- Haha! Fouille-moi.
- Ah, c'est une nécessité.
- Avec toi j'irais, peut-être.
- Tu ramasses ton argent alors.
- Attends, t'sais, y en a plusieurs qui meurent d'envie de m'emmener quelque part. Va falloir que tu travailles.

"What you look for is a voice."

Mordecai Richler, en entrevue, en 1989, tout de suite après la parution de Solomon Gursky Was Here (si ça me tente je vous en reparlerai, c'est un roman diabolique, probablement le plus fascinant que j'aie jamais lu, on par avec Anthony Burgess):

Richler: Well, people have been wondering what’s going to happen to the novel for two hundred years; its death has been announced many times. You know, I think the novel keeps redefining the world we live in. What you should look for in a novel is a window nobody else is looking out of, that nobody else can look through. What you look for is a voice. You pick up a novel by someone such as Faulkner or Hemingway and you just read three pages and you know who wrote it. And that’s what one should demand of a novelist.

Entrevue par un étudiant en littérature plein de concepts et d'idées qui fait de son mieux, si vous la lisez toute, et ce dont vous vous rendrez compte immédiatement si vous avez lu le roman en question.

Genre, le meurtre de McGraw par erreur, alors que c'était Solomon qui était visé par son propre frère Bernard Gursky, l'entrevoyeur en dit que "it's not really a crucial event", gag me with a spoon. À lire seulement, évidemment, pour les répliques de Richler.

P.S. L'entrevoyeur, c'est un fait, vous le lirez, n'a pas compris, en lisant le roman, que Solomon, quand McGraw a été assassiné, a, sans délai, réalisé qu'il avait été la victime anticipée, et que son frère Bernard avait organisé le crime. L'entrevoyeur, malheureusement, n'a probablement rien compris, à l'époque, de tout le roman. C'est trop complexe, avec des sauts dans le temps incessants, des intrigues interconnectées discontinuées puis reprises çà et là, tu ne peux pas digérer ça d'une traite. Quelle chance il a eue d'entrevoir live le Mordecai Richler en personne!


ADDENDUM! Sans rapport avec ce que j'ai dit plus haut. Oké, en lisant le roman, n'importe quel lecteur un peu éveillé s'attend à ce que Solomon ne soit pas vraiment mort. (Après l'assassinat raté, il s'est fait coincer par son frère Bernard et allait se faire condamner et aller en prison pour les crimes de toute la famille quand il a crissé le camp en petit avion privé pour le grand Nord, et on sait depuis le tout début du roman qu'il a appris à survivre dans le grand Nord, bref son avion a été retrouvé crashé mais son corps, non.) On s'attend à le voir ressurgir quelque part. Mais le moment où on saisit quel personnage il est - je me retiens pour ne pas donner plus d'indices - on tombe sur le cul pas possible, ah! l'estie d'estie, ah! le sacrament. Ah! L'estie d'estie!

Et toi, Mordecai Richler, maudit sois-tu par tous, estie de mongole à batteries! Démon! Poète!

samedi 30 janvier 2016

Écrit à Rawdon en 2010. Ce qui devait devenir mon troisième ouvrage. Abandonné. Mais sait-on jamais. (Évidemment, c'est de la marde. J'ai le style, mais pas le coeur.)


S t é p h a n e
R a n g e r

Énergie
du
vide

whatever


On m’a dit que j’étais en face de la mort; je me suis demandé ce que ça changeait : rien.

Méry, à André Malraux
Antimémoires



Crois en rien; fais comme si tu y croyais : ça confond tout le monde. Parce que vous faites exactement le contraire : vous avez vos certitudes, et souvent même la foi, presque toujours, et vous vous pissez dessus, et vous vous chiez dessus, vendez votre sœur, tuez votre père, ravagez le pays comme des chiens enragés, vous laissez mourir devant des divertissements préprogrammés en actionnant le détonateur à distance, je vous hais, je vous saigne, si jen ai lopportunité, soyez assurés que je vous moissonne-bats et que je vous pourris, je vous pourris.

Évidemment, cest de lécriture. Ce qui ne change rienau contraire.

hihi

Je vous présente hihi. Cest une fille japonaise qui a je dirais quatorze ans, des cheveux très longs et complètement roses, rose gomme-balloune, avec une très minie jupe en cuirette blanche blanche et qui en ce moment descend avec talons aiguille les marches dune cage descalier toute en béton et barbouillée de graffitis criards et agressifs de toutes les couleurs à la grandeur. Elle est qui vous jette son coup dœil timide par-dessus la fesse. God youd SLAM her.

Sondage après sondage, une forte majorité dindividus se disent, sinon religieux pratiquants, croyants en un Dieu quelconque. Expliquez-moi le sens de cette spiritualité quand on refuse frénétiquement la présence de la mort; gardez-moi de le faire à votre placeje vous le conseille!

Jai cherché du speed une fois à Rawdon, pendant cinq secondes : flairé le spot louche à vue de nez, ou plutôt les individus, qui mont dit tes-t-àa bonne place, on va lappeler, est à cinq minutes dicitte.

Je fais le clown parce que cest un cirque; on va pas se penser meilleur que les saltimbanques. Le speed cest pas bon, ça fucke la tête. Si je massénais, mettons, à la place, comme vos vieux, les miens, comme vous calvaire aussi, comme vous quasiment tous, cinq, dix, quatorze heures par semaine de films hollywoodiens et de séries télé en DVD, je nirais certainement, certainement pas mieux. Where Is the Love? Je veux pas manquer de respect ni juger, mais je suis un tabarnak, difficile, incapable ou refusant doptimiser béant, la fine gueule, intransigeant sans monnaie déchange, révolté avec une rage qui pèse une plume dans un univers de babouins convaincus et armés.

Cest une fille, la vendeuse. Entre trente et trente-cinq ans, je lai vu coché sur un questionnaire, mais je lui donnais quarante facile, quarante magané. Méthadone à la pharmacie. Ma dit quelle sétait shootée pendant dix ans. Ah! moé, Montréal, si je retourne rester là, eilleCest lenfercest la descente aux enferssûrme suicideraiscpas long.

Ça va pas tellement mieux. Nuits blanches, fixations, compulsions, bobos plein la peau, et la paranoïa! Quoique, y a de quoi : la police cogne toc toc, cherche deux gars qui font des invasions de domicile, aussi des vols qualifiésCinq heures du matin, Crapet Soleil cogne dans sa fenêtre, tu peux-tu men laisser deux pouvingt piasses?

Comment peux-tu te ramasser de même avec tous les loonies du coin qui viennent cogner chez vous, en plein milieu du village de Rawdon, autant mettre une enseigne au néon, qui viennent cogner à ta porte nimporte quand? Fais-toi pas didées, la police le sait. Se monte un dossier. Enquête, rien qui presse : on prend le temps de pouvoir remonter des fils conducteurs, on va voir ça peut nous mener. Tu devrais dire la prochaine fois que tu viens cogner chez nous sans mappeler avant jte fais cassera yeule. Non, elle répond, tu peux pas faire des menaces, de même, tu sais jamais qui quipeuvent connaître. Y en a, jte dis, Pis, à part ça, je leur donne pas mon numéro, eille.

Sacrament! Vends pas ou vends comme il faut! Son fils de sept ans voit ça, aussi. Les paniques. Les pleurs. Tous les gars de son entourage lont trahie. Un gars était au courant pour sa cachette, dans le bois, un sachet de plastique, une centaine de pilules, du speed, un peu decstasy. Disparu. Un paquet de cash avec le restant du stash dans son appartement la porte ouverte à longueur de canicule : disparu. Dans sa face. La fille a joliment peint et décoré son appartement, soccupe comme elle peut de son fils, dont elle partage la garde avec le père, un dude régional à lair franc, qui habite à trois kilomètres : cest une fille qui a bon cœur. Touche du B.S. Fait des travaux communautaires obligatoires. A déjà été à Tanguay. Son chum, père de son autre enfant, un bébé, confié par la DPJ en adoption, purge une peine de quinze mois à Bordeaux, ce qui porte son total à dix ans passés en-dedans depuis son premier séjour en maison de correction à seize ans.

Des fois, quand un gars est condamné, tsais, là, quisen va en-dedans pour un boutte ben, ichangeidevient, commePas toujours, là, mais, ça arrive… – Tough… – cest comme que comment jte dirais ben ça qui

renoncerait

, genre.

Je suis allé à Bordeaux avec elle hier. Elle mavait demandé le service : jai un droit de visite dune heure, si je te donne vingt piasses pour le gaz, tu peux-tu memmener faire laller-retour? Shit, man. Après lavoir vue brailler quand elle sest aperçue du coup de la cachette, je pouvais pas dire non.

Il y a une machine, comme un détecteur de métal mais qui détecte la drogue même en quantité infime, comme si le système était propre - la machine a fucké, les employés de la prison sen câlicent, de toé, la visite a été écourtée dune demi-heure. Au retour, elle a parlé sans arrêt, ma conté des gros bouts de sa vie, sans que je lui aie rien demandé. Ji ai dit, à mon chum, si isortait pas, là, dans sept mois, je me suiciderais. Fuck. Encore ses larmes. Lannée passée, ils ont vécu dans un char pendant trois mois.

Coucher, manger - toute.
Je l’aime, je sais pas pourquoi, c’est fort, hein,
Stie qu’i’ m’a faite mal, ce gars-là,
La seule autre personne qui allait le voir en prison cétait son père, pis il la perdu, iest mort pendant quiétait en-dedans,
J’haïs la vie, je l’haïs!
«Y a ton p’tit gars qui compte sur toi.»
Oui, elle m’a dit en reniflant, de sa voix ébréchée de longue date, p’is si i’ était pas là, je serais p’us icitte.
«Moi aussi j’ai un fils. Si je l’avais pas, je pense que j’aurais mon voyage.»

Elle a fait une vraie tentative de suicide une fois, il y a quelques années, deux jours devant elle, sûre dêtre tranquille, elle a gobé deux cent soixante-dix pilules dangereuses, jai oublié quoi, par hasard quelquun est venu, sa thérapeute, sept heures plus tard; à lhôpital ils lont sauvée.

Elle achète des revues de ragots sur les stars. Life & Style. Quand je suis passé la prendre, elle venait dacheter des affaires au Wal-Mart, entre autres un livre de tests de personnalité, code des lignes de la main, du front, de la forme des doigts, un sacrament de recueil de marde, quelle ma montré, cinq piasses au Wal-Mart, authentiquement contente. Elle ne comprend pas tellement ce quelle lit, les mots quelle déchiffre. Who the fuck am I?

Vous savez, ce pourrait être un défaut dintelligence mais, non, cest pas ça, elle est rapide, sensible et perspicace, elle ne me parle pas comme si les numéros lui transmettaient des communiqués, elle nest pas sérieuse, cest autre chose. Cest en plein autre chose.//

Faut que ça commence parce qu'il se pourrait très bien que très bientôt j'aie fini. Et c'est mon seul plaisir pur, parfait. Les autres coûtent, tous. Comme ça je me repaye, et j'offre une tournée.

À 22 ans, je me croyais invulnérable. Pas rationnellement, INTIMEMENT. C'est ça qui arrive. Moi, je n'allais jamais mourir, jamais. Dix ans plus tard, un clin d’œil, j'achève, je suis mort déjà. Plusieurs fois; je suis ce pervers-là : je suis au-dessus de tout ça.

La peur de la mort est la cause première de toutes les compromissions. On voit où mène l'avarice de survivre. Le crime contre l'humanité, et pire ‒ pire que pire. Je n'ai aucun mérite : j'ai vu. J'ai aussi su. C'est compliqué. Je ne peux pas endurer. Je ne vais pas prier. Les procédés de torture sont infaillibles, n'importe qui pactise tôt ou tard et c'est normal, et c'est pourquoi il faut la capsule de cyanure prête à croquer, dans l'allègre tristesse.

J'ai tout laissé. Je m'en allais. Mon permis de conduire est expiré depuis presque un an, ma carte d'assurance-maladie n'est plus valide non plus, je suis en retard de deux déclarations de revenus au fédéral, mes lunettes sont trop faibles, tordues et grafignées, quand mes dents vont me faire mal je vais tolérer, les agences de recouvrement me courent après. Ah! la vie est un privilège! Je pourrais tuer quelqu'un, pour pouvoir aller en prison. Je pourrais tuer un flic, j'en choisirais un sans femme et sans enfants, les prisonniers m'aimeraient, j'aurais la paix. Je me suiciderais. J'ai rien fait comme il faut, mais depuis que je suis né que je paye, pour rien, et on me répète que la vie ça marche pas de même!

Fais attention comment tu parles à ma vie. Je pourrais te violer la tienne avant de la découper, découper, découper en miettes. Anodin. Mêle-toi de tes affaires. Je trouve le fil conducteur, tire dessus très fort et tu n'es plus qu'un quignon de plaies qui gigote un brin en s'abolissant. Je t'avertis  reste loin. Moi j'écrirai au moins ça avant d'y aller pour une fois. Tant et aussi longtemps que j'écris ça je cours moins le risque de m'achever. Comprenez-vous? L'histoire, c'est les mots pris pour raconter./

[...]