(Chapitre IX: Second-guessing, Alice classe la moutarde parmi les légumes...: )
«Je suis entièrement de ton avis, dit la Duchesse; et la morale à en tirer est que..."Ne crois jamais que tu n'es pas autre que ce qui peut paraître aux autres que ce que tu étais ou aurais pu être n'était pas autre que ce que tu avais été leur aurait paru être autre."
«Je crois que je comprendrais mieux, dit Alice très poliment, si je le voyais écrit; mais, dit comme ça, j'ai du mal à vous suivre.
«Ce n'est rien à côté de ce que je pourrais dire si je voulais, répondit la Duchesse avec satisfaction. [...]»
Croyons-la plutôt que le contraire: le LSD a été synthétisé pour la première fois cent six ans après la naissance du génie multiplexe connu comme artiste sous le nom de plume Lewis Carroll (Wikipedia: "He was described in later life as somewhat asymmetrical"...! - Quequoi?) mais la fureur folle est sûrement beaucoup plus ancienne et, en tout cas, se retrouve en doses au bas mot stupéfiantes dans Les Aventures d'Alice au pays des merveilles, éditions Librio CAN$3,37 (10FF), nouvelle traduction par Elen Riot, 2000 - notre lecture de chevet commune (avons commencé ça cet hiver, avec La Neige en deuil, de Troyat), à moi et ma TC, qui respectons la posologie: un chapitre de temps en temps (ça fait déjà plus d'un mois), et généralement elle s'endort un peu avant la fin; je recule d'une page ou deux la fois suivante et on ne s'ennuie guère dans cet univers!
Très poliment, comme Alice quand l'un ou l'autre de tous ces fous la désarçonne, je dirai mais ça na aucun sens!
*
mot du jour: enthéogène
mercredi 15 juillet 2009
L'Être en tant qu'être tout cru, à froid & keep it real, bien sagement - ou: Double-Talking Duchess Says
mardi 14 juillet 2009
Le clown au Festival Juste pourrir 1
Le clown au Festival Juste pourrir, tête luxuriante avec bourgeons légers cylindriques en alu munis d'une paille, c'est-à-dire d'un dispositif de transvasage du suc à douce alcoolémie au profit tiré des lois de la pression et de la succion, lui permettant d'éclore comme il se le doit, de se dilater la rate, quoi, de se fendre la gueule en quatre jusque tout le tour du front, s'approche (ou s'éloigne) et hennit:
«Je cherche un kiosque Info-Rire...»
HAHAAAHAHHAAAARGH
«Tabarslaië! rétorque un bénévole improvisé, tu t'es pas regardé?»
HAHAAAHAHHAAAARGH
dimanche 12 juillet 2009
...
Ceci fait suite à cela.
***NOTE: Je sais qu'il y a du code qui apparaît dans le texte si vous utilisez Internet Explorer, Très Chère et Douce m'en a avertis, moi avec Firefox tout est beau, mais ça gène pas trop et j'ai pas le goût de gosser une miette là.***
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3. « DÉBAT »? « QUERELLE »?
Avant d’entrer dans l’explication de ma « leçon inaugurale », j’aimerais rappeler ma position dans notre débat sur la place de la littérature québécoise et notre « querelle » sur celle des œuvres contemporaines quant au corpus des quatre cours de la formation commune en français langue d’enseignement. Je dis ma position, parce que, à mon sens, il s’agit là de deux aspects d’une même question. Je suis « modéré » dans les deux cas, puisque, à mon avis, l’enjeu fondamental, soit l’intérêt de l’étudiant pour l’activité à laquelle le maître de littérature veut le convier, et qui est la lecture littéraire (comme activité conjuguée du « lectant » et du « lu »), ne dépend pas tellement de la facilité ou de la proximité des textes, dans le temps ou dans l’espace culturel, que du rapport privilégié qui s’installe entre maître et élève autour des lectures proposées.
Je retiens particulièrement l’argument final de Jean-Pierre Girard, en réponse à Louis Cornellier, qui demande, voire exige – car il en va de la marge de manœuvre de l’enseignant dans un contexte difficile – que les restrictions au choix d’œuvres à enseigner soient tenues au strict minimum.
Au cours du séminaire, nous avons été confrontés au fait de l’extrême diversité non seulement des goûts littéraires, mais aussi de ce que Eco appelle les compétences du lecteur dans des classes qui, doit-on le rappeler, sont remplies à pleine capacité. Dans un tel environnement, il est bien difficile de prétendre faire une sélection d’œuvres « idéale », et il me semble que l’intérêt personnel du professeur pour les textes dont il propose la découverte fait toute la différence (Girard signale d’ailleurs que, même dans l’éventualité d’un corpus commun pour l’ensemble de la province, le professeur teintera toujours son enseignement de ses propres conceptions, selon ses propres sensibilités).
Je me permets de rappeler ici ce que j’ai identifié, dans mon essai, comme une condition à la survenue d’une première expérience de la littérature : la séduction qui s’opère soudain entre un auteur et un lecteur à travers un texte particulier, de façon fortuite pourrait-on dire, comme si l’univers avait attendu ce moment.
J’ai remarqué que, si j’avais personnellement été « accroché » par la littérature à la lecture de Ces spectres agités de Louis Hamelin à l’âge de vingt-trois ans dans mon quatrième cours de français obligatoire au cégep (ce qui m’a, longtemps après, fait privilégier la littérature et contemporaine, et québécoise dans mon idée de ce que devait être l’expérience de la littérature pour un jeune québécois), il en a été très différemment pour d’autres. Une amie, par exemple, n’a d’abord juré que par la poésie de Victor Hugo. Une autre sera entrée en littérature grâce à La Nausée de Sartre. Un ami, lui, s’est ouvert aux livres avec les contes de Perrault. Pour un autre, la clé s’est trouvée dans les poèmes de Prévert. Ma copine, elle, qui étudie le droit, lit Freud et Nietzsche et des romans d’origines très diverses, revient régulièrement à ses premières amours littéraires, soit l’œuvre « naturaliste » d’Émile Zola.
Je désire enseigner la lecture littéraire sans être dupe, certes, sans m’imaginer pouvoir éveiller, à chaque session, toute la classe à la richesse du patrimoine littéraire international, mais en gardant à l’esprit que la séduction dont j’ai parlé ne se commande pas et que, pour lui laisser la chance de se produire, il faut rester le plus ouvert possible – et très humble, même – face aux caprices de cette séduction. J’insiste donc : en-dehors de considérations d’ordre technico-pratique (comme le regroupement par genres, par époques, etc.), quant au choix du corpus, la modération s’impose, et le maître devrait pouvoir parler, s’il le désire, des œuvres qui l’ont particulièrement intéressé – et qui l’intéressent toujours!
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4. EXPLICATION, JUSTIFICATION
4.1. Postulats
Voici, tout d’abord, une liste des présupposés sur lesquels se fonde l’esprit et la lettre de ma leçon inaugurale. Il ne s’agit pas de « postulats » au sens scientifique.
- Les jeunes d’âge collégial sont vifs, ouverts d’esprit et curieux, normalement capables de gérer leurs études (avec suffisamment d’encadrement) et préfèrent disposer d’autonomie dans leur investissement intellectuel plutôt que de se faire dire quoi et comment penser.
- (Monique LaRue : il faut exiger beaucoup pour obtenir peu. Clé : la responsabilisation les étudiants.)
- « Jouer » un peu, de la part du professeur, « pousser la note », détend l’atmosphère, invite à la participation et crée une ambiance propre à conforter les plus timides.
- Pour lutter contre la tendance (naturelle?) à attendre du professeur qu’il donne les réponses, l’ambiguïté – ou du moins un certain flottement, un jeu dans les propos – appelle une attention soutenue et force l’activité intellectuelle.
- (Autrement dit :) Faire « réagir » : meilleure façon de provoquer (d’inciter à) la réflexion.
- On apprend, essentiellement, en observant et en imitant. À mon avis, le maître en lecture littéraire doit prêcher par l’exemple : lire en classe, avec emphase et lenteur (dans la mesure où il s’en sent à l’aise); éviter de donner des réponses définitives (ou encore des définitions fixes); indiquer des subtilités grammaticales (sans se substituer à la consultation d’un ouvrage de référence); douter de tout (ou presque); surprendre (étonner, déstabiliser, etc.); procéder à des distinctions entre concepts, idées, etc. de façon intuitive, en errant à l’occasion, souvent en vérifiant devant tous (montrer qu’il n’est pas infaillible)…
- Bref : l’enseignant doit MONTRER en exigeant un investissement cognitif, DÉDRAMATISER en encourageant la prise de confiance de chacun en ses propres moyens, et RESPONSABILISER quant à l’effort à fournir.
4.2. Contenu (idées, notions, conceptions)
Mine de rien, au fil de ma leçon inaugurale, j’ai insisté sur certaines notions essentielles (de façon certes arbitraire – mais il ne s’agissait pas de dresser un inventaire d’outils indispensables), d’ordre « pratique » si l’on veut, et j’ai aussi mis en scène certaines attitudes, et fait ressortir de façon spectaculaire certaines postures, qui découlent de ma vision du rôle que doit jouer le maître de littérature (tel qu’ébauché ci-haut à travers mes « postulats ») et qui illustrent la vision de l’art et de son rôle qui sous-tendra nécessairement mon enseignement.
4.2.1. Considérations pratiques
Le passage le plus flagrant, d’un point de vue didactique, est sans doute celui sur l’étymologie, où je montre que, si nous avons souvent l’intuition du sens d’un terme, nous n’avons jamais tout-à-fait raison ni tort, que même le sens étymologique peut ne pas en être la seule acception, et qu’en fin de compte il faut vérifier que le sens selon lequel nous l’employons soit valable.
Dans un autre passage, je saute très rapidement de Kundera à Cervantes, en passant par une mention de Kafka, je donne des titres précis, des dates de publication, puis je coupe en enchaînant brusquement sur l’ambiguïté d’une tournure de phrase… Dans cette séquence, tout d’abord, je met l’accent, indirectement, sur l’importance de la précision, nécessaire à ce que l’on sache bien de quoi on parle, et puis je sème l’ébauche d’une réflexion, qui pourra se poursuivre lors de séances suivantes, sur les nuances dont est porteuse la langue (l’occurrence la langue française, mais nous ne ferons pas de chauvinisme : chaque langue a ses nuances). J’insiste, de façon ludique, sur les difficultés inhérentes à cette réalité (risques de contradiction, d’incohérence, de non-sens), et aussi sur les avantages, notamment celui de n’être pas toujours obligé d’exprimer des idées avec précision ou exactitude. Ces avantages ouvrent sur une grande richesse de l’art littéraire : sa faculté de traiter de questions délicates, d’explorer des problématiques complexes sans que l’on soit tenu de prétendre trouver des solutions finales. Ainsi, on pourra faire ou lire de la poésie, des contes moraux, mais aussi des romans ou nouvelles aux situations complètements démentes, illogiques ou improbables, qui ne seront pas insensés pour autant…
4.2.2. Un peu d’enseignement moral
Il y a sans contredit un côté « enseignement moral » à la teneur de ma leçon inaugurale, sensible à travers des problèmes posés et volontairement laissés en suspens, des questions impromptues, des confrontations de valeurs exposées puis immédiatement détendues, laissées à l’appréciation individuelle. Il s’agit d’inciter les étudiants à questionner leurs propres conceptions de la vie et de la société dans laquelle ils prennent place. Exemples :
- Au moyen d’un refrain qui revient sans cesse (« Je me divertis! »), je demande si le souci du divertissement, omniprésent semble-t-il, est compatible avec le souci du sérieux.
- Je mets en garde contre la qualité reçue de certaines idées (Michael Jackson = monstre?).
- Je souligne la difficulté morale de certains problèmes (Hitler = monstre?).
- J’avance l’idée que le sens de la vie peut être quelque chose de fondamentalement intime.
- J’insinue que, l’artiste mettant de son intimité dans son œuvre, celle-ci est porteuse d’une vision du monde avec laquelle on peut entrer en communication…
4.2.3. Ma vision de l’art et de la littérature
Le propos central, le fil directeur de mon exposé est celui de l’importance de la littérature. Au moyen d’un énoncé de départ abracadabrant, « la littérature (et l’art) ne sert à rien », je construis, de façon volontairement lâche, un raisonnement qui me mène à conclure que l’art, surtout littéraire, est essentiel, vital, intrinsèque à notre condition humaine.
Je me base sur deux idées : premièrement, que l’expression artistique (au sens où nous entendons intuitivement cet adjectif), à l’origine, est un geste purement gratuit, sans utilité immédiate – c’est là une hypothèse, mais une hypothèse qui se vaut; en second lieu, que le récit est une structure fondamentale de la psyché humaine. Je n’ai pas vérifié cette hypothèse-ci, c’est Louise Krauth qui a glissé cette affirmation lors d’une discussion impromptue, je l’ai saisie au vol puisqu’elle est en profond accord avec mes conceptions, et je suis certain que plus d’un spécialiste la défend recherches à l’appui.
Insensiblement, j’amalgame ces deux idées : l’expression (qui est un phénomène gratuit), dès lors qu’elle se déploie au moyen d’un système symbolique, prend la forme d’un récit, ce qui m’amène à dire (ou à essayer de dire?) que l’arbitraire de la vision intime à l’œuvre dans un texte littéraire est à la fois naturel – aussi vieux que le besoin de s’exprimer, et donc indissociable de notre qualité d’êtres humains – et totalement gratuit, donc essentiel.
mardi 7 juillet 2009
Demande à un vieux singe, encore, il te le dira bien
«[...] Qui va savoir encore lire dans 50 ans?
Je le sens à travers cette chronique depuis quelques années déjà: vous ne lisez plus qu'utile. Quand je vous donne à penser - n'exagérons rien: quand j'avance une opinion, quand je commente l'actualité, bref quand j'écris utile de votre point de vue -, vous êtes là, nombreux à réagir. Mais que je vous donne seulement à lire, et vous voilà aussitôt circonspects. Que je vous donne un texte et vous êtes là à le retourner comme un objet tombé de la lune...
Le web est en train d'emporter ce qu'il vous restait de capacité à lire, pas seulement en profondeur (1) mais pire, en limitant votre rapport au langage dans ce qu'il a de «pratique» pour communiquer.
Bouclons la boucle. J'avais 14 ans et demi, pensionnaire dans ce centre d'apprentissage où j'apprenais la typographie. La nuit parfois, j'allais lire dans les toilettes; un pion me débusquait, confisquait mon livre; j'avais rendez-vous le lendemain chez le proviseur qui lisait le titre en détachant exagérément les mots: Le voyage au bout de la nuit, Louis-Ferdinand Céline. Vous êtes fier de vous?
Je l'étais. Mon «premier» texte. Depuis que je savais lire, je n'avais cessé de lire des histoires et encore des histoires avec cette hâte de tourner la page pour arriver au chapitre suivant. Avec ce livre là, ma lecture ne me portait plus en avant: je prenais plaisir au texte beaucoup plus qu'à l'histoire qu'il racontait, je venais de découvrir que le langage ne servait pas qu'à dire, mais à jouir aussi, je venais de découvrir que le texte est d'abord textures.
Inquiet? Oui, mais pas de la disparition des journaux, ni du livre, ni du papier. Pas inquiet une seconde de la disparition du texte, même si je reste surpris de l'énigmatique survivance de l'écrit jusqu'ici.
Inquiet, oui. Qu'il n'y ait plus personne pour lire les textes quel que soit leur support, papier ou web.
(1) à lire absolument si ce n'est déjà fait : Is Google Making Us Stupid?, un article de la revue américaine The Atlantic, numéro juillet-août 2008, par Nicholas Carr.»
lundi 6 juillet 2009
Sweet nothing
L'ambiance de la ruelle, après souper, quand il a plu
...sous un soleil traînant lentement, absent, réverbéré par les quelques nuages
...vibrant chuchotement des oranges et des bleus qui discutent, discrètement
le bout de lard...
De temps en temps, un éclat; et le tintements d'ustensiles et de vaisselle -
Sweet easy take it baby
fais-donc jouer du ABBA: "Dancing Queen" là,
why not...
Je sursaute; drôle d'image-miroir: un étage plus bas, l'œil vague tout comme moi, tout comme le nerf vague*, un dude idem tient cigarette et bras debout devant sa balustrade
...Sweet fuck all . Peace, mon ami
(*trop le nom de band parfait ça: Vague Nerve / Nerf vague... - non, en anglais c'est vagus nerve pour les docteurs)
+
ça tombe bien
samedi 4 juillet 2009
Qu'est-ce tu veux...
C’est moi, les oiseaux.
Sérieux! M’ont capturé, m’ont emmené dans des grands studios souterrains pis pendant deux semaines m’ont forcé à enregistrer les bruits, parce que je les fais bien.
Mettent ça dedans, c’est ça qu’y a dedans les oiseaux.
Je suis surveillé.
C’est dangereux pour eux, ça.
Peur que j’en parle…
*
Qu’est-ce tu veux, hein? Quand on veut pas y penser…
Là je te vise pas, Éric, on ira prendre une tasse, tu me jaseras ça, là j’ai un problème à régler avec les aveugles – c’est un trip entre moi pis ma conscience, après je pourrai pas dire que j’ai rien dit.
Alors voici, et mettons de côté ceux qui s’en tapent : d’un côté vous avez les Contre qui ignorent, qui ne peuvent saisir l’étendue des possibilités parce qu’ils ne comprennent pas; ils se font un plaisir de crier au feu. Sont pas beaucoup, parce que c’est pas glamour du tout de crier au feu. De l’autre, les Pour qui savent, qui sont à la fine pointe et qui se font une vertu de calmer le jeu pour aider l’avenir à advenir. Entre les deux – mais ce rôle est aussi assumé par les Pour les plus soucieux du consensus – on a les éternels philosophes du gros bon sens qui se contentent de rappeler qu’avec de nouvelles possibilités viennent toujours de nouveaux risques, faut juste pas l’oublier, et heureusement que, de toute façon, des organismes de défense des droits existent et veillent! Cette position médiane est la plus courante. Façon la plus simple d’avoir l’air alerte et perspicace. Mais dans la mêlée générale des Pour, des Contre et des nuées d’Opportunistes, le vrai problème reste occulté. Il n’y a, peut-être, qu’une poignée d’intellos universels français, comme seule la France en fait d’aussi chiants, pour sortir un livre critique de l’époque de temps en temps, qu’à peu près seuls d’autres intellos sauce universelle se forcent à lire, parce que ça tombe des mains comme c’est pas permis ces intellectuelages-là.
Dans tout ce fouillis, on passe à côté de la question. La faute est humaine, trop humaine, parce que l’incertitude ne nourrit pas son Homme. Nous voulons pouvoir poser le pied devant l’autre et, s’il faut danser, que ce soit sur du plat et bien ferme. La vraie question, elle est parfois posée mais les Pour l’entendent tout de travers – précisément parce qu’elle met leur pouvoir en cause.
La question porte sur leur imprudence. J’ai dit : se font une vertu de calmer le jeu, et parfois jouent le gros bon sens; il y a autre chose : quand les Pour pondent des textes où ils s’efforcent de dédramatiser, c’est aussi la part dubitative et inquiète pour l’avenir d’eux-mêmes qu’ils apaisent, la part qui leur chuchote : tu touches ta paye des mains du diable.
Les mains du diable, c’est celles qui se frottent à voir l’humanité faire ce qu’elle ne se voit pas faire. L’humanité, dans sa multiplicité, croit aller de l’avant, grimper, contourner les obstacles, se relever d’échecs, honorer la mémoire des disparus, mais toute cette multitude en est une de décomposition infinitésimale en milliards de milliards de réflexions croisées, dédoublées, inversées, recomposées puis démultipliées de nouveau, en circuit fermé, à l’infini d’une même scène, visible dans son entièreté d’un unique point auquel notre diable seul détient l’accès, et cette scène, grandiose, vertigineuse de gigantisme et en même temps d’unité, de simplicité et de vibrante netteté, est celle d’une colonie de lemmings se précipitant du haut d’une falaise dans la mer sans discontinuer.
Au sein de cette colonie, les plus vieux spécimens hésitent, essaient parfois de ralentir les autres, sans succès; les plus jeunes, qui, trop longtemps, trouvent-ils, ont été freinés dans leur élan par les vieux, trouvent au contraire que ça ne va pas assez vite et n’ont rien de plus urgent à faire que de prendre des positions de meneurs avec jouissance maximale de leurs forces vitales à leur zénith. Entre les deux, les troupeaux suivent, confus et gauches, qui rebondissent, constamment bousculés, entre la fureur inexpérimentée d’un côté et la prudence rébarbative de l’autre. De temps à autres, un lemming curieux et agile qui fait son chemin sans prendre parti et en suivant, absorbé, de façon assez harmonieuse le mouvement d’ensemble dans ses parages immédiats, fait hum! hum! Excusez! et là c’est événementiel, on l’écoute : Excusez mais… – mais déjà ça intéresse moins, et pouet! pour qui il se prend? cet intriguant qui s’efforce, au risque de passer pour prétentieux, de critiquer les principes de la Grande Marche, ce sera un prophète, ou un oiseau de malheur qu’on condamnera pour crime sorcier de démoralisation sociale… ce qui revient, à la fin, au même.
jeudi 2 juillet 2009
Opinion politique no 1
Go Ranger, divise pour mieux régner! Fends l'âme!
La souveraineté ne se fera jamais.
Et même si? Combien de décennies encore on va gaspiller complètement, outrageusement, du temps, de l'énergie, de l'argent, le potentiel pulvérisé en milliers de particules désintéressées, pour aboutir, frustrés, maniaques, bullshiteux, à des lendemains d'incomplète victoire, déprimés post-partum quinze ans, les structures mentales, politiques et médiatiques (ah! ces choses si souples) inadaptées aux paradigmes imprévisibles qui surgiront du vide, à supposer que tout se passe bien?
Continuer à militer pour un Québec indépendant est presque criminel. Gaspillage éhonté de puissance morale.
C'est à mon sens aussi irresponsable que de reporter indéfiniment, par exemple, quand on conduit une grosse cylindrée et qu'on a tant de moyens que le prix de l'essence n'y fait rien, le passage, sinon au «cocktail» de moyens de transport, ou encore à l'hybride, à l'électrique, au moins à un petit char pépère...
J'aimerais vraiment, vraiment ça que le Bloc et le PQ se sabordent. Le PQ d'abord, et le Bloc parce que le PQ d'abord. À la berlue des rêveurs séparatistes (pas indépendantistes, séparatistes, et je pèse mon mot: montrez-moi un indépendantiste au PQ et je vous montrerai une rare grande personne humaine; le Québec, ou le Québec du PQ, même chose, est fortement codépendant... songez-y, la marche est salement haute), le PLQ a tout le beau jeu de répondre avec l'inobligation morale de répondre (est-ce qu'on discute avec les déraisonnables?) par l'arrogance et par l'incompétence que favorise la sécurité de sa place au pouvoir.
Qu'on se rallie donc à QS en masse, l'ayant au surplus déchargé de répondre à l'Osstidquostion.
On dira ce qu'on voudra, que ci, que ça (hihi je vous attends, venez m'instruire!) mais c'est ça qui est ça pis qu'on ne rie pas, qu'on ne rie surtout pas de ce (déjà) vieil argument (qui tient de plus en plus de jour en jour): il y a beaucoup plus urgent... il y a urgentissime.
Il y a qu'il faut incontinent nous entendre entre Terriens, sous peine.
Les souverainistes regardent la réalité «par le mauvais bout de la lorgnette». Par la mauvaise extrémité. Ils commencent le livre à la dernière page et s'entêtent à lire, mot pour mot, tout à l'envers. On s'y perd, vous savez. On s'y est toujours monumentalement perdus. On s'en perd.
*
Question : Comment un groupe social peut-il être viable si la majorité des individus qui le composent en sont désolidaires par accablement? La réponse est écrite sur un petit papier collé loin loin loin, sur l'autre bout de la lorgnette.
Loue-le-poète! / Adopt-a-poem!
ou : Poet-o-matic!
ou : Instant Poetry! Add Yourself In & Freak Out!
ou : Consultez! Je suis un vecteur de la Muse astrale, laissez l'Esprit vous toucher!
Je me cherche une job pour ce qui reste de l'été, je veux pas me dégoûter de l'existence, je suis prêt à livrer pour le dépanneur, et subtilement j'essaie de trouver un moyen de faire du cash sans suer. J'ai trouvé.
Si je dépasse pas vingt-cinq mots l'unité, je peux facilement pondre une série de beaux poèmes, des mini-poèmes cute (ou des aphorismes, mais légers et positifs) avec une petite twist, juste un double effet chaque, genre, juste ce qu'il faut pour dépasser le convenu et l'anecdotique. En français et en anglais. Mettons que je m'en fabrique une vingtaine. Je les note en petit petit petit (ou les imprime en taille 5 points) et je les apprends par coeur quand même, en tout cas ça me sert de filet de sécurité, et je me fais saltimbanque pour touristes dans le Vieux, yeah! Je propose un petit poème original, unique au monde, que m'inspirera sur-le-champ Madame ou Monsieur, qui le voudra, en passant. Au lieu d'une boule de cristal, je présente mon visage au ciel en flattant du bout d'une longue plume un petit coin de mon front. Si une idée m'est venue, je sors quelque chose de véritablement original (ou en tout cas trouvé on the spot). Sinon, j'ai ma collection.
5$ 10$ ?
Non... Encore plus bohème: Pay what you please! Sunshine is free! Payez suivant votre bon coeur! L'oiseau, lui, chante gratuit!
Aurais-je honte? - Certainement pas!
Juste un après-midi, au moins, faut que j'essaie ça...
Déménagements
Allé aider hier Sophie à déménager; Rioux aussi y était, avec une cousine de Sophie (lock-outée du JdM, travaille à RueFrontenac.com) et son chum, éducateur spécialisé. Je me rapproche de mon idéal par association! Mais non, c'est pas vrai. J'aime aussi les parfaits poètes. J'en ai entendu des bonnes sur la réalité des profs au cégep. Peut-être pas généralisable aux cégeps, et en tout cas il n'y a qu'un Rioux au monde pour être si dangereux auprès de la jeunesse québécoise(!), mais là où Sophie et lui travaillent - tenez-vous bien - les tentatives de pots-de-vin substantiels de la part d'étudiants qui coulent sont fréquents, et on ne parle pas d'un collège à «clientèle» favorisée comme Brébeuf ou Bois-de-Boulogne (favorisée étant ici entendu sous le rapport économique, ce qui est peut-être inversement proportionnel à la favorisation en termes de qualité citoyenne). Mille dollars même ne doivent pas constituer une somme exceptionnelle, puisque Rioux a déjà dû s'en essuyer la patte d'un graisseux qui souhaitait sa lubrification, et ça fait, quoi, un an qu'il y est?
Le système d'éducation du Québec n'est pas celui qu'on pense. Les écoles, c'est une façade. Ce n'est plus qu'un pétage de bretelles ministériel, qu'une population de plus en plus crâneuse méprise comme l'adolescent révolté seul peut mépriser les représentants, même gentils et dévoués, d'un ordre social qu'il sent condamné à l'agonie. Les écoles sont autant une façade que le sont les campagnes de pub successives et de plus en plus infantilisantes de la part de NOTRE gouvernement - incapable de percevoir son immense erreur - qui promeuvent, à coups de slogans, de capsules, d'images-choc - autant de fenêtres pop-up dans l'extérieur urbain, virtuel - les bons sentiments, la conduite courtoise et autres inepties dont l'effet ne peut qu'empirer la déresponsabilisation générale. Fondues et confondues dans la pub commerciale, ces campagnes sont de véritables actes manqués. Comme le sont (devenues?) les institutions d'enseignement primaire et secondaire (et comme les cégeps et universités sont graduellement menacés de l'être). Les gestionnaires qui ne connaissent rien à ce qu'ils gèrent foutent le bordel partout dans la place (et nous laissons faire ça... Le gouvernement, c'est pas sorcier, c'est notre outil d'organisation à grande échelle, et nous en laissons faire un dégoûtant dépotoir moral et intellectuel!). Le système d'éducation du Québec, le vrai, celui qui est efficace, puisqu'il parvient à ses fins, c'est celui qui prépare le surconsommateur de demain, c'est-à-dire l'ignorant crasse, l'orgueilleux simplet, l'individualiste féroce, le malheureux désespérément confus qui ne comprendra pas pourquoi, si tout s'achète et que t'as juste à prendre ta part comme tu l'entends, la vie est tellement une chienne.
*
On bougeait ici aussi, hier. En avant-midi, nos Bougons décampaient. Très Chère et moi les appelions nous Bougons, des sales pas croyables qui savent pas vivre. En fait, les Bougons de la série télé sont pas mal moins pathétiques. Une mère (une mono, on dit?) avec ses deux filles et un petit chien, la plus exterminable des races de chiens, un Shih Tzu (ou quelque chose qui y ressemble: je le regardais pas, ça me lève quasiment le coeur). Le dernier mois, un gros laid chauve à casquette, amoureux de madame sans doute, sortait le matin en se grattant le cul, camisole et culottes sport lustrées genre FuBu aux fesses - l'uniforme typique du client de pawn-shop - pour aller faire chier son gros chien à lui dans le beau parc. L'hiver, le petit Shih Tzu, lui, c'est sur le banc de neige direct au bas des marches à l'entrée qu'on le faisait pisser. Mais tout ça je m'en câlice pas mal. La première fois (et la seule, à bien y penser) que la bonne femme m'a dit autre chose qu'un bonjour absent, ça a été pour une tirade garrochée contre son sort du fait que les nouveaux proprios, qui ont acheté l'immeuble en février, avaient usé de leur droit de prendre son appartement en juillet, comme si j'étais le commis au département des plaintes. Des symptômes, encore des symptômes.
Je n'ai vu que des symptômes de cette famille d'inadaptés. Les pires se manifestaient via les deux filles. Onze ans, je dirais, et quatorze-quinze, peut-être. L'hiver, ça se voyait moins, mais depuis le printemps, le rose avenir il est souillé ça peut se craindre. La mère ne semble veiller à rien du tout. Que les deux petites jeunes ne saluent jamais, jamais, quand elles nous croisent, sachant très bien qu'on ne mord pas et que nous sommes voisins, est un indice frappant. Pour la plus jeune, un peu trop jeune, pas grave encore, mais la plus vieille... Elle sort rejoindre sa gang, presque juste des gars, et de la graine de pimp les amis, en veux-tu en v'là, sans préjugé raciste, tu vois comment un jeune homme en devenir dans ces meutes-là prévoit faire de l'argent dans 'vie. Des petits sacrament qui s'attroupent sur le trottoir en face, te dévisagent sans rien dire quand tu passes à côté pour rentrer dans ton appartement (...et ça laisse des chochonneries partout sur le terrain, le parterre est une grande poubelle de McDonald's - trois fois depuis le dégel j'ai rempli un petit sac-poubelle de déchets, une main dans un gant de vaisselle, arpentant méthodiquement le gazon jusque devant leur fenêtre de sous-sol). Tard le soir, c'est un petit char monté, les subs pompant la nuit, qui s'arrête et klaxonne, puis la porte claque en bas, devine qui sort bambocher? Demande-z-i pas si elle a fait ses devoirs. Sacrament, c'est Saint-Michel, ici, grosse torche! Lève ton cul de devant ta TV pis occupe-toi de tes filles!
Nos Bougons sont partis en laissant une montagne - une montagne - de rebuts en tout genre sur le terrain. Parmi lesquels un ours en peluche, propre, bonne condition, tout rose, avec une boucle au cou. Plus tard, celle qui l'a abandonné là va s'en souvenir, avec tristesse, pour sûr, peu importe où elle en sera.
*
Après midi, les nouveaux propriétaires emménageaient. Ne semblent connaître aucune langue sauf leur vietnamien d'origine. C'est leur fille qui s'occupe des relations publiques; elle se débrouille en français. J'ai déjà mentionné la jungle qui pousse en face et en arrière. Ça me dérange pas, je trouve ça plutôt funky, au milieu des pelouses nettement trimmées de part et d'autre. En tout cas, avec des proprios asiatiques dans le bloc, ça risque pas de chômer côté entretien, j'imagine. Très Chère m'a appelé en riant: elle venait de voir par la fenêtre la fille du couple pointer le gazon en pouffant pendant qu'ils débarquaient. The summer is magic / you've got to imagine / the summer is magic / ooh oh-oh
mercredi 1 juillet 2009
Récit. Récit. Récit.
Du côté de l'approche psychanalytique des textes littéraires, dont je suis loin d'être friand mais qui fait sa part pour éclairer le phénomène de la lecture littéraire (et du sens de la vie, c'est ma conviction propre, pour ne pas aller jusqu'à dire «thèse»), voyons comme ça concorde toujours - en songeant qu'ici «roman familial» équivaut assez, globalement, à ce que j'entends par récit (ou ensemble non nécessairement cohérent de récits) personnel et intime de soi:La nature particulière de la foi que tout homme accorde à son roman familial est la seule explication acceptable de l'illusion romanesque [...]
(Marthe Robert, Récit des origines et origines du récit, Gallimard, 1972, p. 65, citée par V. Jouve dans La Lecture, Hachette, coll. «Contours littéraires», 1993, p. 70.)
L'illusion romanesque, ici, est un phénomène au fondement même de l'attrait pour la lecture d'œuvres de fiction.
mardi 30 juin 2009
solovox - 2 de 2 (vieux motard...)
Excusez, c'est pas pour me vanter que je raconte tout ça (bon, oui, juste un peu), 'toute façon si ça vous fait chier it's a beautiful day, et je prétends qu'il y a là quelque chose pour ceux qui s'intéressent à la genèse artistique (ce qui n'est pas, attention, un remake de la Bible - Épisode I façon vaudeville).
Je connaissais pas grand chose de Bret Easton Ellis (Figchens/l'Impératrice m'en avait parlé un peu une fois) quand je suis tombé, un soir, chez ma mère allée se coucher, par hasard, sur American Psycho, à la télé. Ça m'a exalté comme le jazzman qui tient son it exalte Dean Moriarty - oui! oui! c'est ça! tiens-le! oui! tu l'as! - et Dean est déjà exalté même calme, en dormant même, imaginez - dans la première moitié de On the Road, en tout cas.
Un jour de la fin avril, en pause dîner, j'ai dérivé, à Maisonneuve, jusqu'à la librairie coop. Depuis février j'avais remarqué les photocopies de la couverture à l'infâmeux huitième étage, avec Mavrikakis en gros plan, l'air sur le point de mordre où de dire: «C'est vraiment dégoûtant j'te jure.» (Ou plutôt: «Il faut soutenir un pessimisme forcené!») Le deuxième numéro d'OVNI était là, debout sur un îlot-présentoir; je l'ai feuilleté deux minutes et décidé de revenir l'acheter après ma prochaine paye, mais entretemps j'ai retenu des petits bouts de l'entrevue avec Catherine: tout juste survolée, ses sentences et conclusions farouches, orphelines de toute complaisance, de tout confort intellectuel m'ont sauté à la tête, surtout: «Il y a de la pensée dans le cri et une pensée qui tient le coup et qui pour moi ne brise pas mes croyances mais au contraire leur permet d'exister.» - Ça c'est le cri de la démence quand le constat que tu dresses du monde et de son incurie t'ordonne: «Sois dément! tu es dément!» Le genre d'acte, trouve Mavrikakis, que la société, comme un seul être psychotique, refoule quand il se produit: non, non! personne n'a crié... Il n'y a jamais eu de raison de crier donc personne n'a pu crier, vous savez!
Sans que je m'en aperçoive, après, la composition s'est résolue. Le texte livré à Solovox faisait partie d'un ensemble dont j'avais lu une sélection plus vaste au premier lancement de Ta Mère. Là aussi, j'avais joué. Je ne comprends pas qu'un poète vétéran des tours au micro ne sache pas dire ses textes et endorme son public, pourtant j'ai l'impression que c'est plutôt la norme... Un texte à faire entendre est sensiblement différent du même texte à laisser lire (surtout en prose, je dirais). Le lecteur accorde un caractère unique au narrateur, suivant l'impression qu'il en a, tandis que lire à voix haute impose à l'auditoire l'impression qu'a l'auteur de son propre narrateur: il en intensifie le caractère, qu'il soit fort ou faible, selon son goût personnel. Choisir et arranger un texte ne constitue que la moitié de la préparation: le plus difficile, peut-être, est de trouver comment le faire passer. L'avoir écrit ne garantit en rien qu'on sache l'interpréter avec justesse. Au lancement de Ta Mère, j'avais une tuque enfoncée jusqu'aux joues, un chandail avec zip du plexus au col grand ouvert sur ma poitrine nue et modérément poilue, une petite flasque de brandy dans une poche arrière, accessoire que je sortais une fois pour une rasade ostentatoire entre deux paragraphes, l'air débile et irrévérencieux... mais ça ne collait pas vraiment avec le personnage d'Emmanuel Danger textuel, qui était beaucoup plus troublant que ça dans ses grosses années - or Le roman de mon été, ça se passait justement à l'apogée de sa virulente incongruité.
Dans le film American Psycho, une des scènes qui m'ont le plus marqué est celle du meurtre de Paul Owen, le collègue envié, haï. Christian Bale, qui joue Patrick Bateman, y est franchement étonnant (sa performance est d'ailleurs excellente dans tout le film). Bateman a pensé son coup depuis longtemps. Il est sorti avec Paul et s'est arrangé pour le faire boire pas mal tout en restant sobre. Il a préparé d'avance l'appartement qui lui sert de QG des massacres, et les y voilà, fin de soirée, pour un rafraîchissement, une bouffe, peu importe; l'imminente victime s'installe sur un divan, le dos tourné, décontracté, pendant que Bateman s'occupe de l'atmosphère, digressant deux bonnes minutes à propos de son groupe favori, Huey Lewis and the News, dont il fait en même temps jouer un succès populaire dans le tapis, de plus en plus agité, l'oeil fou, courant, saccadé, d'un bout à l'autre du loft. Paul s'en tape les cuisses, hilare. Derrière lui, Bateman s'éclipse. Paul s'avise soudain, mâchant ses mots, hébété, du fait que le mobilier tout entier est recouvert de housses transparentes (protection, normalement, contre la poussière lors de rénovations), et en fait la remarque à Bateman qui le coupe en surgissant de l'espace-cuisine: «You're completely right, Paul!» (approx.), puis disparaît à nouveau, saisit une hache cachée - style défonce-portes pour pompiers (ou bûches à fendre) - et pendant que l'autre s'est remis à parler, court à lui, hurle: «HEY! PAUL!» avec un léger défaillement dans la voix et juste comme ce dernier se retourne, lui défonce (vraisemblablement) la tête - à moins que le premier coup ne se soit plutôt planté dans le dos (en tout cas ça craque et pisse)... dans le film on ne sait pas, on ne voit que le sang qui éclabousse partout la blancheur clinique du décor; c'est de toute beauté.
Voilà l'attitude d'Emmanuel Danger: Christian Bale quand il crie HEY! PAUL!
Que ça paraît simple quand on a trouvé: il fallait que je crie mon texte, comme un forcené sans véritable motif, avec un mélange instable de désespoir et d'enthousiasme explosif. Grimacer en grognant à tue-tête au début d'une phrase qui se termine aussitôt sur l'éclat d'un rire tragique (mais non tragicomique!) avec mine angélique, ingénu. Got it.
J'ai trimmé le texte, rafraîchi les termes ici et là, en fait surtout pour le rythme et la sonorité. Ma très chère et douce a voulu voir ce que ça donnait, dubitative il faut dire. Je lui en ai fait un bout dans le salon. La rondeur de son regard pâle m'a interrompu. «Nooon! ...Ça me fait peur...
- Yess! C'est parfait.»
Mais je me suis un peu ravisé: tenter de soutenir ce jeu pendant dix minutes aurait été risqué: en cas de perte d'assurance en plein milieu d'époumonage, ça allait se dégonfler comme une balloune à flatulences factices et je n'aurais plus eu qu'à citer Mallarmé mourant: «Croyez-moi, c'eût été beau!» (Sans compter l'attrait esthétique douteux de la chose pour le public.) Fallait que je change drastiquement de ton après le premier tiers environ.
Sur place, j'ai continué à planifier l'affaire, en tenant compte de la disposition des lieux, des accessoires (hum! une chaise sur un côté de la petite scène...), de l'ambiance aussi - qui était idéale. Un micro branché, sur son pied... mais je pouvais facilement crier à côté, unplugged, raw power, jusque dans le fond des toilettes (L'Escalier, c'est pas gigantesque). J'annotais en vitesse mon texte imprimé. J'indique ici les endroits où j'arrête brusquement le criage et l'agitation, ainsi que ceux où ça reprend, par [on mic] et [off mic], respectivement: quand j'arrête de crier, je saisis le micro, m'assois sur la chaise et prends le ton et la tenue d'un invité de talk-show jeunesse, genre; d'autres fois je reste debout, je fais le stand-up qui aborde un sujet grave. À [off mic], c'est folie furieuse impromptue. Bien sûr, les bouts calmes au micro le furent finalement de façon assez relative: j'étais essoufflé, la face rouge, le shake... encore plus magique.
Juste avant de commencer, j'ai averti et rassuré l'auditoire, ma foi, d'âge moyen assez mûr merci: Si ça vous tape sur les nerfs au début, inquiétez-vous pas, je reste pas sur le même ton tout le long, ça va bien se passer...
Quant au problème du texte imprimé, qui se posait forcément dans ce cas-là (parce que c'est E. Danger, le personnage, lui-même, sur la scène: le voir lire son texte est alors une incohérence qui saute aux yeux, ça fucke toute l'illusion!), j'avais décidé de tenir mes feuilles toujours de la même façon, de la main gauche, au bout d'un bras raide et immobile par rapport au corps du début à la fin, de façon à en faire oublier un peu la présence tout en pouvant m'y référer (j'avais imprimé en 16 points exprès), et aussi pour signifier, par contraste visible, que ces feuilles ne faisaient pas partie de la représentation... J'ai pas très bien réussi à empêcher mon bras de bouger... Prochaine fois je me donnerai une chance d'apprendre par coeur, pour voir.
C'est l'heure. En-dessous d'un chandail kangourou, j'avais un petit t-shirt, trop petit, trop serré, bleu marin avec un gros symbole de l'anarchie blanc sur le devant. Tourné de dos, j'ai enlevé le gros chandail et soufflé, pompé de l'air, me suis mis en calvaire noir, bu une gorgée d'eau, posé la bouteille, fait face, et jumpé sur le gros nerf:
LE ROMAN DE MON ÉTÉ (FRAGMENTS)
Que ceux qui croient qu'il y a une autorité morale supérieure se tirent une balle! Que ceux qui pensent que je suis fâché se mettent qq chose à qq part où ça rentre pas bien… avant de se tirer une balle!
Je peux! Je ne plus que peux! J’ai pas pu pendant si longtemps que je pope! Mes dattes sont achetées, mes lettres sont cachetées, et mes ballerines… sont ballottées!
Quand on PEUT! …on veut : les armées de répéteurs qui répètent tout ce qu’on voudra s'y trompent! Le contraire n'est pas vrai! Le contraire n’est PAS vrai! À cause de la police, des instruments de torture et des affres de l'agonie, vouloir, ce n'est pas pouvoir.
Les options!... C'est pouvoir, qui est vouloir! Je dois tout expliquer!!!
Mon système est splendide. Je ne veux que ce que je peux. Je veux… tout ce que je peux! – Je roule en vélocifère, je peux faire une peur bleue à un conducteur qui m'a claque-sonné!? Je le veux! Je le fais! – J'attends en file à la caisse, je peux lui crier très fort ce qu'elle est dans l'oreille à la vieille qui chiale parce que le caissier débute?! Je le veux! Je le fais!
[en faisant non de la tête :] JE FAIS TOUT CE QUE JE PEUX!!!!
...NON! Je fais pas tout ce que je peux! Faudrait que je fasse TROP de choses en même temps! Impensable! Je peux le faire… seulement si j'y pense! Et, en ce moment, NON! Je peux dire que… Non! : JE. NE. PENSE. PAS. À. TOUT. EN. MÊME. TEMPS !!!
Mais. …Penses-y… Peux-le… Veux-le… et EXÉCUTION! C'est le tribunal des tâches, et c'est toujours MOI le bourreau.
Ça fait à peine deux jours que je peux à ce point-là – …fallait que j'y pense!... – et! …le service de police de Saint-Eustache a déjà mon adresse! Il le peut depuis que j'ai pu casser la guitare de mon voisin! Joue mais joue égal!!! Si ta toune est en 4/4, alors ELLE LE VEUT!!! ELLE DOIT L’ÊTRE!!! Des deux-tiers de temps, en rythmique, ça n'existe pas! Je suis pas capable!
…J’ai pas pu l'empêcher de pouvoir appeler le serre-vis… J'ai pas pensé à le CASSER, LUI… – J'y pense!… Je le peux! Je le veux!!! JE LE FAIS!!!
… … …
PAH! J’Y PENSE MÊME PAS!!!!!!
*
[on mic] Pour le divertissement, je suis entré dans un groupe de musique : God’s Asshole Spun Gold. Tonitruant. On se prend pas pour rien. Et le verbe du nom n'a rien à voir de près ni de loin avec la décourageante aberration qu'on appelle DEEJAYING.
[off mic] J'avais répondu à une annonce! J'avais UNE condition : que personne essaie de faire copain-copain, et ONE-TWO-THREE-FOUR! Ils ont accepté, su mes habiletés! Des gars bien, au demeurant!... – Je joue À LA BATTERIE. Que veux dire?! Je SOUMETS de la batt… – je ME SOUMETS à la batterie. Dans la batterie, on FRRRAPPE, FRRRAPPE, FRRRA-PA-PAP’. PA TSS, TSS… et TAPE TAPE TAPE TAPE TAPE, ORRROUM BOUM BOUM BOUM – POW! KSHSHSHSHSHSH… – on n'épargne PAS une seconde.
Je choisis la batterie parce qu'on tape dessus. C’est ça qui compte. Dans la vie, on TAPE TAPE TAPE!!!!
I’ont été surpris, mes trois tordeurs de cordes! Speakers spankers! Pendant trente secondes je frappais à côté des… affaires… – mais je me suis ajusté. C'est que…
[on mic] …j'avais jamais joué sur une vraie batterie. Toujours tapé sur mes cuisses, par contre, en faisant sautiller mes pieds… sur d'imaginaires pédales! Je me suis beaucoup pratiqué en regardant des clips de Metallica…
[off mic] …JE ROULE EN SHOW-BUSINESS!!!!!
[on mic] J'y pense… je vais présenter un peu mon groupe. Je connais pas leurs noms : je les ai tout simplement pas appris! – …de toute façon, dans un groupe de punk, tout ce que t’as besoin de dire c'est : « Hey ! » pour interpeller un tel ou un tel. « Hey ! Monte don’ ton son ! ».
Le spécialisé en chant de gueule ressemble à James Dean, mais avec les cheveux plus longs et les oreilles tatouées en noir complètement. I’ fait peur. I’a l'air d'un squelette. I’ fait pas de paroles d’amour, même pas de proche, et ses chansons sont… entre le premier degré et la sonnerie d’alarme du feu.
Le guitariste… i’ ressemble à un Prince qui s'aimerait pas, je dirais. Pas d'autres caractéristiques, à part un piercing en forme d'anneau de Moëbius dans le nez. J’ai pas voulu lui en demander la signification.
Le bassiste, lui, i’ ressemble… à un chimiste. I’ est malade.
Et voilà.
[off mic] Une chose : PERSONNE a insisté pour jouer aux amis. Une autre : c'est étrange d'être la seule personne heureuse – et saine – au sein d'une organisation. Je sais pas! Je pense que je vais attendre un peu avant de me mutiler pour prouver que je fais partie du cortège!!!
On joue au Café Chaos [prononcé à l’anglaise] dans trois semaines. J’ai le goût de signer des posters!!! En fait, c’est comme si j’y étais!
*
[ce dernier passage commence au micro assez tranquillement, puis le volume et le débit augmentent; je conclus sur un cri presque primal en renversant la tête, les poings levés et bras écartés comme Tarzan qui va se frapper le torse]
Ça s'en vient, le spectacle! Notre chanteur, qui compose tout, a un concept… des anges! Dans toutes les chansons, le même refrain revient, dans des gammes différentes, transposé, pervers, diaboliquement inséré. Paraît que ça crée une vraie transe. Une autre toune commence, les mains supplient et louent, la broue revole partout, les bouteilles pètent, les murs et le plafond dansent, étirés, mous, suintants, le tempo s'aggrave, les accords progressent jusqu'au climax et soudain, le refrain vient, ça fait comme une incantation noire, les corps se cambrent, les yeux se révulsent et les arcanes luisent!!!!!
* * * * *
Je dirais que ça a fait pas mal d'effet - allons, pas de fausse modestie! - bon d'accord, ça a kické des sérieux culs. Tout le monde a eu l'air de s'en payer une tranche.
lundi 29 juin 2009
F.d.l. - "la leçon inaugurale": suites
J'ai trouvé comment étoffer mon travail final.
[Je me suis bien rendu compte de quelques maladresses à corriger (le passage sur l'étymologie, en particulier, manque trop de justesse) et j'enrichirai le développement en certains points (par exemple: «Ambiguïté, toujours. Incertitude. Imprécision. Doute. Nuance. Polysémie. La polysémie est une invention propre au langage, où le terme seul a souvent plus d'un sens, qui dépend du contexte, mais aussi: la pluie égale la tristesse du poète romantique et du rockeur emo, ou encore la faveur des dieux pour l'agriculteur, ou l'orgasme de Dame Nature qui transparaît chez la Brésilienne dans les annonces de Vodka Ice - je me trompe? - ou encore l'inconfort, ou l'opacité du ciel, de l'avenir, etc. Polysémie. Pas de poésie sans polysémie. Pas de calembours, de stand-up comiques non plus, ni de sous-entendus, de rapports humains fluides... Pas de liberté! Je ne me divertis pas: tous les dictateurs, les régimes totalitaires, parce que c'est l'exacte antithèse de la pensée contrainte, luttent du premier jour au dernier contre la polysémie!»)]
J'ajoute, à la suite du texte de la «leçon», une liste de mes convictions qui en sous-tendent le «style» (par ex.: l'étudiant au cégep doit être responsabilisé; LaRue: «il faut exiger beaucoup pour obtenir quelque chose d'un élève»), et une explication pour bien faire ressortir, «sérieusement» cette fois, la conception de la littérature (de la lecture littéraire) et de son enseignement qui l'anime. J'affirme aussi mes positions, en les justifiant brièvement, dans le débat «des Radicaux et des Modérés» (devrait-on faire plus de place aux oeuvres de la littérature québécoise dans la formation commune en français langue d'enseignement?) et dans celui «des Anciens et des Modernes» (plus de place aux oeuvres contemporaines?) (: Non et non.)
dimanche 28 juin 2009
Comment on arrange ça, un complexe de même?
Fuck les gants blancs.
Toute ma vie. À l'école, longtemps avant d'avoir possédé la terminologie pour me le formuler à moi-même, je me rendais compte que j'étais à la fois beaucoup plus intelligent que presque tous les autres (mais c'est peut-être ma mère qui m'a mis cette idée en tête - les mères, c'est pas un cadeau) et que j'étais plus gentil que ceux qui, comme moi, n'avaient pas les idées au plancher. Donc on m'excluait. Je n'avais jamais le bon comportement, trop bizarre, et je me suis très vite mis à m'efforcer bien davantage d'être accepté, admis par les autres, que de réaliser mon potentiel moral et intellectuel. Évidemment, je les méprisais tous, sans exception, et moi-même encore plus. Je me suis rabaissé, discrédité, laissé prendre pour un imbécile, un dingue, un pété, un étrange débile artiste sur les bords, et j'ai gaspillé mon énergie et mon temps, et beaucoup de mes cellules nerveuses. Le monde est content, je ne suis plus le plus brillant. Voilà pourquoi j'ai tant de difficulté à garder mon calme, maintenant clean et atrocement lucide, malgré toutes les fois où je me dis de ne plus recommencer. C'est pas parce que ça m'amuse vraiment, c'est parce que j'ai un goût de sang dans la bouche (et si je me contiens, d'une manière ou d'une autre, il y a toujours le danger que je retourne mon agressivité contre moi). Quand je sens qu'on joue au fin et qu'il y a des chances qu'on se foute de ma gueule, je serre les poings, je planifie un assaut féroce. Pas mal chien, vu que je joue au fin et me fous de pas mal de gueules. À dire au psy, ça aussi.
samedi 27 juin 2009
On perdra le fil
Notre époque a fabriqué tellement de vedettes qu'il en mourra bientôt une grande chaque jour et on ne saura plus qui est mort et qui est toujours en vie.
Le festival de l'été
Chérie, tchèque ça, i'ont mis des feuilles dan's arbres, pis le chauffage dans le tapis, pis toutes les belles filles sont déguisées en pornstars - surtout les petites jeunes jeunes jeunes! même pas de tapis à l'entrée du paradis pis 'ga' ça, hihi! toute l'Éden à l'air, toé... Ça doit ben être le festival de l'été jamais j'croirai!
Hate to say I told you so (all right!)
Demande à un penseur du Web 2.0 postmoderne trendsetter hyper-fashion...
Douglas Coupland. Not my cup of tea, à première vue. Son premier roman avait pour titre Generation X (plus sous-titre); son prochain, une douzaine plus tard? Generation A.
A publié un roman intitulé Microserfs juste avant la sortie du système d'exploitation Windows 95, imaginez-vous!
Le gars se fait une obsession de saisir l'esprit de l'époque, ma foi, comme un oeuf saisit dans la poêle.
Sauf que, m'apprend Wikipedia, il a une sensibilité dite «Christian post-Christian», et ça ça a tendance à me plaire assez*. Et puis, quand je lis ça, voilà, tout s'explique, demandez à un auteur, un vrai, quand vous cherchez - et ceci me prouve que c'en est un vrai:
«Generation A mirrors the structure of 1991's Generation X as it champions the act of reading and storytelling as one of the few defenses we still have against the constant bombardment of the senses in a digital world».(Extrait de son site web.)
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*A Christian post-Christian is one who denies the ontological and historical truth of Christianity while affirming it to be efficacious socially, institutionally, intellectually, psychologically and artistically. As expressed by the Christian scholar C.S. Lewis, the position is that "… Christianity itself is very sensible 'apart from its Christianity'".
vendredi 26 juin 2009
Le clown au CHSLD 1
Le clown au CHSLD, coiffé Bud Légère avec paille toujours, approche un vieux sec à la mine peu avenante, rote, pète, sans faire rire personne, puis défait deux énormes boutons de sa salopette et lui pisse - dru dru dru dru dru dru - en plein dessus!
HAHHAHAAAHAARGH
Le vieux déride enfin, lève la tête, percuté de soleil:
«Ah! ben là, tu parles, mon homme!»
HAHHAHAAAHAARGH
Former des lecteurs - travail final (la leçon inaugurale): «La littérature (et l'art) ne sert à rien»
Écrit d'un seul jet hier soir, jusque dans la nuit. À corriger un petit peu, et j'ai jusqu'au 10 juillet pour ajouter des zaffaires.
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(Le ton est grandement inspiré d’un prof que j’ai eu la chance d’avoir deux fois, en « français deux » et en « français quatre », Stéphane Mayer, au cégep de Saint-Laurent, qui est à la fois exigeant et généreux – dur à suivre parce qu’il ne lit pas de notes de cours et n’en écrit encore moins au tableau, mais très présent, il fait réfléchir, parle avec la classe, interpelle les étudiants fréquemment – et qui ma tant donné le goût de la littérature que c’est depuis sa rencontre que je veux enseigner au collégial, il est resté un modèle pour moi. En classe, mais aussi à son bureau, dans les corridors, il jouait, j’en suis sûr, toujours; dans le territoire du cégep, il incarnait en quelque sorte son propre personnage de prof de littérature pour ados. Je suis moi-même très à l’aise pour jouer sur une scène, seul au micro - à condition, donc, de « jouer ». La leçon inaugurale qui suit n’est pas exagérée : je me vois très bien en faire la « performance ».)
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Vous permettez qu’au lieu de vous traiter de Canadiens-canadiennes ou de Québécois-québécoises, je vous salue d’un « Chers amis-amies »? Oui? Nice…(!) Alors mes chers amis chères amies, mes inestimables semblables étudiants (car j’étudie aussi, toujours, et je le ferai d’autant plus avec vous ici)… vous voulez aller à l’université? Oui? Non? Oui? Oui? – Vous êtes L’ÉLITE de la société. Ne l’oubliez pas!
Ceci sera le seul cours magistral de la session. Bon, c’est à condition que vous réussissiez à me faire arrêter de parler! ( – Dans mon temps on disait ça : « Heille, écrase… euh… chose… » Mais non c’est pas vrai, ça c’était dans le temps de mon père.) Je blague. À demi. En fait, ce premier cours – magistral! – a pour but bien simple, et rien de moins, de vous faire entrevoir combien facilement vous pourrez parler de littérature, de la vraie littérature! – Oh expression sacrilège! – Rien de moins. Facilement, oui… avec un peu de pratique. Vous pouvez acheter mon DVD, en passant, je l’ai dans une caisse, Comment parler de littérature facilement…
Bon, trêve de plaisanteries… pour les quatre prochaines secondes… - Avez-vous remarqué? – avez-vous remarqué? – avez-vous remarqué? Comme c’est important, aujourd’hui, se divertir? Pouvez-vous vous en rendre compte, malgré votre petit âge? Je pense que oui! En tout cas, moi, bon, j’ai décidé ça, c’est tellement important vous savez, je ne dirai plus « je blague », ou « je plaisante »; je dirai maintenant : « Je me divertis. »
C’est pas dans la Charte des droits et libertés, ça? Oui? Non? Un verbe à la forme pronominale, mesdames et messieurs!
Nous commençons. La leçon d’aujourd’hui s’intitule : « La littérature (et l’art) ne sert à rien ».
N’écrivez rien! Écoutez. Répondez-moi – mais dans votre tête, pour aujourd’hui, juste pour aujourd’hui.
Il n’y aura rien à l’examen, rien du tout, c’est gratuit. Parfaitement généreux de ma part.
Allez viens, fais un voyage avec moi.
Transportons-nous dans la préhistoire. Vous savez? La préhistoire? Avant l’Histoire. C’est-à-dire avant les débuts de l’écriture. Vous avez déjà vu, n’est-ce pas, de quoi avaient l’air les premiers dessins, tracés sur les parois des cavernes. [Je dessine au tableau une imitation, forcément cocasse.] Probablement un jeune exalté, hein? Révolutionnaire sur les bords… Fait jamais rien comme les autres… Peu après avoir appris à chasser a tué un jour son premier gibier, en l’occurrence une gazelle géante(!). Il en a rêvé toute la nuit suivante. Et au matin, sans savoir ce qu’il faisait, a saisi une roche – excusez – un caillou, brun et tendre, et fait un trait sur un mur de roc de sa chambre à coucher(!). D’instinct, ou tout comme, il a dessiné à peu près cela [tableau] et a fait six marques en-dessous [tableau : | | | | | | ] parce que lui c’est le sixième plus fort de sa tribu. Je me divertis. Éventuellement, les chefs ont dit non, non! « Juste chefs faire dessins dorénavant. » – Mais d’autres tribus ont fini par tomber sur ces premiers dessins préhistoriques plus tard, et on a totalement perdu le contrôle de la production artistique! Mais revenons à Görg, notre jeune illuminé (à supposer qu’il s’appelait ainsi, ce qui serait plausible, un prénom qui a évolué pour donner Georges… Personne ici ne s’appelle Görg? Fiou! Non mais vous savez dans les pays de l’Est le prénom Görgy existe, je crois, je sais pas comment le prononcer…), imaginons-nous donc ce qui se serait passé si, son premier dessin achevé, à Görg, son cousin, ou son beau-frère, par exemple, l’avait surpris et lui avait demandé : « À quoi ça sert? » – ou, variante : « À quoi bon? Diantre… de bougre de fainéant prétentieux snob? » …Eh! Bien, Görg l’aurait probablement assommé avec une pierre.
« Ça ne sert à rien, et c’est bon à tout, cervelle d’autruche préhistorique! Je m’exprime! »
*
Trêve de plaisanteries. (J’ai pas dit ça, déjà, tantôt? En tout cas…) Mais non, pas déjà. D’ailleurs ce n’était pas vraiment là une plaisanterie. Pas entièrement. La Plaisanterie est un roman de Milan Kundera. Son premier. 1967. Original en tchèque. Milan Kundera est un écrivain d’origine tchèque, comme Kafka, naturalisé français (mais Kafka, lui, écrivait en allemand). Auteur de l’Insoutenable légèreté de l’être, 1984, autre roman qu’il a traduit plus tard lui-même du tchèque au français. Et aussi d’un superbe essai, l’Art du roman, 1986, que je ne saurais trop vous conseiller. Il y traite de l’évolution du genre du roman (hein, parce qu’on appelle ça comme ça : la poésie est un « genre », le théâtre aussi, l’essai enfin – quatre genres – littéraires, attention – tel que voulu par beaucoup trop de grands professeurs avant moi pour que j’y ne puisse changer quoi que ce soit! mais ce n’est pas grave, pas du tout : ce ne sont que des catégories)… Je disais que Kundera traite, dans l’Art du roman, un essai, de l’évolution du roman depuis ce que nous considérons comme le premier du genre… : El Ingenioso Hidalgo Don Quijote de la Mancha, de Miguel de Cervantes Saavedra. Je vous en reparlerai. De Quichotte. De Cervantes. C’est très... ironique, voilà. Un délice. L’an 1605, la première publication. Et puis c’est toute une brique, à part ça...
Mais attendez : j’ai dit : « …dont je ne saurais trop conseiller la lecture »? Mais c’est ambigu, ça!
Monsieur, ici, voilà, monsieur [Rivard] , et madame…? Madame [Barkaoui], excellent, chacun une craie, c’est divertissant d’écrire au tableau; allons, chacun quatre mots. Monsieur Rivard : « dont je ne saurais », et madame Barkaoui : « trop conseiller la lecture ». Vous me direz, c’est inégal, les quatres derniers sont plus longs, et vous aurez raison! Ah! Voilà. Vous pouvez vous asseoir, merci. Alors donc. – Donc et non dont, remarquez bien! Ici, « dont » – parce que je parle de l’essai de Kundera; je ne lui parle pas à lui; je parle de lui, donc : « dont je ne saurais trop conseiller la lecture ». Qu’est-ce que ça veut dire? Ai-je dit que j’en conseille la lecture, ou que je ne la conseille pas? Aïe! Maladresse! L’expression veut dire les deux en même temps! En physique, en mathématiques, remarquez, une chose et son exact contraire s’annihilent mutuellement, hein? moins trois et plus trois font zéro… Mais pas en littérature! Jamais, en littérature! Retenez bien cela! [Au tableau : « dont je ne saurais trop conseiller la lecture ».] Cette phrase veut dire : je ne saurais pas comment, je ne pourrais pas trop conseiller cette lecture, parce que même si je la conseille jusqu’à Noël, il y en a parmi vous qui ne liront pas cet essai! Alors je ne le recommanderai jamais assez! (C’est pour nous divertir, hein? L’Art du roman n’est pas au programme. Quoique si vous y tenez… Vous pourrez m’en parler si vous le voulez.) – Mais encore, je disais : hum! cet essai, je ne saurais trop vous en conseiller la lecture, c’est-à-dire je ne sais pas trop si je vous la conseille…
Mesdames et messieurs : l’ambiguïté. Respect. Minute de silence. Ça a l’air difficile, mais on s’en sort. N’est-ce pas?
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En réalité, c’est plus grave que ça en a l’air. Adolf Hitler. Être humain ou bien monstre? Michael Jackson, acquitté de toutes les accusations (et j’aime mieux, personnellement, le croire innocent), the King of Pop; son père le forçait à répéter ses tours, son chant, jour après jour, riait de son nez, le frappait, s’acharnait sur lui comme un voleur à la banque, « donne-moi tout! donne-moi tout! » à huit ans, neuf ans, quel âge? le traitait de noms. Michael en avait des réactions physiques, il avait des haut-le-cœur à la simple vue de son père. Michael Jackson. Complètement sur une autre planète. Fucké, tsé, quand on dit fucké? Alors, être humain ou monstre? Et son père?
L’ambiguïté, mesdames et messieurs. Respect. Respect pour ceux qui ont souffert pour vrai, pendant qu’on fait des hypothèses – on se divertit, n’est-ce pas? Mais les hypothèses… sont essentielles. Questionner sans pouvoir répondre. Déstabilisant? Frustrant? Hum!… Vital. J’en viens à la littérature; pas d’inquiétudes!
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J’ai fait une énorme parenthèse. (Attention, figure de style ici : métonymie : j’emploie le terme parenthèse pour parler de ce qu’on met entre les parenthèses. On se comprend? C’est permis. Mais mieux vaut ne pas le faire à son propre insu!) Énorme parenthèse, donc. Mais les parenthèses sont importantes. On s’avance beaucoup et on précise de l’indéfinissable dans les parenthèses. La littérature : une parenthèse?
Étymologie! – et, tout d’abord, le sens étymologique du terme étymologie. [Au tableau.] Du grec ancien étymos [je l’écris en lettres grecques pour impressionner la classe(!)], « vrai », et logos, « parole »; soit, littéralement, « étude du vrai ». C’est-à-dire : du sens premier, à l’origine, d’un mot.
Alors : parenthèse : [au tableau aussi] du grec ancien parenthesis, qui veut dire « parenthèse ». Bon, d’accord, ça marche pas à tous les coups. J’ai vérifié, c’est bien cela. J’aurais cru que ça tenait pour para et thesis : « à côté de la thèse, de l’idée principale ». Tant pis.
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Revenons à Görg et sa tribu. Prenons leurs lointains aïeux, arrière-arrière… arrière-grands-parents. Les premiers qui sont venus à bout de faire une phrase avec leur bouche(!). Je me divertis. Pourquoi? Mais, pour rien, rétorquerait Görg, et il n’aurait pas tellement tort, mais pour l’instant trouvons des raisons. Pour communiquer? Pas bête, pas bête… Pour ne pas – j’ai entendu « pour ne pas oublier leurs origines »? Encore mieux! C’est assez de raisons maintenant. La vérité. Respect. Minute de silence.
Il y a de grands chercheurs qui ont fait une expérience. Vous aussi, vous pouvez la faire. Je ne saurais trop vous le conseiller. L’expérience consiste à demander à quelqu’un, n’importe qui, et attention les mots justes sont cruciaux : demander qu’il ou elle vous DÉCRIVE l’endroit où il ou elle vit. [Au tableau : l’endroit où il ou elle vit.] Notez tout c’est crucial. Eh! bien, vous et les grands chercheurs constaterez le même fait très divertissant(!) : la personne va décrire, et puis vous allez pouvoir vous rendre compte qu’en fait elle écrira. Sa description prendra la forme d’un récit. Et ce n’est pas un complot des saboteurs qui ont mis des verbes dans le langage! Exemple : « Ma maison est assez petite, mais ça va, pas trop, et quand on entre il y a le salon à droite et plus loin au bout du corridor on arrive dans la cuisine. » – Pourquoi on arrive dans la cuisine? Vous me racontez-là toute une histoire, cher ami.
Parlez de qui vous êtes : encore une histoire. Un récit. Grands chercheurs : le récit est une structure fondamentale de la psyché humaine. Le ministre accuse le chef de l’opposition : « C’est votre faute! Vous avez fait ceci et cela. » Récit! Tissu d’intrigues!
Mesdames et messieurs, on n’en sort pas – et c’est tant mieux - : tout ce que nous pouvons dire, et donc articuler mentalement, et donc comprendre, et concevoir, considérer possible ou impossible :
R-É-C-I-T.
Votre vie est une histoire. Votre responsabilité : que cette histoire vous plaise et qu’elle finisse bien. Vous planifiez sortir samedi soir, aller voir un show jeudi : vous allez ajouter des épisodes à votre saga épique personnelle et intime – intime au sens où le sens… le sens de ce que vous décidez de faire vous appartient : ce sens, personne ne peut y toucher. Impalpable. Ambiguïté.
*
Alors. Si tout est récit – connaissance, et interprétation, subjectives – pourquoi est-ce que des illuminés comme Görg (mais disons : des illuminés plus modernes, d’accord) se mettent en tête d’écrire des chansons, des poèmes, des films, des romans? Mais pour qui ils se prennent pour jeter dans le monde ces bizarreries malcommodes et parfaitement inutiles? (oui, inutiles; j’y viendrai), du non vrai dans du non vrai; qu’en pensez-vous? [Place aux réponses éventuelles des étudiants.]
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Avant de conclure, observons cette distinction.
[Au tableau.] Automobiles, machines à coudre, laveuse-sécheuse, trois et demie chauffé éclairé près de tous les services, hôpital, école, théories scientifiques ou philosophiques, ou même théories de la littérature (oui, oui, ça existe!), et puis pantalons, chaises, tables, bureaux, programmes, gouvernements! Stop!
Seconde série : [au tableau aussi] muscle cardiaque (ou myocarde), arc-en-ciel, oiseaux, la peau (c’est doux, c’est chaud, c’est humain, hein?), et l’odorat, le goût, l’ouïe, la vue, la parole… la parole… Stop!
Distinction : les éléments de la première série sont des inventions de l’être humain. Ils sont utiles (quoique… les gouvernements… haha! – Je me divertis, tu te divertis…) Quant à [tableau : « quant à »] ceux de l’autre série… Ils existent, pour rien, ça pope comme d’un sac à surprises, mais même pas! parce qu’il n’y a personne qui les a faits, conçus, produits pour le bonheur de tous. Ils sont gratuits. Inutiles. La parole aussi. Je vous l’ai conseillé, faites l’expérience. Récit égale structure fondamentale. Ça, ça veut dire que ça vient avec le cerveau, c’est standard, le contraire de custom, comme on dit; c’est compris dans le prix de base, ça ne vient pas en option. On utilise notre faculté de parler, et les oiseaux, et même les arcs-en-ciel (pour les cartes postales et les collants pour mettre dans les cahiers des enfants quand ils ont bien travaillé) mais c’est INUTILE – au sens où ça ne sert à rien; au sens où ça sert, oui, mais ça n’a jamais été pensé pour servir. [Jean-Paul Sartre : l’existence précède l’essence.]
Me suivez-vous? Ambiguïté. C’est un petit peu étourdissant au début mais on trouve son équilibre. Ayez confiance en vous. Votre cerveau vient avec toutes les facultés inutiles nécessaires. Oubliez ce que j’ai dit au début, que vous êtes l’élite de la société. Moi, je suis pessimiste, mais je crois en vous. Tous.
Et la littérature, enfin? Je vous libère, vous allez pouvoir vous dégourdir. La littérature, ce lieu de jeu total avec les récits, a toujours existé, ça vient avec le cerveau, les sociétés les plus primitives se racontaient des histoires, ça n’a pas été pensé au départ pour servir, donc c’est parfaitement inutile, mais en même temps extrêmement important : c’est VITAL. Et je pèse mon mot (ouh! qu’il est lourd! – mais je le supporte)… C’est comme les éléments de ma seconde série : c’est dans la nature. C’est la vie!
*
Pour [le prochain cours], vous apprendrez une chanson par cœur. Au choix. On commence en force et en beauté. Même si c’est du Black Sabbath. Allez.
*
En sortant, vous pouvez prendre, sur le pupitre ici, un léger document (qui est en même temps lourd; l’ambiguïté, toujours!), document qui résume ce dont je viens de vous entretenir – entertain – il se divertit, nous nous divertissons… Ça ne sera pas à l’examen, mais je ne saurais trop vous conseiller de ne pas le jeter à la poubelle, ni même au recyclage. Le choix, tout entier, vous revient.
Ouais et toi, tu es la désincarnation du journalisme?
À propos d'un chauffeur de taxi mort assassiné
Torrieux! faut le faire:
«Les agressions violentes et les vols sont fréquents dans l'univers des taxis.
Abraham Messun incarne désormais ces risques du métier.»*
Je pense que je vais prendre un break aujourd'hui, parce que sinon, je descends sur St-Jacques avec ma faux et je fends des fions parasites, les fières fientes pustulées farcies de fonds de frocs de philistins Alain Brunet et Jean-Christophe Laurence qui, non contents d'être aussi peu vifs que la poule sans soutif, cruisent sur la déchéance de Michael Jackson, et le succès qui tue ici pis l'extravagance qui ne paie pas là; «mutant», «Jacko le barjo»... tabarnak d'hosties de trous de cul de sans-cœurs! avec, évidemment, des trollées de commentaires de toute beauté, hein, everybody is a journaliste citoyen.
Donnez-moi leur job pour l'amour!
*
Et à ceux qui trouvent que je «mistralise», méditez ce double - non, ce triple-sens:
N'a pas de couilles qui le veut.
C'est pas compliqué
«Je est un autre»
et je est un autre,
donc je suis Rimbaud!
*
Trop génial cet Arthur.
La «postmodernité», l'«altérité»... pfft!
Qu'est-ce c'est qu'on essaie de nous faire croire, voulez-vous ben!
Cléo est morte; la guerre est finie
Fallait que la patente pète pour que je puisse la calibrer. Je repars l'usine, y a une bonne journée de production à rattraper.
jeudi 25 juin 2009
Avis d'expert no 9 - la paralittérature
Ok ok ok. De la substance.
Dans une réponse suite à un article ci-bas, j'écrivais ceci à mon ami Gautier, cofondateur de Front froid:
Je précise ma pensée au sujet de la "paralittérature".
Je pense comme l'a pensé Vonnegut depuis ses débuts qu'il y a beaucoup de complaisance dans les cercles de trippeux SFF, que souvent un bon concept suffit à ce que soit encensée une histoire sans profondeur, aux personnages mal écrits et au fonctionnement facile (le maudit recours à la chute qui me tue, procédé bête et franchement plate, toujours décevant sauf exceptions, et les exceptions se trouvent sous la plume d'écrivains puissants qui peuvent facilement se passer de ce procédé). Cela dit, je suis avec toi Gautier, qu'une histoire se déroule dans le futur, un monde parallèle ou un univers imaginaire, c'est un détail, je veux dire, ça n'en fait pas de facto de la littérature de moindre qualité (hey voire que La Recherche du temps perdu se déroule dans un univers réel...). Aussi, j'ai pu m'en rendre compte, par rapport à la BD, par exemple, mon entraînement à "lire" de la littérature de qualité (où les images, les figures, les ressources linguistiques, par exemple, ne font pas de "bruit", où tout est cohérent, où l'harmonie sans dissonances rend mélodieuses les zones d'ombre silencieuses) me sert quand je suis face à un dessin, un tableau, le trait d'un artiste visuel.
En tant que système signifiant le plus complexe que nous connaissions et le plus proche, en termes de fonctionnement, de notre psyché, la langue littéraire est à la base de tous nos jeux de représentation. C'est pour ça que je dis qu'il faut absolument transmettre le goût de la lecture littéraire. Un lecteur devenu agile peut aborder la BD et ses codes beaucoup plus facilement qu'un grand connaisseur de BD la littérature de qualité et ses codes. À mon avis.24 juin 2009 13:00
J'ajoute maintenant ceci. Eh oui, monsieur Ranger (moi, je présume), se permet de réinventer la roue.
Quand on est (bien) formé en études littéraires, TOUT est de la paralittérature. On psychanalyse mieux que le doc Mailloux. On dessine mieux l'aménagement d'un parc que les cols blancs dûment mandatés. Je n'exagère presque pas. Aussi, pour moi, Louis Hamelin, Christian Mistral, entre autres favoris, c'est de la littérature, et Jacques Poulin, que je peux très bien lire mais qui ne me rejoint pas vraiment beaucoup, c'est paralittéraire!
Peut-être faudrait-il dire: tout est métalittéraire. Ou translittéraire...
Quelqu'un veut bien m'aider avec les préfixes grecs anciens et latins?
UdM, pause cigarette; place La Laurentienne, derrière la caférétia; coin formé par les pavillons J.-A.-De Sève et Maximilien-Caron. Mon amie Kim: il y a une sculpture là-bas, j'ai jeté un coup d'oeil rapide - très bizarre... - le titre en français c'est SANS QUALIFICATIONS et en anglais UNTITLED WORK. Bizarre, en effet! je vais aller voir ça quand il ne pleuvra pas!
Je vais voir ça.
Sculpture haute de deux mètres environ. Sur la plaque, les titres, à gauche en français, à droite en anglais, surplombent un texte (traduit littéralement, celui-là) disant que l'oeuvre avait été commandée pour l'Expo de Montréal et commanditée par Seagram, et fut ensuite offerte à l'UdM... à la demande de Seagram.
Informations à ma disposition pendant que je regarde ça:
- Seagram est une multinationale.
C'est tout.
("EDIT": Wikipédia: Seagram était, basée à Montréal, la plus grande entreprise de distillation au monde.)
La sculpture:
- métallique, grise, non polie;
- forme globale: prisme à base carrée - rappelle un gratte-ciel, avec lignes verticales qui lui donnent un aspect vaguement gothique;
- il y a des trous dedans - pas de bord en bord, plutôt exactement comme si on avait tiré quelques coups de calibre .12 dessus (des volées de petites billes d'acier, very nasty stuff).
Mes amis, je vous laisse visualiser, et lire l'oeuvre. Attendez avant de faire défiler la page dans l'écran. Vous allez voir. Maintenant, si vous avez trouvé une signification dans laquelle tous les éléments que je vous ai communiqués tiennent, demandez-vous si quelqu'un qui n'a pas l'habitude de lire, de temps en temps, un livre marquant, authentifié de qualité, en se posant des questions du genre pourquoi l'auteur a-t-il arrangé ceci comme cela (et en allant plus loin que le simple souci du punch, de la chute, de la découverte du véritable meurtrier par Miss Marple)... -
demandez-vous s'il peut décoder une oeuvre comme nous le faisons.
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- Sans qualifications : travail sans qualifications : anglicisme? Are you qualified for this job?:
ah! Untitled work! T'es diplômé? You've got a title.
- Structure ascendante trouée.
- Multinationale livre message institutionnaliste, élitico-corporatiste à population étudiante, en soutien à l'idéologie derrière le système universitaire en général et à la mission formative de main-d'oeuvre ingénieuse qualifiée (en sciences humaines ou physiques, peu importe) de l'UdM en particulier:
Le travail, l'ouvrage, l'échafaudage, l'entreprise sociale ou individuelle, en dehors du système qui garantit les compétences acquises par le biais de diplômes dûment décernés, est troué.
J'ai suivi un cours optionnel d'intro à l'art moderne en deuxième année de bac, c'est tout; et vous?
Maintenant, voir comment nos aptitudes en lecture peuvent nous aider, avec certaines connaissances de base, à comprendre des tableaux, le travail graphique d'un bédéiste, etc.
Ma blonde me dit de la fermer quand on regarde le moindre film: j'analyse les plans, les séquences, le bruitage, la musique!
L'expert a parlé!
Là j'appelle mon fils. C'est sa fête aujourd'hui.
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ajout
J'ai parlé à mon fils. Tout s'arrange.
À propos de la lecture littéraire, autre point:
Quand on lit un roman, ou de la poésie si ça s'applique, et à plus forte raison une pièce de théâtre (et encore plus devant une représentation) de façon le moindrement analytique (et c'est comme le vélo, comme conduire, et puis conduire "manuel"...: au début faut penser au moindre geste, pendant qu'on regarde dans le rétroviseur on oublie de mettre le clignotant, et avec tout ça l'angle mort a foutu le camp, mais une fois qu'on est habitué, on performe tout ça sans s'en rendre compte; pareil pour les accords de l'adjectif et du verbe avec son sujet), on lit aussi des images, des tableaux, des scènes avec personnages en mouvement. Dans le texte, il n'y a pas que des figures de style, des schémas narratifs, des jeux sur l'énonciation et des réseaux de sens; toutes les descriptions, vastes ou minimales, nous incitent à "voir" la disposition des lieux, et l'écrivain qui maîtrise son art ne laisse rien au hasard. Même si la narration se fait très étanche aux intrusions de l'auteur, les paysages doivent se lire comme des compositions visuelles...
Prendre des géants pour des moulins à vents
J'ose rarement l'admettre, même pour mon propre compte, mais j'éprouve souvent - avec d'autres, sans doute - la conviction qu'au Québec comme ailleurs (mais peut-être un peu plus qu'ailleurs, car c'est mon pays) les jours de la littérature sont comptés. Qu'il y a, entre la littérature (l'esprit, les ambitions, les exigences de la littérature tels qu'ils se sont formés depuis l'aube des Temps modernes) et le monde qui se met en place autour de nous, un fossé de plus en plus profond, qui deviendra peut-être bientôt infranchissable. Quelque chose, dans la littérature, n'est plus accordé à notre monde, qui n'a plus besoin d'elle et pour qui elle est devenue une forme de pensée et de sensibilité d'un autre âge, au mieux divertissante et informative, au pire «aliénante» ou scandaleuse. Cela n'interdit nullement, bien sûr, la prolifération de slivres, des auteurs primés et télégéniques, des festivals littéraires de toutes sortes, prolifération que cet éloignement de la littérature, au contraire, rend plus facile et envahissante que jamais. Cela ne dispense pas, non plus, de la nécessité d'écrire encore, de poursuivre sans relâche cette beauté singulière, imprévisible, et cette vérité problématique que seule la littérature sait découvrir et dont la découverte est son seul et unique devoir. Mais c'est sans illusion qu'il faut continuer à écrire, et sans amertume. L'écrivain, le littéraire d'aujourd'hui est un être plus ou moins en deuil, plus ou moins apatride, plus ou moins déphasé et nostalgique - ce qui ne l'empêche pas de plaisanter, bien au contraire.
En cela, il ressemble un peu à Don Quichotte. Mais un Don Quichotte à l'envers, étranger et solitaire au milieu de cette fiction bouffonne qu'est devenu le monde. L'esprit rempli de livres et de sentiments désuets, tout ensemble inconsolable et moqueur, il voit derrière les gesticulations des géants tourner les ailes des moulins; à la place des châteaux splendides où on veut l'attirer, il aperçoit l'auberge crasseuse peuplée de marchands et de fripons; dans les beaux yeux enamourés des dulcinées comme dans le regard fier des chevaliers, il lit le sourire frivole et pathétique de l'éternelle méprise humaine. Et il sent sous ses cuisses le corps décharné de Rossinante, qui me fait penser de nouveau à la vieille picouille de Saul Bellow: désaltérée, elle relève les naseaux au-dessus de son abreuvoir et regarde (tristement? ironiquement?) s'écouler sur la place le flot de la circulation à laquelle elle n'appartient plus.
François Ricard, «Le point de vue de la picouille» (derniers paragraphes) dans Catherine Morency (dir.), La Littérature par elle-même, Québec, Nota bene, 2005, p. 82-83.
À lire, du même auteur, Chroniques d'un temps loufoque, Boréal, 2005.
Satire moderne donc cheap
Tiens Éric, je t'ai composé un poème, parce que je suis tanné et je n'approuve pas vraiment ce que je fais mais je t'exècre trop.Ô Éric Samson
Tu agis comme un poison
Tu gagnes les organes vitaux en paralysant les membres inférieurs
Ton argument d'autorité: hum!...
Pas sûr que Douglas Adams
Aimerait avoir entre les pattes
Un lèche-cul de ta sorte.
Chacun son trip, vieux!
(Moi, Adams, je le trouve pas assez beau ;)
Tes remarques sont toujours sèches
Et jamais ne complimentes, et jamais ne félicites-tu personne
De façon sincère
You really are a bad, cheap, silly piece of broken crap
T'auras ce que tu mérites, couillon
T'as pas appris ça?
Des lèche-cul aux fesses inaptes à la moindre idée complexe
Qui te sourient que ça t'écoeure
Et qui parlent dans ton dos - oui, oui!
Ils te chient dans le col de chemise!
Des lâches, des traîtres
Des ingrats à ton image, malheureux lutins mutins.
J'ai effacé, mais ça paraît encore un peu.
mercredi 24 juin 2009
Gentlemen, please! The King...
Être un moderne, vivre dans le monde qui est aujourd’hui le nôtre, c’est être submergé, bombardé, écrasé de solutions et de réponses, toutes plus définitives, toutes plus assurées et urgentes les unes que les autres. Ce qui nous manque, ce que la littérature (et la littérature seule, qui pour moi est avant tout le roman) peut nous apporter, ce sont les problèmes, et en particulier les problèmes auxquels il n’y a pas de solution, qui sont les seuls vrais problèmes dignes d’attention. Ou plutôt, c’est la conscience que toute « solution » qu’on nous propose, si elle n’est pas un piège, en deviendra un forcément un jour ou l’autre. En attendant, je ne vois pas d’autre attitude possible, pas d’autre « solution » pratique, si vous tenez à tout prix à ce que j’en propose une, que celle-ci, qui est strictement, radicalement individuelle et n’implique donc aucun combat, aucun prosélytisme ni aucun « militantisme », si ce n’est la lutte privée, domestique, mais tout de même assez féroce parfois, de qui se désolidarise, de qui refuse de participer à la fête et tient (peut-être illusoirement) à préserver les dernières miettes de liberté qu’il croit encore possible de préserver : se tenir à carreau et tâcher de ne pas se faire avoir.
François Ricard
Tiens, du coup, les Détesteurs just got deeper, better, stronger...
Un écrivain, un intellectuel, aujourd’hui, qui (1) ne voit pas dans quel « ground zero » culturel et moral nous vivons, et (2) ne fait pas du rire - de la puissance distanciatrice et profanatrice du rire, au sens le plus large et le plus varié du terme - son arme ou sa préoccupation première, c’est à mes yeux un écrivain ou un intellectuel qui trahit les derniers restes de sa dignité et se rend corps et biens à l’ennemi.
autre lecture
Addendum - avis d'expert no 4
À moins de savoir, mais alors là vraiment savoir écrire, ce qui s'appelle écrire, travailler une oeuvre comme le sculpteur le bois, jamais un blogue ne fait un bon roman, ni même un bon livre, si par bon livre on entend quelque chose qu'on ne classe pas avec les légèretés de chevet et les revues de salle d'attente. Corpus justificateur: Vacuum, Un taxi la nuit, Les Chroniques d'une mère indigne (Grand Prix littéraire Archambault mesdames et messieurs!) Le premier: un chef-d'oeuvre inégalable. Les autres: de la bouette avec une grande boue. Les blogues ne changent rien au champ littéraire. Erreur irréparable hors de la sociologie. Bourdieu ne connaît rien à la littérature. L'expert a parlé!
(Et l'expert peut vous faire un compte-rendu critique foutrement «objectivement» savant des livres sus-mentionnés pour backer son beef.)
Provocation (presque) gratuite (mais non, pas gratuite pantoute finalement)
Twitter, ça pue la merde, c'est encore une cochonnerie qui exacerbe le bruit médiatique, beaucoup de bruit pour rien, et un autre assaut du populisme crasse contre une crédibilité journalistique déjà aux prises avec la convergence qui gronde au-dessus des têtes, sans parler du libéralisme des Paul Desmarais de ce petit monde; une cochonnerie derrière laquelle des fins finauds à l'aise avec les ordis et certaines bases de langages de programmation trollent (savoureuse expression) en profitant de la gloire momentanée du geek d'aujourd'hui. Faut vraiment tout expliquer. Everybody is a fucking critic. Vous m'en reparlerez. Journalisme citoyen mon cul. Par la fenêtre. Planté d'un drapeau fleurdelisé. Je. Casse. Et. Je. Casse. Surtout. La. Rhétorique. Rampante. Qui. Consiste. À. Faire. Semblant. De. Ne. Rien. Comprendre. Pour. Ensuite. M'. Accuser. De. Dire. Ce. N'. Est. Pas. Ce. Que. J'. Ai. Voulu. Dire. I. Must. Be. Speaking. In. Fucking. Tongues.
Lecture suggérée: François Ricard, un vrai de vrai, dont je me promets la lecture de L'Âge lyrique. Extrait de l'entrevue:
...il me semble qu’on ne peut plus accorder à la société où nous vivons - telle du moins que cette société se représente à travers ses discours, ses projets et ses prétendues « valeurs » - le moindre sérieux ni le moindre crédit. Elle-même fondée sur la ruine de tout ce qui pouvait, autrefois, la rendre consciente de son imperfection et de sa finitude, et par là l’obliger ou l’inciter sans cesse à se remettre en question, la société « postmoderne » (ou « hypermoderne ») n’a plus rien pour justifier sa propre existence et les « causes » autour desquelles elle voudrait rassembler et mobiliser ses sujets.
[...] Quelque chose, en effet, s’est terminé, s’est effondré, depuis que s’est mise en place cette « démocratie extrême » qui est la nôtre, et qui ne peut absolument pas subsister sans faire table rase de tout ce qui, dans le passé, représentait une certaine hauteur, une étrangeté, un horizon par rapport à quoi elle aurait pu s’opposer à elle-même, s’interroger, se critiquer et ainsi vouloir se transformer. Tout cela est bel et bien fini, que ce soit dans la politique, l’éducation, la culture, la vie sociale ou même dans nos existences et nos pensées, d’où toute référence « transcendante », toute idée de modèle ou de limite, ou toute « médiation », pour parler comme René Girard, a été bannie, de sorte que nous pouvons, littéralement, faire n’importe quoi, puisque rien, aucune cause, aucune quête, n’a désormais de signification en soi, et que tout est à notre disposition, offert à nos illusions et à nos caprices les plus fous. Est-ce là une vision nostalgique ? Sans doute, mais je crois que la nostalgie, dans l’état actuel des choses, est l’un des derniers sentiments vraiment humains qui nous restent, si archaïque et mélancolique qu’il puisse sembler, mais c’est que l’humain lui-même est devenu si ancien, si enfoui, que nous ne pouvons plus qu’en repérer péniblement les traces (ou les ruines) çà et là, comme des archéologues qui essaient au milieu des décombres ensablés de reconstituer les civilisations disparues. Passéiste, cette vision ? Certains ne manqueront pas de le dire, auxquels je n’ai rien d’autre à répondre que ceci : le passé, comme point d’appui, est beaucoup plus sûr, beaucoup plus réel que cet avenir dont tout le monde se réclame ; et puis, le passé, il ne s’agit pas de le regretter ni de vouloir y revenir, mais de s’en souvenir, tout simplement. Et d’en tirer les conséquences pour l’observation du temps présent. Pour voir à quel point, par exemple, nous nous repaissons de simulacres, et combien les valeurs sur lesquelles nous prétendons fonder nos actions et nos luttes ne sont plus, pour l’essentiel, que des valeurs imitées, dégradées, qui ne servent le plus souvent qu’à dissimuler sous une gravité de façade, qu’à inscrire dans une supposée « tradition » (de progrès, d’émancipation, de justice : tous les grands mots ici se valent) la poursuite de cette inlassable entreprise de dévastation par quoi nous cherchons à tromper notre ennui, à célébrer notre pseudo-humanité et à justifier l’existence de parvenus qui est aujourd’hui la nôtre.
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Je farfouille dans mes anciennes chroniques, et wow, ça culbute, j'ai pas été si pire que ça par bouts.
Tenez, ceci, l'intro de mon compte-rendu de La Littérature par elle-même, collectif dirigé par Catherine Morency.
Tiré du Pied, vol. 3, no 3, 22 novembre 2005 :
À Berri-UQAM, quand on descend au niveau de la ligne jaune, on aperçoit, au-dessus de l'entrée du tunnel, l'espèce de panneau-déco qui annonçait l'exposition universelle Terre des hommes en 1967, avec les mots-étendards placés en triangle: «SCIENCE», «RÉCRÉATION», «CULTURES». Oui, la science, au sommet, chapeaute une trinité utopique, celle, bien entendu, de la société des loisirs. Le sentez-vous, ce goût métallique dans votre bouche qui se permet la pose obscène du rictus? Non? Vous êtes solides. Ou jeunes et pleins de pétales et de papillons.
Attendez voir ce que j'écrivais sur Louis Hamelin et Le Joueur de flûte avant la sortie de Sauvages. Presque prophétique.

