mardi 10 novembre 2009

Langue maternelle

...des étudiants que je suis actuellement au centre d'aide en français.

- Français : 3
- Espagnol : 3
- Vietnamien : 2
- Portugais : 2
- Anglais : 2
- Arabe : 2
- Dari (Afghanistan) : 1
- Tamoul (Sri Lanka) : 1
- Polonais : 1
- Persan (Iran) : 1
- Créole haïtien : 1
- Coréen : 1

La femme d'origine iranienne a dû fuir le pays en raison du climat politique. Je la vois deux fois par semaine après qu'elle en a fait la demande. La coréenne d'origine bénéficie elle aussi de deux rencontres par semaine (avec moi et une autre assistante), à sa demande. Sur les vingt, quatre sont des femmes qui ont des enfants.
D'après mon expérience, l'attitude des allophones face à leurs faiblesses en français se compare avantageusement à celle des francophones.

*

J'ai jeté un coup d'oeil l'autre jour à la programmation de la Salle Sylvain-Lelièvre, la salle de spectacles du Collège. Sur 21 événements prévus pour les mois d'octobre, novembre et décembre, 9 sont des cérémonies de remise de certificats de citoyenneté canadienne. À ce rythme-là, question d'efficacité, j'imagine qu'on fait chaque fois salle comble.

*

Je n'ai pas de données démographiques en main, mais si je me fie à ce que je vois dans les corridors, les étudiants «québécois» ne constituent qu'un groupe ethnique parmi d'autres au Collège de Maisonneuve - sans doute plus nombreux que les autres, mais pas beaucoup plus que les Noirs (d'Haïti et de pays d'Afrique), les Asiatiques, les Sud-américains et les originaires du Moyen-Orient et du Maghreb.

Jean-Nicolas et moi discutions de ça, entre autres choses, un midi de la semaine dernière. Il venait de se faire offrir un poste en francisation quelque part. Pour ceux que ça intéresse et qui ont du mal à se trouver du travail au cégep (une enseignante me disait que, d'ici deux ans, on va probablement entrer dans une période similaire à celle de toutes les années 80 où très peu de nouveaux profs - de français, en tout cas - seront engagés), il y a de la job en masse en francisation. En regardant autour de nous, et en considérant l'état de la natalité et de l'immigration, nous ne pouvions qu'être d'accord: la société québécoise de demain (d'aujourd'hui, même), elle se bâtit sur l'intégration ou elle ne se bâtit pas. Un défi important pour le corps enseignant est de favoriser cette intégration sans pour autant abaisser la barre en matière de connaissance de la littérature québécoise et de la langue d'enseignement.

JN songe sérieusement, comme moi d'ailleurs, à prendre un poste «en région». Là, pour un prof, la responsabilité connexe à celle d'enseigner est pour ainsi dire inverse: alors qu'à Montréal, face à des groupes cosmopolites où les jeunes d'origines très diverses se mêlent de façon plutôt harmonieuse, l'enseignant doit veiller à ce qu'un certain relativisme ne nuise pas à la transmission des connaissances culturelles, en région, devant l'uniformité des groupes, il faut éviter de se conformer à l'idéologie (celle, par exemple, plus ou moins discrète, des anthologies de la littérature québécoise) et lutter contre les préjugés parfois ahurissants entretenus à l'égard de la métropole...

samedi 7 novembre 2009

Invitation du Quartanier:

Bonjour !

C'est avec joie et fébrilité que nous vous invitons au lancement du LIVRE DE CHEVET, le mercredi 11 novembre de 17h à 24h 
au Port de tête.
 Oui, jusqu'à minuit.

Ce sera la fête, il y aura quelques lectures, 
de la musique, à boire et à manger.


Seront aussi lancés le même soir EXPEDITIONS OF A CHIMAERA, ouvrage à deux têtes de Oana Avisilichioaei et Erin Moure, et THE ROSE CONCORDANCE, par Angela Carr
, parus tous deux chez l'excellent éditeur torontois Book Thug, qui sera présent pour l'occasion.


LE LIVRE DE CHEVET
Un sommeil suscité par Daniel Canty



Collectif de 24 auteurs et trois illustrateurs
Fiction, poésie, illustrations

256 pages — 7,5" x 10"


Le livre de chevet est le troisième et dernier volume
de la série La table des matières.


Ouvrage collectif réalisé

par Daniel Canty et FEED.

32,95 $ / 25 €


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L'événement est commandité par la bière Boris
et les vins californiens Barefoot.

Au plaisir de vous rencontrer et de trinquer avec vous!


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Le Port de tête
au 262, Mont-Royal Est
entre Henri-Julien et Laval

Info : 514 678-9566



Pour information :
514 692-5276
lequartanier@videotron.ca

vendredi 6 novembre 2009

On se flatte, on se flatte

Enfin jeté un coup d'oeil à la revue Biscuit chinois aujourd'hui, et précisément au numéro pour lequel j'avais tenté de participer.

C'est-tu bon?

Bien honnêtement, c'eut été pas mal meilleur avec mon texte dedans (qu'on retrouvera avant trop longtemps dans mon Colis suspect en chantier).

Dire que j'avais reçu pour toute réponse un avis de refus automatisé. Fuck you, man! Avec un encouragement, tout aussi machiné, à soumettre encore des textes. Fuck you, man!

(La première nouvelle, par exemple, écrite au je, présente une fille qui se réveille en chaleur, s'habille comme une salope de cochonne et sort se promener idoine, ça dure deux pages et quart, et la chute survient: elle voit son reflet dans une vitrine, c'est une grosse, 200 livres, l'air de la chienne à Jacques. C'est tout. Je vous jure. J'ai-tu oublié de dire fuck you man?)


Tags: littérature crotte, jeunes qui ne vont pas réinventer la roue mais pourrir encore plus les lettres en essayant de grappiller leurs quinze minutes de gloire, cours de création

jeudi 5 novembre 2009

Mystère élucidé

Français au secondaire: les élèves pas à la hauteur

«On pensait qu'il ne se faisait plus de grammaire dans les écoles du Québec, eh bien c'est faux, lance Mme Chartrand. Mais ce n'est pas nécessairement une bonne nouvelle. Toutes les études démontrent depuis 50 ans qu'il y a un problème avec les exercices de grammaire. Faire des exercices, ce n'est pas enseigner la grammaire. C'est inefficace», affirme cette spécialiste de la didactique du français.

Il faut plutôt s'assurer que les élèves comprennent les mécanismes de la langue française et qu'ils les utilisent convenablement lorsque vient le temps de rédiger des textes, précise-t-elle. «La production de textes devrait être au coeur de la classe de français.»

La production de textes est d'ailleurs au coeur du suivi individualisé au centre d'aide en français du cégep où je travaille. Maître-mot: autocorrection. Au début de la session, avec chaque étudiant, on fait une révision grammaticale de base: notions de phrase syntaxique autonome, de groupe du nom sujet, de groupe du verbe, de groupe complément de phrase, et à partir de la deuxième, troisième ou quatrième rencontre on n'aborde plus les règles de grammaire que de façon ponctuelle. Pendant ce temps, dès le début, on exige de l'étudiant qu'il produise un texte de 250 mots chaque semaine, sur un sujet fourni, et avec ces textes on l'amène à prendre conscience de la nature de ses erreurs, à bien les comprendre, à les repérer et à les corriger - sinon au fil de l'écriture, du moins lors de la révision. On le pousse aussi à prendre l'habitude de reformuler ses phrases au besoin plutôt que de les regarder comme des machines dangereuses dont on s'éloigne à reculons alors qu'on se doute qu'elles ont besoin de réparation.

Et, bien sûr, l'analyse grammaticale est constamment dans le feu de l'action pour l'explication des fautes.

Cette méthode de travail est éprouvée. Pourquoi, alors, on s'entête à faire faire de stupides exercices aux jeunes? Les exercices de français, quand on est au secondaire, on s'en torche. Qu'on «passe» ou pas ne dépend pas de l'effort fourni; on dirait que ça arrive par hasard. Mettons que tu fais un exercice, genre, sur quelque, quelques, quel que, quels que, quelle que et quelles que (remplir les trous), pis que tu reçois ta note: 70%, on s'entend-tu pour dire que, A) tu t'en crisses toujours autant, et B) t'as toujours pas compris c'est quoi l'affaire?

Moi, j'ai une très bonne mémoire visuelle et je lisais beaucoup depuis que je savais lire. En français, au primaire et au secondaire, je me tenais autour du 80% sans jamais y penser, sans me forcer, sans aimer ça, sans comprendre, sans rien, exactement comme tous les autres, y compris ceux qui coulaient.

J'ai eu la chance que mes parents m'envoient pendant trois ans dans une école privée. Noire jungle de fils et filles à papa riche, institution prétentieuse aux fesses pâles et plates serrées, cette école présentait un avantage: dans les cours, il y avait de la discipline et on se faisait instruire, contrairement à ce qui se passe dans le public (faut que je vous raconte une bonne fois l'année absolument délirante que j'ai vécue en français en secondaire un à la Polyvalente Saint-Eustache).

Feu mon prof de français en 4e secondaire, M. Dubé, paix à son âme, l'avait, l'affaire. Chaque semaine, il nous donnait une série de phrases à analyser en deux temps - nature et fonction de chaque proposition; nature et fonction de chaque mot - ainsi qu'un verbe à conjuguer à tous les modes et temps. Fallait que ça soit remis sans faute (lol), et fallait que ce soit propre, propre, propre. Je m'en rendais pas compte à l'époque, mais j'acquérais alors une expertise (le mot n'est presque pas trop fort), une connaissance des rouages de la langue que la majorité des bacheliers en littérature n'approchent même pas.


Et le couple gagnant est: pratique régulière de l'écriture et analyse grammaticale à répétition.

(Chaperon: lecture en habitude.)



I'm too sexy for your bus

Les astis de chauffeurs de la 67 qui me frôlent à répétition sur St-Michel, p'tit twit comme grosse torche comme sac de pus, un moment donné je vais mettre pied à terre à un feu rouge pis je vais en pogner un par les trous d'yeux pis je vais le ou la frôler, pour voir comment on apprécie la sensation... récolter un avis extérieur...


mercredi 4 novembre 2009

Où le preux vôtre s'exerce à l'analyse (rapide) du biais d'une information

J'avais jamais fait vraiment attention de bien me rendre compte une bonne fois du travestissement de l'information qui nous est destinée; en provenance d'empires ennemis (ou concurrents, mais c'est pareil) la chose est méconnaissable, franchement hideuse à nos doux yeux démocrates, wink, et, si ça se trouve, des drôles d'Arabes ont souvent trop parlé dans le fameux téléphone. Que ceux qui n'ont rien à découvrir là patientent un peu le temps de cette petite séance de rattrapage; les autres, concentrons-nous sur l'examen de ce bijou de nouvelle si consciencieusement relayée par Cyberpresse.ca (j'annote - voir plus bas):

Tempête de critiques contre les faiseurs de neige(1) à Pékin

Agence France-Presse
Pékin

Le Bureau des modifications météorologiques a essuyé une tempête de critiques pour avoir provoqué des chutes de neige sur Pékin qui ont entraîné des accidents de la circulation, cloué 200 avions au sol et fait geler les Pékinois, a rapporté mercredi le presse.(2)

Profitant de l'arrivée d'un front froid, les météorologues ont fait tomber grâce à la dispersion massive de produits chimiques dans les nuages plus de 16 millions de tonnes de neige sur la capitale chinoise, afin de limiter la sécheresse persistante sur le nord de la Chine(3). Mais le Bureau a été enseveli sous une avalanche de plaintes de Pékinois, totalement pris au dépourvu par les chutes de neige les plus précoces en 22 ans sur la capitale.

Les 17 millions d'habitants de Pékin se sont en effet réveillés dimanche dans une ville recouverte d'un manteau blanc alors qu'ils pouvaient encore déjeuner en terrasse la veille.

Les services de chauffage de la capitale s'activaient en début de semaine pour mettre le chauffage dans les résidences bien avant la date réglementaire du 15 novembre.

«La décision arbitraire du gouvernement n'a pas pris en compte les intérêts de la population», écrivait mercredi le China Daily(4), «on devrait réfléchir aux dangers potentiels de la dispersion de produits chimiques dans les nuages».

Les météorologues chinois s'efforcent depuis des années d'augmenter les pluies sur le Nord où la pénurie d'eau devient inquiétante.

Ou au contraire de faire le beau temps. Comme pour le 1er octobre, où les fastueuses célébrations du 60e anniversaire du régime communiste chinois se sont déroulées place Tiananmen sous un ciel bleu azur.(5)

- - - - - - - - - - - -

1 . Le recours au terme dépréciatif «faiseurs» trahit une intention éditoriale indéniable qui n'a absolument pas sa place ici.

2 . (Euh, c'est quoi ça, «le presse»? On écrit en français avec son cul à l'Agence France-Presse?)

3 . Cette phrase est ridicule d'incohérence, en plus de faire la preuve d'une négligence grossière: le texte de départ, dans le China Daily, parle de 16 millions de mètres cubes, pas de tonnes (si un mètre cube de neige bien, bien compacte peut approcher une tonne - en fait, un mètre cube d'eau pèse exactement une tonne - ce n'est pas de ça qu'on parle ici... Remarquons, par ailleurs, et objectivement svp, que «tonne» a un sens connoté sensiblement plus fort que «mètre cube». Exprès?)

4 . Ceci est un mensonge pur et simple. (Malheur au scribe du China Daily - propriété du Parti communiste chinois au pouvoir, à la sévère censure duquel il est soumis - si c'était vrai!) Il y a là, en fait, une importante altération de la vérité qui a pour effet de laisser entendre que de l'insatisfaction, voire même de l'ire, est ouvertement exprimée en Chine par rapport au gouvernement. De façon insidieuse, en un éclair, à travers une affirmation qui allègue à la fois l'inconséquence et l'irresponsabilité des dirigeants et attribuée le plus simplement du monde au CD tout court, le commun des lecteurs qui glisse rapidement sur cet article est conduit à acquiescer mentalement, à accepter machinalement le verdict si raisonnable en apparence et si posément formulé - et cet acquiescement, selon moi, si tant est qu'il conforte notre lecteur dans un point de vue, le conforte dans celui-ci précisément et exclusivement: les Chinois (et, par télescopage, pourquoi pas, la planète) seraient mieux avec un autre gouvernement.
Voyons le texte d'origine:

A spokesman from the Beijing Weather Modification Office said on Monday they had played a helping hand and "enhanced" the natural snowfall to ease drought conditions in the city, after it had gone more than 100 days without rain. [...] That announcement was met with a deluge of angry criticism from netizens and social commentators, who said this "arbitrary" government decision had disregarded the interests of the people.

Il est limpide que l'auteur se dissocie de la grogne qu'il rapporte dans le plus pur style journalistique conventionnel à l'occidentale. (France-Presse présente l'inverse de ce fait, ce qui constitue un sérieux manquement à l'éthique.)
Ensuite, il enfile de forts délicats gants blancs pour formuler sa propre critique, nécessairement constructive et ostensiblement exempte de toute mise en cause de la probité du gouvernement. Comme ceci, par exemple:

While it is perfectly reasonable we need to lend our understanding to the weather bureau for its good intentions, it is also the case that we should consider the potential hazards of cloud seeding.

5 . L'hypocrisie est ici flagrante. Tout, absolument tout ce qui précède se présente comme une adaptation plutôt mécanique, professionnelle, obéissant à deux principes - simplicité, utilité - de la nouvelle d'origine pour diffusion pratique et massive au profit de l'accessibilité de tous à l'information, amen, et voilà qu'un bras éditorial (celui-là même auquel on doit le joli mot de «faiseurs de neige» du titre, bien sûr) vient se plaire à mettre en opposition la petite catastrophe relatée à la jouissance d'une journée autrement radieuse dont ont pu récemment faire l'expérience les participants aux célébrations d'anniversaire du parti au pouvoir, journée évoquée avec une pointe d'ironie («sous un ciel bleu azur») immanquable...



Sinistre.

[L'article sur ChinaDaily.com.cn]


mardi 3 novembre 2009

Pour Marc-André, Patrick P. et les autres réinventeurs de monde

Excellente préface à Propaganda, d'Edward L. Bernays, par Normand Baillargeon - dont le blogue vaut le détour et le retour et le promenage à l'entour au fil de ses propositions...

(EXTRAIT: «
On pourra prendre une mesure de l'influence des idées de Bernays en se rappelant la percutante remarque d'Alex Carey, suggérant que « trois phénomènes d'une considérable importance politique ont défini le XXe siècle ». Le premier, disait-il, est « la progression de la démocratie », notamment par l'extension du droit de vote et le développement du syndicalisme ; le deuxième est « l'augmentation du pouvoir des entreprises » ; et le troisième est « le déploiement massif de la propagande par les entreprises dans le but de maintenir leur pouvoir à l'abri de la démocratie ». L'importance de Bernays tient précisément au fait qu'il a, de manière prépondérante et peut-être plus que quiconque, contribué à l'articulation et au déploiement de ce troisième phénomène.»)


Un message de TC&D

«Hey, tu ne devineras jamais ce que j'ai vu ce matin en attendant Francis! Comme d'habitude, il y avait plein de chats qui rôdaient, mais il y en a un qui s'est fait poursuivre par... un renard. C'est même pas des blagues! J'étais fascinée, c'était la première fois que j'en voyais un! Il était beau, avec une queue toute fluffy et soyeuse! Je suis sûre à 100% que ce n'était pas un chien ou un chat, mais je ne comprends pas comment il a pu arriver jusqu'à l'avenue des Érables!! Je l'ai vu de quand même près, car il a pourchassé un chat jusque dans l'allée de garage de l'immeuble d'à côté. C'est malade hein? :) »


dimanche 1 novembre 2009

.

Ma première prédiction de résultats d'élections qui se vérifie!

Tremblay réélu, ce qu'on peut imputer à la division du vote contre lui.

Et hop! encore pour le purgatoire de la gauche...

Encore du gros beat qui arrache

pour mesdames cette fois:

Booty Luv, "Some Kinda Rush",
Boogie 2nite, 2007.

(On notera qu'une certaine thématique australienne ici se poursuit avec une partie de ce clip.)


jeudi 29 octobre 2009

Bonnes nouvelles pour ce soir

Bonjour !

C'est avec grand plaisir que nous vous invitons au lancement des essais de HELEN FARADJI, de SAMUEL ARCHIBALD et de BERTRAND GERVAIS.

Nous lancerons également à cette occasion les quatre premiers titres de la nouvelle collection de livres de poche OVNI, soit la réédition des premiers livres de ALAIN FARAH et de RENÉE GAGNON, et les livres de SAMUEL ROCHERY et de DANIEL POZNER.

Ce lancement aura lieu le JEUDI 29 OCTOBRE, au faramineux PORT DE TÊTE, de 17h à 21h.

Comme d'habitude, ce lancement est l'occasion pour nous de célébrer la sortie des nouveaux ouvrages, de rencontrer lecteurs, amis et auteurs.

Il y aura ce qu'il faut pour la soif et la faim -- amuse-gueules, liquides rouge, blanc et blond, et musique (pour tous les goûts, y compris ceux de Samuel Archibald).

+

Livres lancés ce soir-là :

Collection Erres Essais

SAMUEL ARCHIBALD, Le texte et la technique : la lecture à l'heure des médias numériques

HELEN FARADJI, Réinventer le film noir : le cinéma des frères Coen et de Quentin Tarantino

BERTRAND GERVAIS, L'imaginaire de la fin : temps, mots et signes - Logiques de l'imaginaire, tome III

+

Collection OVNI

SAMUEL ROCHERY, Odes du Studio Maida Vale

DANIEL POZNER, Pft!

ALAIN FARAH, Quelque chose se détache du port
(réédition en poche), suivi d'une postface,
«Tout ce qui monte redescend»

RENÉE GAGNON, Des fois que je tombe
(réédition en poche), suivi d'une postface, «Le bourdon»

+

Au plaisir de vous voir et de trinquer avec vous!



Le Port de tête
au 262, Mont-Royal Est
entre Henri-Julien et Laval

Info : 514 678-9566



Pour information, entrevues,
services de presse :
514 692-5276
lequartanier@videotron.ca


Entendu au cégep

«Je voulais te fouetter avec ma tresse!»

- Jeune fille à joyeux caissier du café étudiant.

She went Down... Under

Even through the darkest phase -
be it thick or thin -
always someone marches brave,
here beneath my skin;
constant craving has always been.

Maybe a great magnet pulls all souls towards truth.
Or maybe it is life itself
that feeds wisdom to its youth...

Craving... aha! -
constant craving has always been.

k.d. lang

mercredi 28 octobre 2009

Makes me wanna go Down... Under

Is it a war zone?
Is it a freak show?
Is it a terrordome?
Is it a radio?
Is it a firewall?
Is it a death toll?
Is it an atom bomb?
Is it a tombstone?

Midnight Juggernauts, "Tombstone", Dystopia, 2007

Je peux pas arrêter d'écouter ça dans le tapis en boucle, celle-là avec "Raised by Wolves" et "Road to Recovery".

mardi 27 octobre 2009

.

L'écriture des Détesteurs a repris, et sur une bonne note. Défi: grimper en intensité jusqu'à la fin. Certains courts passages seront suffisants à ce qu'Ed Hardcore doive changer de nom pour sauver la face - je m'en vante et je me l'impose. Tâche principale: emballer, conclure; c'est le plus difficile, parce que dans le travail d'apprentissage de l'écriture c'est généralement la partie qu'on néglige le plus et le plus longtemps. (C'est la même chose en musique, en... En tout, finalement.)

Un flash en fin de semaine: l'idée directrice de mon essai sur l'oeuvre entière de Hamelin. Vu le corpus et le format de l'affaire - vingt à trente pages - j'étais bon pour l'angoisse dans l'éventualité où ça ne serait pas venu: la description de mon projet déposé pourrait être celle d'un projet de thèse complète sans rire. J'ai avalé ma gorgée de thé vert à la menthe qui a soudain goûté dix fois meilleur, prélassé dans le divan, Le Soleil des gouffres ouvert devant moi: How sugarly! Half my job done!

Cette semaine je dois remplir les bilans de mi-session des étudiants que je suis au cégep, mais je vais essayer de pas trop laisser traîner le blogue. À venir: un commentaire informel, très personnel (et élogieux) des Événements miteux de Frédéric Dumont (Ta Mère) et un ou deux petits ou gros quelque chose à propos de Vonnegut et de Player Piano.

*

Régalons-nous donc de cela maintenant - c'est un paragraphe de Lucie Lequin, de l'Université Concordia, tiré d'un malheureux article intitulé «Sur la route, vues de l'intérieur» et paru dans Voix et Images, vol. 20, no. 3 (60), 1995, p. 717-720, qui ne me fait pas filer tendre:

Un roman réussi, souvent ironique et où, en épilogue, la violence
destructrice apporte une certaine sérénité. Alors pourquoi ce choix de
noms de mauvais goût: l'un s'appelle Marc, son patronyme n'est
presque jamais mentionné; l'autre se nomme Lépine, et son prénom
est tu. À cet égard, il aurait mieux valu que l'auteur se censure plutôt
que de jouer dans la transgression irrespectueuse. La réalité est encore
trop proche.
Maudit délire institutionné! Faut être vraiment de mauvaise foi, ou bien abruti par le métier de fabulateur ne lisant que pour mâchouiller et vite recracher n'importe quoi qu'on s'imagine être et avoir l'air comestible. Je penche pour une synthèse de ces deux hypothèses. À la fin de Betsi Larousse, de Hamelin (1994) - dont il est question ici - le personnage-narrateur, qui est sculpteur, laisse sa remise en question du bien-fondé de son art culminer en une révolte qui le fait détruire ses propres créations. Je n'appelle pas ça de la violence, surtout que le geste est libérateur pour le personnage et vécu comme tel, comme l'a par ailleurs compris la lettreuse. Anyway. Sauf que, voilà, le personnage d'Yvan Lépine reparaît, cette fois dans un rôle beaucoup plus secondaire, dans Le Soleil des gouffres, un roman que Hamelin avait commencé longtemps auparavant, presque entièrement inspiré de l'époque de son bac en agriculture, au début des années 80, et si on connaît l'oeuvre de cet auteur plus qu'en surface, on sait que les personnages n'y sont pas des porte-manteau jetables après entourloupette: Hamelin avait probablement déjà donné le nom de Marc Lépine à une idée de personnage basée sur un gars qu'il connaissait - de ce, je suis sûr - longtemps avant d'avoir même commencé à penser à Betsi Larousse. Dans tes rêves et dans tes dents, Lucie Lequin. Si Hamelin avait voulu faire un clin-d'oeil au tueur de Polythechnique (et pourquoi donc, crisse?), il en aurait fait un beaucoup plus élaboré. Pareil pour le nom du narrateur du Soleil des gouffres, François Ladouceur, qui n'a rien à voir avec le personnage du roman Maryse, de Francine Noël. Hasard. Factoïde anecdotique. Parlez-moi d'une chercheuse de trésors de pacotille.



jeudi 22 octobre 2009

Mise à jour

Vous le savez, j'aime exposer - dans la mesure où j'en ai l'énergie, et sous la contrainte des belles phrases et du punch, qui me compromet souvent - à quoi je pense et ce que j'en pense, et ce que je me pose comme questions. Je fais ça pour être lecteur-friendly façon chair autour de l'os, pour qu'on puisse remonter dans les archives et voir un peu d'où je suis, pour qu'on trouve une certaine cohérence dans les soubresauts de mon esprit impulsif, et tout ça parce que je me souhaite (et j'en ai - ça marche) des interlocuteurs qui m'en apprennent et m'offrent d'autres points de vue et parfois même de l'amitié quand ils cliquent sur «commentaires».

Ça exige que j'en parle quand je change d'idée à propos d'un sujet important.


Internet, les blogues, les sections commentaires des médias en ligne, l'anonymité (oui, l'anonymité: l'insistance des anonymes à rester dans l'anonymat - ou le pseudonymat)...
Je change d'avis tranquillement. C'est en cours.

D'abord, à César son dû, pas mal tout me porte à croire que ce changement coïncide avec les nouveaux souffle et tour qu'a pris le mémoire de Samson et la fois qu'il m'en a dit quelques mots en personne, au dernier lancement d'OVNI. (En passant... «on est réconciliés», c'est vite dit; j'insiste pour présenter mes excuses, à toi, Éric, et par la même occasion à ceux que mes saints emportements contre lui, presque acharnés, cet été, ont écoeuré. Tous les blogueurs n'essaient pas de se monter leur propre bateau pour voyager sur l'eau et dominer les flots avec leur site et leur online self, non - il y a la vie sociale pour ça souvent, tant mieux si elle y suffit - et je refusais de l'admettre, aveuglé par encore trop de certitudes. Voilà.)

Moi qui m'échinais si fort alors à (ré)inventer ma façon de concevoir l'extrême «utilité» de l'art et surtout de la littérature et qui me fondais en cela pour une grande part sur le besoin humain essentiel de s'exprimer individuellement et par et contre et avec les autres, j'avais l'esprit obtusement fermé à l'évidence qui me gagne: l'internet, et tout le monde dessus qui se mêlent de tout et/ou n'importe quoi comme ils veulent, c'est pas grave, c'est même très très sain et c'est aussi naturel que le fait qu'un bébé ait le goût soudain de dire gaga, à maman ou à papa ou au toutou ou à rien ni personne, puis s'en amuse, puis recommence, jusqu'à tenter des variantes et tout ce qu'on sait et ainsi de suite jusqu'au nirvāna
.

Ce qui me frappe quand je le réalise, c'est à quel point les médias traditionnels ne laissent (et on dira bientôt peut-être ne laissaient) que très peu de place au public pour intervenir. (De là vient sans doute la frénésie de la gloriole qui s'empare d'une bonne part du bon peuple quand il est question de «passer à la télé», ne serait-ce que pour faire tourner la roue ou choisir entre l'oeuf ou la poule.) Faisons un voyage astral jusqu'en Grèce antique: tous les citoyens - hommes libres et matures - peuvent se sentir contribuer à la vie publique et culturelle sur l'Agora, laquelle «est une composante essentielle du concept de Polis, à tel point qu'Aristote traitera les barbares de non-civilisés car ils n'ont point d'agora» (Wkpd). Or les fines et belles gens de communications ont créé, développé et entretenu de fantastiques nouveaux organes médiatiques, mais elles faisaient l'erreur de beaucoup trop privilégier une seule voie d'échange - d'elles à nous. Parce qu'elles, elles travaillaient pour et en vivaient... Buy the shit, trust us, make your mind but keep at bay. Dernière fois que j'ai tchèqué, dans un journal, il y avait peu ou pas de «courrier des lecteurs», et de toute façon c'est de la marde, c'est la prison de l'événementiel, la réactionnite au quotidien. À la télé? - Voulez-vous composer le numéro et payer pour sauver Gonzague ou bien l'autre cave, cette semaine?

(Le voyage astral, c'était rhétorique.)

Une agora yo
. C'est ça l'internet comme ça prend forme aujourd'hui. Cette idée remonte probablement même à l'époque où le Web commençait tout juste à poper, mais alors bien docilement, dans nos vies de survivants des années quatre-vingt. Prophètes: chapeau.

En ligne, il y a en masse de place et d'aires d'ébats de tout type pour les ceuses qui veulent rester par ailleurs inconnus et pour les ceuses qui ne le veulent pas. Si t'as un blogue à ton nom propre et vrai pis que les anonymes te font chier, tu les laisses passer leur chemin, ils vont trouver à qui parler. Inversement, la possibilité du secret ouvre des passages inouïs pour les créatifs disciplinés.

Etc., etc.

My gode, did I be in the patates!

Tout n'est pas rose - heureusement sinon quel enfer - et l'un des effets pervers du dispositif est de court-circuiter le principal de ce qui nous empêche, normalement, dans la vie offline, de sauter dans la face de nos prochains quand on est pas contents, offensés, brusqués par l'ardeur d'un désir sexuel ou fulminants de mépris pour la race au complet, et ses beaux-frères, et ses chats, et ses jolis petits bibelots, le monde entier, l'Univers.

On apprend(ra) à vivre avec.

Les si n'aiment pas les -rais mais allons-y encore

S'il n'y avait que Wikipedia sur l'internet, je crois que je paierais pour être connecté quand même. Ctrl-click ici, ctrl-click là, on peut se mettre de côté des sources et autres informations à consulter de même, sans bouger, pendant qu'on lit un bon aperçu assez détaillé d'un sujet. (Les seules personnes que j'ai déjà entendu se plaindre de l'existence de Wikipedia, sur la base que ça serait bourré d'erreurs, n'avaient jamais pris le temps de vérifier personnellement. C'est très facile, en se fiant au style, de voir quand un article ou un bout d'article a été rédigé par quelqu'un de relativement incompétent, et de toute façon, on est-tu assez caves pour tout prendre pour du cash?)

De temps en temps, quand je m'en sens l'autorité, j'ajoute des éléments ou j'en corrige. Le premier paragraphe de la section «Plot» (synopsis) sur la page en anglais du film La mala educación, de Pedro Almod
óvar, (Bad Education) est de moi, tel quel. J'ai aussi ajouté des détails sur les pages en français de Mistral et de Hamelin. (Avis aux amateurs instruits: en général, les pages en français sont pauvres, comparées à celles en anglais - normal, vu la démographie... Come on let's go.)

Bien sûr, rester collé sur son ordi peut rendre un petit peu légume, de façon passagère, mais la même chose arrive avec les livres. Tu sors prendre une marche, tu digères; tout s'arrange.

Je suis en train de lire au sujet des deux Corée. C'est comme la vieille histoire des deux frères ennemis, à une tout autre échelle; passionnant.



mardi 20 octobre 2009

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Si j'avais une carrière à creuser dans le monde universitaire, je me ferais spécialiste franco-canadien de l'oeuvre romanesque de Kurt Vonnegut.

Merci infiniment à Renée, qui avait Slaughterhouse-Five dans sa bibliothèque (en version originale alléluia!), où je l'ai trouvé la première fois, et qui m'a rendu sympathique l'univers parallèle de Tralfamadore (avant d'avoir essayé de m'entraîner dans la croyance folle et païenne en le Flying Spaghetti Monster...)


Kurt Vonnegut (Indianapolis, IN, U.S.A. Nov. 11 1922 - Manhattan, New York, NY, U.S.A. Apr. 11 2007)

Romans :

1952:
Player Piano (originellement: Utopia 14, 1954)
1959:
The Sirens of Titan
1961:
Mother Night
1963:
Cat's Cradle
1965:
God Bless You, Mr. Rosewater or Pearls Before Swine
1969:
Slaughterhouse-Five or The Children's Crusade: A Duty-Dance with Death
1973:
Breakfast of Champions or Goodbye Blue Monday!
1976:
Slapstick or Lonesome No More!
1979:
Jailbird
1982:
Deadeye Dick
1985:
Gal
ápagos: A Novel
1987:
Bluebeard. The Autobiography of Rabo Karabekian (1916-1988)
1990:
Hocus Pocus
1997:
Timequake

*

When the last living thing
Has died on account of us,
How poetical it would be
If Earth could say,
In a voice floating up
Perhaps
From the floor
Of the Grand Canyon,
"It is done.
People did not like it here."



Rush, "Closer to the Heart" (A Farewell to Kings, 1977)

And the men who hold high places must be the ones to start
to mould a new reality closer to the heart

The blacksmith and the artist reflect it in their art
They forge their creativity closer to heart

Philosophers and ploughmen - each must know his part
to sow a new mentality closer to the heart

You can be the captain, and I will draw the charts
Sailing into destiny closer to the heart


lundi 19 octobre 2009

Special Report

Un temps, Kurt Vonnegut a lu des textes préparés spécialement, pour des interludes d'une minute et demie, à la radio publique de la Ville de New York, WNYC. Le concept: avec l'assistance et les bons soins d'un médecin et de son équipe, dans la salle d'exécution par intraveineuse de la prison de Huntsville, TX, l'écrivain se prêtait à des expériences répétées de quasi-décès pour aller entrevuer des morts célèbres et moins célèbres au bout du «tunnel», puis en revenir, prendre le micro et relater brièvement la rencontre pour diffusion ultérieure. Il commençait, par exemple, ainsi:

This is Kurt Vonnegut, WNYC's reporter on the Afterlife. During yesterday's controlled near-death experience, I had the pleasure of speaking with...


et terminait de la sorte, avec des variantes; après avoir rencontré Shakespeare, il n'en mène pas large:

This is your tongue-tied, humiliated, self-loathing, semi-literate Hoosier hack Kurt Vonnegut, signing off with this question today: "To be or not to be?"


La plupart du temps, c'est Saint Pierre, bienveillant et amusé, qui arrange la rencontre en convoquant le disparu choisi.

Vonnegut a retravaillé une sélection de ces «reportages» et en a fait un petit livre intitulé God Bless You, Dr. Kevorkian (Seven Stories Press, New York/London/Toronto, 1999). Sans surprise, pour qui connaît un peu son oeuvre, l'auteur moralise, du début à la fin, toujours à sa façon très humble et terre-à-terre, avec tact et sans flèches empoisonnées, efficace, plein d'esprit et d'un humour pénétrant qui réussit à apaiser alors que les sujets abordés sont franchement désespérants. Je commence à considérer personnellement Vonnegut comme un authentique philosophe. En tout cas, il est mon écrivain préféré, toutes langues et époques confondues. J'en reparlerai.

Un extrait, et après je retourne terminer Player Piano, son premier roman (1952), que j'ai aussi emprunté (avis à tous: dans le genre, Player Piano est meilleur que Nineteen Eighty-Four et Brave New World mis ensemble, et le plus époustouflant c'est que ce n'est même pas à proprement parler un roman de science-fiction ou d'anticipation):

During today's controlled near-death experience, I spoke to John Wesley Joyce, dead at sixty-five, former cop and minor league ball player, owner of the Lion's Head Bar in Greenwich Village from 1966 until it went bust in 1996. His was the country's most famous hangout for heavy-drinking, non-stop-talking writers in America. One wag described the clientele as "drinkers with writing problems."
The late Mr. Joyce said it was the writers who made it their club of their own accord, which hadn't pleased him all that much. He said he installed a juke box in the hopes it would interfere with their talking. But they kept coming. "They just had to talk a lot louder," he said.(*)

Le «reportage» se termine là-dessus - c'est le plus court du lot...


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* Traduction libre:

Au cours de l’expérience de mort approchée d’aujourd’hui, j’ai discuté avec John Wesley Joyce, décédé à l’âge de soixante-cinq ans, ancien flic et baseballeur de ligue mineure, propriétaire du bar Lion’s Head, dans Greenwich Village, de 1966 jusqu’à ce qu’il fasse faillite en 1996. Ce bar était le plus célèbre des endroits du genre, en Amérique, où se réunissaient des écrivains gros buveurs et infatigables parleurs. Un habitué a déjà décrit la clientèle comme étant constituée de «buveurs ayant des problèmes d’écriture».

Selon feu M. Joyce, ce sont les écrivains qui, d’un commun accord, en avaient fait leur «club», ce qui ne lui avait pas particulièrement plu. Il m’a dit qu’il avait installé un jukebox dans l’espoir que cela nuise à leurs incessants débats. Mais ils avaient continué de venir. «Ils n’ont eu rien qu’à parler beaucoup plus fort», a-t-il dit.


mardi 13 octobre 2009

Événements pas si miteux

[...]
Je suis ensuite descendu dans la cave.

Je me suis couché dans la poussière et j'ai attendu.
Il n'y avait qu'un problème au fond.
J'étais certain d'être quelqu'un d'important.
Mais je ne l'étais pas.

Frédéric Dumont, Événements miteux, p. 11.

Hier soir vers huit heures moins vingt j'avais encore le nez dans Player Piano de Vonnegut, ça m'a tout pris pour me décider à commencer à me préparer pour sortir, et j'ai bien fait de ne pas choker encore une fois.

Quand je lisais Ces spectres agités de Louis Hamelin, à 23 ans, malheureux, alcoolique, l'impression d'être maudit pour la vie, ce qui m'a tellement allumé était d'enfin trouver une voix qui me disait moi aussi.

L'histoire se passait entre Centre-Sud et Hochelaga, où je vivais alors, le narrateur avait à peu près mon âge, et il essayait d'écrire, de donner du sens à sa vie, et je m'en sentais tout d'un coup moins seul, j'avais quelque part quelqu'un qui pouvait me comprendre et, qui sait, une tribu qui allait pouvoir m'inclure et me reconnaître pour ce que je pouvais lui apporter.

Je venais à peine d'entrer au Vices & Versa et Max m'a dit que l'auteur lancé avait très hâte de me rencontrer. J'étais venu surtout pour jaser avec lui et Guillaume; j'avais maintenant une autre raison qui allait me faire rester jusqu'à la fin.

Frédéric m'a dit lire mon blogue et être impressionné. Il n'est pas spécialisé en littérature, il est jeune, et j'ai l'air d'une sorte de chépaquoi de grand à ses yeux. Il m'a dit avoir particulièrement aimé la chicane entre Samon et moi; je lui ai dit, en vrai, que nous étions réconciliés lui et moi.

C'était son party; il s'est fait payer à boire assez pour avoir failli s'endormir sur place. Peu après, il était à côté de moi et m'a dit que, quand il avait lu mon recueil de nouvelles - un des rares qui l'ont lu en entier, attentivement, et ont pu ainsi vraiment savoir de quoi il en retournait - il filait vraiment mal, et il sortait le matin dans un parc, et il s'assoyait sur un banc et il me lisait, et il m'a dit que cette lecture l'avait aidé à se sentir moins seul à être dans l'état où il était. Je lui ai répondu que c'était là le plus bel hommage qu'on m'avait jamais fait, et que c'était pour lui que j'écrivais.

Un prof d'université, une fois, m'avait dit que ce que je faisais était dépassé, que ça faisait trop début-des-années-90. Évidemment la plupart des profs d'université ne comprennent pas grand chose à la création, à ce qui pousse quelqu'un à écrire (disons qu'ils ont des préjugés contre ceux qui écrivent actuellement...) J'ai toujours su que je n'écrivais pas pour tout le monde. Je m'écrivais, moi, à ma propre recherche, et je me disais que si jamais, par hasard, ce que je faisais pouvait aider un lecteur à se sentir moins seul, je n'écrivais pas pour rien.

Frédéric, tu m'as dédicacé ton recueil en oubliant d'écrire «À Stéphane», avant «J'espère que tu ne te feras pas trop chier». J'ai commencé à le lire tranquillement, et tu ne me fais pas chier une miette. J'espère te revoir pour que tu complètes la dédicace, et pour avoir le plaisir de jaser encore avec toi.


lundi 12 octobre 2009

Ta Mère a une date

Lancement ce soir.